Les chanteuses classiques Chantal Dionne et Michèle Losier seront de la distribution de l’adaptation opératique de la pièce Albertine en cinq temps de Michel Tremblay. Mise en scène par Nathalie Deschamps, cette œuvre qui rassemble plusieurs générations de femmes, dont Catherine Major à la composition musicale, sera créée au Théâtre du Rideau Vert à Montréal au mois d’août.

Après la pièce créée en 1984 et l’adaptation télévisuelle, voilà que ce classique du répertoire de Michel Tremblay prend la forme d’un opéra conçu, créé et chanté par un collectif de femmes. À l’avant-scène, on retrouve des voix remarquables, dont celles de Chantal Dionne dans le personnage d’Albertine à 50 ans et Michèle Losier qui interprétera Albertine à 40 ans.

Ode au cheminement réalisé par les femmes, la pièce met en scène une femme de 70 ans (Albertine) qui depuis sa chambre dans un CHSLD (un foyer de soins) revisite différentes étapes de sa vie, à 30, 40, 50 et 60 ans, aux côtés de sa sœur Madeleine. Chantal Dionne précise que la metteure en scène a voulu renouer avec des artistes avec qui elle avait déjà collaboré. La soprano originaire de Drummond connaît Nathalie Deschamps depuis plusieurs années.

«Je suis partie du Nouveau-Brunswick en 1995 et lorsque je suis arrivée à l’Université de Montréal, la première production d’opéra que j’ai faite à l’université, c’était elle ma metteure en scène. Quand elle m’a approché pour ce projet, j’ai dit oui tout de suite.»

Ce projet lui a permis de découvrir cette oeuvre de Michel Tremblay. Dès les premières lectures par zoom, l’émotion était au rendez-vous, mentionne Chantal Dionne. Alors que les Albertines plus âgées sont davantage dans la réflexion, celles de 30, 40 et 50 ans sont dans l’action.

«Celle de 30 ans est un peu frustrée, elle est dans la fatigue d’avoir des enfants, celle de 40 ans a beaucoup de rage accumulée, celle de 50 ans relâche tout. Ça me convient même si je n’ai pas encore l’âge.»

Comme le souligne la soprano, la plupart des interprètes n’ont pas l’âge de leur personnage. Le livret a été présenté à l’auteur qui a accueilli ce projet avec joie, mentionne-t-elle.

«Michel Tremblay a envie qu’on prenne son œuvre et qu’on brasse la cage et qu’on en fasse quelque chose de nouveau et ça coïncide aussi avec ses 80 ans l’année prochaine. C’est un beau projet qui ne fait que commencer au mois d’août et qui, on espère, aura longue vie», a poursuivi l’interprète.

Cette œuvre résonne encore fort aujourd’hui puisqu’elle aborde des thématiques universelles, note la chanteuse.

Chanter en joual

Les six interprètes devront chanter en joual, ce qui est assez nouveau pour elles.

«C’est là que le travail de la résidence qu’on va faire au mois d’août est important parce qu’on arrive chacune avec nos accents. […] J’ai chanté dans plusieurs langues, mais pas le joual», a indiqué Chantal Dionne.

Selon Michèle Losier, les interprètes devront se prêter à un exercice assez cocasse.

«Quand on chante de l’opéra, on tend vers des voyelles beaucoup plus pures donc c’est un peu difficile avec des voyelles moins pures justement à la québécoise parce que ce n’est pas exactement le placement vocal idéal. Ceci dit, on va être entre les deux. Il y aura des petites modifications, ce sera du joual, mais par moment ça risque d’être un peu plus épuré.»

La mezzo-soprano native de Tracadie est une passionnée de théâtre et une admiratrice de l’œuvre de Michel Tremblay. Le rôle d’Albertine à 40 ans lui colle à la peau.

Michèle Losier – Archives

«J’ai 43 ans et elle m’a offert Albertine à 40 ans qui représente une Albertine enragée, en colère qui a beaucoup de mal à vivre avec ce qui se passe. Je ne suis pas une fille enragée dans la vie, mais Nathalie Deschamps me connaît bien scéniquement et il y a des émotions qu’on transmet mieux et pour moi, la femme en colère est un personnage que j’aime bien interpréter disons que j’arrive à aller chercher tout ça dans mon ventre», a exprimé la mezzo-soprano au cours d’un entretien téléphonique depuis Vienne où elle chante dans deux productions.

Elle connaît la metteure en scène depuis l’école secondaire lorsque celle-ci était venue leur donner des cours de théâtre. Cette œuvre de Michel Tremblay la touche particulièrement, sa mère ayant grandi près du Parc Lafontaine à Montréal.

«J’ai un exemple dans ma vie très proche d’une Québécoise qui a grandi exactement dans le contexte du Plateau Mont-Royal, de l

’époque des années 1950, 1960, 1970. […] Comme j’ai un côté acadien et québécois, tout ça, ça reste dans notre sang et c’est assez facile de s’identifier parce qu’on ne change pas tellement si on veut préserver sa culture et sa langue et dans la façon dont les émotions se manifestent. Même si je suis née en 1978, ce qui se passe dans toute la série des Chroniques du Plateau Mont-Royal de Michel Tremblay, ça reste très actuel.»

Une résidence de création se déroulera au mois d’août au Théâtre du Rideau Vert. Par la suite, une première mouture de l’opéra en création sera présentée du 19 au 23 août sur le web du Théâtre du Rideau Vert. La production complète et une tournée suivront en 2022-2023. La pièce a été adaptée en opéra par les Productions du 10 avril.

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