Danser c’est toute la vie de Chantal Cadieux qui, depuis plus de 40 ans, s’efforce de développer le milieu de la danse contemporaine en Acadie. La chorégraphe et interprète qui recevra le prix Hommage à la Soirée des Éloizes souhaite avant tout que cet honneur rejaillisse sur sa discipline trop souvent mise de côté.

«C’est une belle contribution au développement de la discipline, je pense. Ça va m’encourager moi et les autres danseurs et chorégraphes à continuer parce que ça donne une bonne visibilité, une reconnaissance que c’est une forme d’art comme les autres», a exprimé l’artiste aussi mère de quatre enfants. Elle leur a d’ailleurs transmis son amour pour la danse.

À l’aube de son 65e anniversaire, Chantal Cadieux danse toujours. Pourquoi s’arrêterait-elle puisqu’elle a toujours le feu sacré?

«C’est sûr que la danse va toujours faire partie de ma vie, je ne peux pas voir ça autrement. Ça garde ma santé physique, mentale et spirituelle[…]. C’est sûr que ma façon de danser et ma façon de m’exprimer par le mouvement ont changé au cours des années. Ça dépend aussi des occasions que j’ai.»

En 1979, Chantal Cadieux fondait à Moncton la première compagnie de danse francophone au Nouveau-Brunswick, les Productions DansEncorps, dans un désir de présenter des œuvres en danse contemporaine. À cette époque, la danse contemporaine était encore assez mal connue dans la province. Celle qui a fréquenté certaines des plus grandes écoles de danse au pays, aux États-Unis et en Europe, a fait ses débuts en ballet. Lorsqu’elle a découvert la danse contemporaine et plus abstraite, elle a eu une révélation. Dès cet instant, elle a été fascinée.

«J’ai compris que la danse contemporaine était permissive, n’était pas limitée ni au niveau esthétique, ni au niveau musical, ni au niveau de la scénographie. J’ai grandi quand même dans un milieu théâtral à Moncton, j’étais exposée la plupart du temps à du théâtre et c’est donc une influence assez importante dans mon vécu. Tout d’un coup, la scénographie, les costumes pouvaient être des lignes et ça devenait un tableau vivant. Ça m’a ouvert des portes très grandes.»

Très jeune dans sa carrière d’interprète, elle s’est rendu compte qu’elle aimait aussi enseigner la danse et partager ses connaissances avec les autres. Quelques années après avoir fondé la compagnie, elle a donc ouvert l’école DansEncorps qui compte aujourd’hui une moyenne annuelle de plus de 250 élèves. Depuis 1980, elle donne aussi des cours d’expression corporelle à l’Université de Moncton.

Un milieu sous-développé

Si elle se réjouit de recevoir le prix Hommage, c’est surtout pour la visibilité et la reconnaissance que cela apporte au milieu de la danse.

«Ça me fait drôle parce que pour moi des hommages, c’est pour des personnes plus âgées. Je vais quand même avoir 65 ans, mais je ne me considère pas comme une personne âgée. C’est un petit peu un sentiment mélangé, mais ce dont je suis fière, c’est la reconnaissance que ça donne à la danse pour tout le monde qui a contribué, qui a cru et qui a travaillé avec moi les 42 dernières années ici dans la région à développer le secteur.»

Des salles de spectacles et des réseaux comme Radarts, qui à leurs débuts, ne diffusaient pas de danse contemporaine, en diffusent maintenant.

Malgré ces avancées, il reste que le milieu de la danse est encore sous-développé en Acadie, rappelle la chorégraphe. Seulement 16 des quelque 300 membres de l’Association acadienne des artistes professionnels du Nouveau-Brunswick oeuvrent dans le secteur de la danse. C’est encore trop peu, note Chantal Cadieux. Le secteur de la danse a longtemps été dans la marge.

«Un, par le manque de financement parce qu’il n’y a presque pas de financement pour la danse, aussi en raison de la connaissance sur la discipline parce qu’elle est méconnue, elle n’est pas enseignée à l’école, elle n’est pas diffusée par les gros théâtres. Nos salles de spectacle présentent très peu de danse.»

À son avis, la pandémie risque de ne pas améliorer la situation parce qu’au retour de la crise, les diffuseurs seront peut-être tentés de présenter des valeurs plus sûres avec des artistes bien connus afin de relancer les arts de la scène.

Fondatrice du Festival de danse en Atlantique, la chorégraphe a créé au moins une centaine d’oeuvres avec la compagnie DansEncorps. Résistance, Respire par le nez et Astri et Tari figurent parmi leurs plus récentes productions. Elle entreprend d’ailleurs la création d’une nouvelle chorégraphie qui portera sur les émotions du corps qu’elle envisage de créer avec le compositeur Jean-François Mallet.

Des surprises

Bien des surprises attendent les téléspectateurs à la Soirée des Éloizes présentée par l’AAAPNB. Les producteurs n’ont à peu près rien révélé sur le contenu de l’émission à l’exception du dire qu’il s’agit d’une formule renouvelée animée par le comédien Matthieu Girard. Chantal Cadieux dit avoir été très surprise par l’hommage qu’on lui a rendu.

«C’est une belle surprise et j’ai hâte de voir ce que ça donne à l’écran.»

Après avoir été reportée à quelques reprises en raison de la pandémie, la Soirée des Éloizes, qui devait au départ se tenir à Petit-Rocher au printemps 2020, décernera 13 prix dans les différentes disciplines artistiques: théâtre, danse-art du cirque, arts visuels, musique, arts médiatiques et littérature.

L’annonce des finalistes remonte à 2019. La Soirée des Éloizes sera diffusée à Radio-Canada samedi, à 20h.

logo-an

private

Vous utilisez un navigateur configuré en mode privé ou en mode incognito.

Pour continuer à lire des articles dans ce mode, connectez-vous à votre compte Acadie Nouvelle.

Vous n’êtes pas membre de l’Acadie Nouvelle?
Devenez membre maintenant

Retour à la page d’accueil de l’Acadie Nouvelle