Dans une formule télévisée repensée, la Soirée des Éloizes a décerné 13 prix dans diverses disciplines. Deux créateurs du spectacle d’échasse contemporain Horizon Vertical sont repartis avec des statuettes.

Dès les premières minutes de cette émission spéciale des Éloizes tournée au théâtre l’Escaouette complètement réaménagé, le ton a été donné par le comédien Matthieu Girard qui a assuré l’animation brillamment avec quelques clins d’oeil à la dernière année de pandémie. Dans un décor de salon ou encore de jardin entouré d’écrans géants, l’animateur s’est entretenu avec des lauréats, mettant en lumière ainsi le travail de chacun. Après une prestation d’Isabelle Cyr en ouverture d’émission, la chanteuse a été couronnée du prix de l’Artiste de l’année en musique pour son album Brûle sur mes lèvres. Elle était très émue.

«À l’époque où je suis partie, c’était plus difficile de faire carrière en musique et en théâtre en Acadie. De savoir que même si j’ai été obligée de partir, que mes pairs en Acadie reconnaissent le travail que je fais, pour moi, c’est extraordinairement touchant […]», a exprimé l’auteure-compositrice-interprète qui a partagé ce prix avec son compagnon de vie Yves Marchand, réalisateur de l’album.

Même si elle a vécu cette soirée à distance dans son salon, elle avait revêtu sa tenue de gala.

«J’ai quand même vécu beaucoup d’émotions même si j’étais à distance. C’est sûr que j’aurais aimé être là, mais je me suis quand même senti avec la gang hier soir.»

Le spectacle audacieux Horizon Vertical s’est vu doublement récompensé. En plus de la directrice artistique et interprète Julie Duguay, la compositrice et saxophoniste Geneviève D’Ortun a été couronnée de l’Éloize de l’Artiste de l’Acadie du Québec pour la conception sonore et la musique de ce spectacle. En recevant son prix (troisième Éloize en carrière), pour l’Artiste de l’année en danse/art du cirque, Julie Duguay a ressenti une grande fierté.

«C’est mon Éloize dont je suis le plus fière. Mes deux premiers c’était vraiment en début de carrière en 2004 et 2005. Celui-ci est pour un projet magistral dont je suis très fière et je ne suis pas seule dans l’aventure», a-t-elle affirmé.

Selon Julie Duguay, ce spectacle a permis de pousser encore plus loin la discipline des échasses en l’amenant à un autre niveau.
«Je suis artiste des arts du cirque, mais avant tout je suis danseuse. J’utilise l’échasse aussi pour le développement de la danse et aller plus loin dans l’expression du corps. C’est une discipline qui rassemble toutes les disciplines», a poursuivi l’artiste qui a entrepris des études en ostéopathie à Sherbrooke, afin de développer son art pour la guérison.

Découverte de l’année

Le prix de Découverte de l’année est allé à Xavier Gould pour l’ensemble de ses prestations sur la scène queer en Acadie. Ayant livré une prestation haute en couleur dans son personnage de Chiquita Mère à la Soirée des Éloizes, Xavier Gould a voulu faire passer son message. Le pronom non-genré, iel, était bien en vue sur son chandail.

«Je l’ai inscrit parce que je savais que ça allait être diffusé par Radio-Canada et par le passé, on nous a refusé d’utiliser ce prénom à moi et à d’autres», a déclaré l’artiste très touché.e par cette récompense.

Un prix qui confirme sa place en tant qu’artiste queer dans le milieu culturel acadien.

«Cet Éloize c’est aussi pour tous les gens queer, trans, jeune, vieux qui sont sur leur voie de découverte, qui sont dans le processus de se découvrir des artistes, des quasi-artistes […]. Maintenant, ils ont la chance de le faire parce que dans notre société, il y a plus un vouloir à être des alliés.»

Yvon Gallant a mis la main sur l’Éloize de l’Artiste de l’année en arts visuels pour sa série Portraits. À ce jour, il a réalisé 103 tableaux et il espère atteindre les 125 portraits de gens qui ont marqué leur communauté. Cette série qui a suscité beaucoup d’engouement a été exposée un peu partout dans la province. Elle est d’ailleurs de retour à la galerie Art-artiste à Dieppe en ce moment. «Merci, merci, merci!», s’est exclamé l’artiste-peintre de Moncton, très ému. Pour souligner son prix, il a réalisé une peinture de l’événement où on le voit recevoir son Éloize.

Aube Giroux a obtenu les honneurs en arts médiatiques. Son documentaire, Modifié, sur les dessous de l’industrie agroalimentaire, dans lequel sa mère occupe une grande place, est une œuvre personnelle et importante. La cinéaste de la Nouvelle-Écosse, maintenant établie dans l’État de New York où elle réalise une émission de cuisine et d’agriculture pour la chaîne PBS, a produit ce documentaire de façon indépendante.

«Je n’ai pas eu de financement, j’ai produit le film moi-même, ça fait du bien d’avoir la reconnaissance», a confié la cinéaste qui a eu aussi une grande pensée pour sa mère décédée. «Même si on est québécoise, ma mère avait une grande affinité pour la culture acadienne. Je pense qu’elle aurait vraiment été fière de moi d’avoir reçu un Éloize parce qu’elle croyait beaucoup dans la culture acadienne et francophone.»

La Louisiane à l’honneur

En littérature, c’est l’auteur et illustrateur Réjean Roy qui s’est distingué pour son abécédaire cadien B pour Bayou mettant en images l’univers de la Louisiane et les textes du regretté Richard Guidry. Une récompense qui couronne plus de 25 années d’illustrations et au-delà d’une quarantaine d’ouvrages.

«Je m’aperçois que les beaux projets d’art, ce sont des projets de collaboration, ce sont ceux qui vont toucher la communauté ou faire avancer nos connaissances dans la société. Je suis content d’avoir participé à ce genre de projet là», a indiqué Réjean Roy,
Ce prix a aussi donné lieu à un des moments forts de la soirée. Des auteurs cadiens ont lu des extraits du livre depuis la Louisiane. «J’ai été très touché par ça», a souligné l’auteur de Petit-Rocher.

Une soirée spéciale

Sans foule, ni applaudissements, ni remerciements d’usage, la Soirée des Éloizes, diffusée sur les ondes de Radio-Canada, avait une forme très différente. L’Artiste de l’année en théâtre Christian Essiambre, qui a présenté un extrait de son triptyque acadien, estime que l’expérience était un peu étrange. Tout comme pour Julie Duguay, la célébration et le rassemblement lui ont manqué.

«Je me suis rendu compte que ce n’est pas tant le prix, la reconnaissance, c’est plus la célébration qui est importante, le fait de se regrouper, de dire bravo tout le monde on a fait une belle année peu importe qui gagne au final. Souvent dans ces fins de semaine des Éloizes, il y a des projets qui se créent. C’était tellement bizarre comme toute l’année. Ce n’est pas tant de gagner qui est important, mais l’attente, d’entendre son nom devant 1000 personnes, de monter sur scène et de pouvoir remercier les gens qu’on aime et d’avoir une tribune pour faire un «statement». Tout ça était évacué», a-t-il commenté.

La Soirée des Éloizes a permis de vivre certains moments d’émotion, tel que l’hommage rendu à la pionnière de la danse Chantal Cadieux entourée de sa famille. La place a été accordée aux créations artistiques avec des échanges et des prestations accompagnées de l’orchestre Tutta musica sous la direction musicale de Sébastien Michaud. La réalisation de cette production de l’Association acadienne des artistes professionnels du Nouveau-Brunswick a été confiée à Kevin McIntyre.

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