Rémi Belliveau sur la courte liste du Prix Sobey

Rémi Belliveau de Memramcook figure parmi les cinq finalistes canadiens du Prix Sobey pour les arts 2021. Une distinction que peu d’Acadiens ont réussi à obtenir dans les 20 ans d’existence de cette prestigieuse récompense reconnue comme étant l’une des plus généreuses au monde pour les artistes visuels contemporains.

L’artiste de Memramcook devient le troisième Acadien du Nouveau-Brunswick, après Mario Doucette (2008) et Jean-Denis Boudreau (2007), à obtenir cette nomination assortie d’une bourse de 25 000$ et d’une exposition au Musée des beaux-arts du Canada. La Fondation du Prix Sobey et le Musée des beaux-arts du Canada ont annoncé la courte liste des finalistes mercredi. Des 25 artistes en lice pour le prix, cinq finalistes ont été retenus dans chacune des grandes régions du Canada. Rémi Belliveau a été choisi pour l’Atlantique.

«Honnêtement, c’est un peu bizarre dans la mesure où il y a des artistes de l’Atlantique qui était sur la longue liste que j’admire beaucoup et que je suis depuis des années. Y en a là-dedans qui sont un peu comme des vedettes de l’art en Atlantique. Que ce soit moi qui l’aie et non eux, ça m’a vraiment surpris. Ça n’a jamais croisé mon esprit que j’allais faire la courte liste et même la longue liste», a déclaré en entrevue l’artiste de 31 ans qui a déjà un parcours bien étoffé.

Rémi Belliveau, Seated Girl Wearing a Cloak [Jeune femme assise portant une cape] (détail), 2019, images de style photomaton sur carton, 2,5 × 4 cm chacune. © Rémi Belliveau — Avec l’autorisation de l’artiste

Rémi Belliveau, Souvenirs de Grand-Pré [Memories of Grand-Pré] (détail), 2018, plâtre, 23 cm chacun. © Rémi Belliveau — Avec l’autorisation de l’artiste
Le Prix Sobey célèbre tout particulièrement les artistes canadiens émergents. Pour Rémi Belliveau qui a une pratique artistique professionnelle depuis dix ans, ce prix, espère-t-il, mettra en lumière le milieu des arts visuels en Acadie.

«J’accepte cette distinction vraiment pour la communauté. J’ai envie que ça rayonne sur la communauté artistique (acadienne) qui n’a pas beaucoup de visibilité. On est un peu comme perdu dans notre petite région décentralisée et moi je pense qu’il y a beaucoup d’artistes qui méritent d’avoir plus de visibilité et qui méritent d’être célébrés. Pour moi, c’est un concours de circonstances qui a fait que je suis là. J’ai travaillé fort, mais je pense que j’ai été aussi très chanceux et j’aimerais bien qu’on puisse accorder un peu plus de valeur à la communauté artistique parce qu’elle est à la hauteur.»

Celui qui fera son entrée pour la première fois au Musée des beaux-arts du Canada rappelle que peu d’artistes de l’Acadie ont été invités à ce jour à exposer dans cette institution canadienne.

«La communauté acadienne tombe un peu dans l’ombre, par rapport à cette institution-là. Ça me fait vraiment plaisir de pouvoir mettre le pied là-dedans et forcément, je vais vanter un peu notre communauté.»

Cette exposition qui se tiendra du 8 octobre au 20 février présentera le travail des cinq finalistes du prix Sobey, dont le lauréat sera annoncé à l’automne. Rémi Belliveau ne sait pas encore ce qu’il exposera, mais il estime que son projet Jean Dularge, qui a été très peu exposé en raison de la pandémie, a un bon potentiel.

Pour soumettre sa candidature, l’artiste a présenté son travail des quatre dernières années, comprenant ses installations Souvenirs de Grand-Pré, le photomaton Évangéline, le projet d’historiographie expérimentale Jean Dularge, l’oeuvre audiovisuelle Dissonances rurales ainsi qu’une performance pour l’événement Art à ciel ouvert à Charlottetown.

«À partir de 2017, j’ai commencé à vraiment m’intéresser à ce que je fais aujourd’hui. C’est un pied dans les archives avec un intérêt particulier pour l’histoire de la communauté acadienne, mais aussi comme un élément plus de fiction, qui est peut-être un peu plus ludique ou absurde qui vient troubler ces récits de l’histoire», a-t-il expliqué.

Celui qui termine sa maîtrise en arts visuels à Montréal a des œuvres en montre dans une exposition collective sur le thème d’Évangéline au Musée West Baton Rouge en Louisiane.

La sélection des finalistes a été supervisée par un jury d’experts canadiens et internationaux. Avec la bourse de 25 000$, l’artiste a déjà plusieurs projets de création en tête dont un qui reprendrait les thèmes d’Évangéline et de Souvenirs de Grand-Pré dans une réflexion sur le commerce du tourisme.