Inspiré de la poésie d’un ancien chauffeur de taxi, le premier album du groupe Dugasnobitch et les Nouveaux Beatniques, Taxi Voltaire, présente un portrait de Moncton la nuit sur fond de punk rock.

Jean-Marc Dugas alias Dugasnobitch songeait depuis au moins 30 ans à former un groupe rock. Artiste, militant et entrepreneur, celui qui a conduit un taxi à Moncton pendant huit années a décidé de prendre une pause en 2020 pour se consacrer entièrement à la réalisation de son rêve.

«Ça nous a permis d’être créatifs dans cette période où tout le monde semblait renfermé. On a tiré avantage de 2020 pour créer un projet et en plus avec l’aide d’Artsnb (bourse de création), ça nous a permis de réaliser ce projet qui, pour moi, est un rêve qui devient réalité. […] À 63 ans, on veut laisser des choses derrière soi. C’est un legs et c’est un projet dont je suis énormément fier», a confié le poète.

Guitariste, claviériste et cinéaste d’animation, Jean-Pierre Morin (Syntax Error, Great Balancing Act, Superlove…) qui en est à sa 7e formation musicale est l’initiateur de ce projet qui a pris naissance dans un studio au Centre culturel Aberdeen. Il a invité des musiciens et Jean-Marc Dugas à prendre part à des sessions d’improvisations musicales. Quand il était chauffeur de taxi, le poète a écrit et enregistré des textes inspirés de ses observations et de ses rencontres, sur lesquels on pouvait entendre la musique à la radio en arrière-plan.

«On dirait que c’était cool d’avoir un groupe qui jouait une chanson derrière lui. J’ai invité Jean-Marc au studio pour essayer de faire le même genre de choses, c’est-à-dire jouer une chanson derrière lui. Jean-Marc est venu et il a fait une couple de textes et tout de suite, on s’est dit c’est ça qu’on fait ici», a raconté Jean-Pierre Morin.

Ces deux artistes n’en sont pas à leur premier projet artistique commun. On leur doit, entre autres, Johnny Talk Talk et la série Acadian Golf. Chaque fois, ils cherchent à bousculer l’ordre établi avec une dose d’humour. Jeux de mots, humour noir et satires colorent aussi ce nouveau projet. «Il y a beaucoup d’architectes, mais c’est archilaid» ou «on n’a pas le mur de Berlin, mais on a la fence de Dieppe», s’amuse à dire Dugasnobitch.

Évoquant le «spoken word» de la Beat Génération ou encore les performances de parler-chanter à la Alain Bashung et Gainsbourg, Jean-Marc Dugas exprime ses paroles dans une sorte de dialogue avec la musique du groupe. Le poète qui pose un regard non complaisant sur Moncton affirme aimer cette ville.

«Ça fait longtemps que je suis dans le centre-ville et j’ai toujours été impliqué dans le domaine des arts, de la ville, de l’urbanisme et puis c’est comme un tableau de Moncton la nuit dans un taxi avec les gens, les quartiers. Je vois ça comme une fresque parce que tout le disque est basé sur mon expérience de taxi.»

L’influence de la mer

L’ensemble du disque a été créé et construit à partir de sessions d’improvisations qui se sont déroulées sur plusieurs mois. Avec ses textes, Jean-Marc Dugas improvisait sur la musique.

«Ce disque a été beaucoup influencé par la mer et la plage. On est allé beaucoup à la plage avec les instruments, puis on a écrit des riffs et puis on essayait ça dans le studio avec le band», a expliqué le guitariste.

«À la fin, on avait 50 heures de jam enregistrées et on a tout réécouté pour choisir les meilleurs moments et réaliser un album avec 45 minutes de matériel. Il y a eu beaucoup de montage», a poursuivi Jean-Pierre Morin.

Le quintette rock aux multiples influences a donné son premier spectacle au Festival acadien de poésie à Caraquet et se promet de récidiver quand les temps seront un peu moins incertains. Il envisage de présenter un spectacle de lancement et de sortir un deuxième album d’ici la fin de l’année. Le guitariste estime qu’avec cette formation, ils vont plus loin que de composer de la musique pour appuyer des performances poétiques. Il y a un dialogue qui s’installe entre les musiciens et le poète. Il n’y a pas que la voix du poète, mais aussi celle du groupe.

D’après les deux artistes, le processus de création a été magique. Des musiciens invités se sont joints au quatuor devenu quintette avec l’ajout de Nina Khosla. Le groupe rassemble aussi Mehdi Belamine à la basse et Danielle Lee à la batterie.

Jean-Pierre Morin et Jean-Marc Dugas estiment que la musique et la créativité ont été en quelque sorte un exutoire pendant cette dernière année difficile.

«C’est en faisant de la musique qu’on a pu se défouler et exprimer toutes nos frustrations, toutes nos peurs, toutes les émotions qui nous entouraient. Ça nous a sauvé la vie d’être capable de s’exprimer, de créer et de faire de la musique alors je pense que dans les temps difficiles comme ça, c’est important d’encourager la culture parce que les gens ont plus besoin de s’exprimer.»

Le quintette a réalisé aussi neuf vidéoclips qui peuvent être visionnés sur les différentes plateformes numériques.

logo-an

private

Vous utilisez un navigateur configuré en mode privé ou en mode incognito.

Pour continuer à lire des articles dans ce mode, connectez-vous à votre compte Acadie Nouvelle.

Vous n’êtes pas membre de l’Acadie Nouvelle?
Devenez membre maintenant

Retour à la page d’accueil de l’Acadie Nouvelle