Il y a 20 ans, lorsque l’artiste-peintre Donald McGraw a entrepris de peindre les chefs autochtones du Nouveau-Brunswick, il amorçait un peu inconsciemment un processus de réconciliation. Qu’est-il advenu de cette collection de 13 grands tableaux appelée Le cercle de vie?

«Un chef m’a dit toi tu parlais de réconciliation avec tes tableaux avant même que le mot soit à la mode», raconte l’artiste-peintre natif de Pokemouche.

À l’époque, il avait décidé d’entreprendre ce projet audacieux à la suite du conflit entre les pêcheurs Esgenoopetitj (Burnt Church) et les pêcheurs non autochtones. L’artiste-peintre avait peine à croire ce qui se passait.

«J’avais vu ça à la télévision et ça m’avait saisi dans le sens que j’avais réalisé que j’étais comme la plupart des gens ignorant de plusieurs faits.»

Ces événements ont été l’élément déclencheur de cette grande aventure artistique et humaine qui s’est étendue sur quatre ans. Il a réussi à rejoindre tous les chefs autochtones du Nouveau-Brunswick, ce que peu de ministres et de premiers ministres ont réussi à accomplir, soulève l’artiste.

«Je n’allais pas là pour leur vendre quelque chose. J’ai été là pour apprendre et me réconcilier moi-même.»

La collection achevée en 2004 à l’occasion du 400e anniversaire de l’arrivée des premiers Acadiens à l’île Sainte-Croix a fait l’objet d’un livre puis d’un documentaire. Appelée autrefois le Cercle des chefs, la collection a connu plusieurs péripéties depuis le début des années 2000. L’artiste a racheté les tableaux à la personne à qui il les avait vendus puisque le projet d’un musée à Richibucto où ils devaient être exposés n’a pas vu le jour. À l’époque, l’artiste a dû débourser 300 000$ pour récupérer ses œuvres.

Une exposition au musée provincial

En 2018, le Musée du Nouveau-Brunswick à Saint-Jean a exposé l’ensemble de la collection pendant six mois. Donald McGraw raconte que tous les chefs autochtones de la province étaient présents au vernissage de l’exposition. «Ç’a été un moment unique.»

La collection est toujours entreposée au Musée du Nouveau-Brunswick, mais elle n’est plus en montre. D’après M. McGraw, le musée compte toujours acquérir la collection pour la rendre accessible aux générations futures. Or, l’artiste n’a toujours pas reçu un sou pour ses tableaux puisque le musée est à la recherche de fonds pour pouvoir l’acheter.

«J’avais plus la force et le courage de dire ok j’abandonne ça et je reprends mes œuvres. Au moins, elles sont dans des boîtes, elles sont protégées et assurées.»

Il a reçu des lettres d’appui du chef régional de l’Assemblée des Premières nations, Roger Augustine, et de Hugh M. Akagi de la Première nation de Passamaquoddy, pour que la collection soit conservée au Musée du Nouveau-Brunswick à Saint-Jean. Donald McGraw a eu une rencontre récemment avec la députée fédérale Ginette Petitpas Taylor afin de discuter du dossier. À un certain moment, on a voulu que la collection soit envoyée au Musée des civilisations à Ottawa, mais Donald McGraw tient à ce que les tableaux demeurent dans la province.

«C’est pour les Acadiens de la province qui disent merci aux peuples des Premières nations d’avoir aidé nos ancêtres quand ils étaient dans la misère.»

Pour l’instant, le dossier est un peu en suspens. Donald McGraw s’explique mal comment les instances gouvernementales n’arrivent pas à trouver les fonds nécessaires à l’acquisition des tableaux, alors que lui un artiste au revenu modeste qui n’a jamais demandé de subventions a pu racheter la collection.

«Le musée la veut, mais ils ont des priorités. Il faut aller chercher les fonds.»

Éliminer l’ignorance

L’artiste confie que la réalisation de cette série de peintures a été sa façon de se sortir de l’ignorance à l’égard des Premières nations.

«Quand on élimine l’ignorance, il y a une lumière qui entre. Dans ma jeunesse, on disait des autochtones qu’ils étaient des sauvages dangereux qui ne voulaient pas travailler. On ne voyait pas la richesse de cette culture-là. La réconciliation c’est un être humain qui va traiter un autre être humain avec respect puis qu’en retour cette énergie ne peut pas mourir.»

Quand il a commencé sa série, il ne savait pas comment il allait être reçu. Au début, Roger Augustine avait même refusé d’en faire partie. C’est en voyant une autre œuvre qu’il a accepté, comme quoi une image vaut souvent 1000 mots.

«J’ai réalisé que je ne suis pas tombé sur la planète terre au bon moment. La force de mon art c’est qu’il n’y a pas un tableau que je n’ai pas fait avec amour. J’ai juste peint les peintures que j’avais une relation profonde et respectueuse avec le sujet. Mon style n’est pas d’actualité, mais il y a juste une chose qui persiste sur cette terre, c’est le bon, l’amour et le respect. C’est ça mon art!», a-t-il conclu.

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