La tendance est beaucoup au réalisme en littérature jeunesse qui aborde des enjeux sociaux et humains assez profonds, notent des artisans du milieu littéraire.

En parcourant le Salon du livre de Dieppe, on constate que la littérature jeunesse est encore très présente, occupant au moins 50% de l’espace. Tout au long des 85 tables aménagées au Centre des arts et de la culture de Dieppe, on découvre une littérature jeunesse riche qui explore divers sujets. L’auteur et illustrateur, Patrick Hardy, de Moncton, qui a publié de nombreux ouvrages aux éditions Mine d’Art, dont la série Mon ami Sam sur le spectre de l’autisme et un livre sur le racisme, estime que les jeunes lecteurs sont ouverts à ce genre de sujets, d’autant plus qu’avec les réseaux sociaux, il sont bombardés d’informations.

«Nous sommes rendus là dans la société. Tout est ouvert maintenant, donc c’est important de présenter ça aux enfants parce que ça va les aider à augmenter leur savoir, à être plus curieux pour découvrir des choses», a affirmé Patrick Hardy.

La diversité des cultures et des familles, l’immigration, les questions de genre, l’identité, le partage, les réflexions de société figurent parmi les thématiques qui sont traitées en littérature jeunesse, souligne la directrice des Éditions Bouton d’or Acadie, Marie Cadieux. La maison d’édition jeunesse acadienne qui célèbre son 25e anniversaire en 2021 publie depuis déjà un moment des ouvrages sur la diversité et les Premières nations avec sa collection Wabanaki.

«Je trouve que la littérature jeunesse au Canada français est très vibrante et très intéressante. »

Or elle se demande toutefois jusqu’à quel point certains ouvrages au style illustratif plus abstrait et sombre, primés et favorisés par la critique notamment au Québec, plaisent vraiment aux enfants.

À son avis, le conte, le genre fantastique et merveilleux feront peut-être un retour en force.

«Ce qui m’indique ça, c’est de voir à quel point les préadolescents et les adolescents sont presque entièrement tournés vers le genre fantastique, tout ce qui est création et invention de monde, etc. Est-ce que c’est rendu qu’on est trop réaliste, trop dur avec ce qu’on propose? Peut-être.»

Marie Cadieux se dit tout à fait ouverte à publier des livres de différents genres pourvu qu’elles reçoivent de bons manuscrits qui se tiennent autant dans le propos que dans l’écriture.

Vingt-cinq ans d’édition

Quelle est la recette de la longévité pour un éditeur jeunesse? «Travailler, travailler, travailler», répond Marie Cadieux.

«Et de ne jamais cesser de s’interroger, de regarder autour de soi, d’aller chercher des nouveaux auteurs, des nouveaux illustrateurs et d’être très attentif à ce qui se passe autour de nous comme société, ce qu’on raconte, comment les enfants évoluent, les sujets importants et intéressants. D’être à l’affût et de faire aussi du travail littéraire et donc de pouvoir rayonner ailleurs», a expliqué l’éditrice.

Les livres de Bouton d’or Acadie sont présents non seulement en Acadie, mais aussi au Québec, en France et même en Allemagne. L’auteure Diane Carmel Léger fait partie de la délégation du Canada à la Foire du livre de Francfort. Son livre La patate cadeau ou la «vraie» histoire de la poutine râpée a été traduit en allemand.

La maison d’édition compte 87 auteurs et 64 illustrateurs. Parmi ses meilleurs vendeurs, L’étoile dans la pomme de Marie-France Comeau qui s’est vendu à plus de 25 000 exemplaires. Pour célébrer son quart de siècle, la maison d’édition a réédité aussi Le géant du Nord canadien de Réjean Roy, un illustrateur phare avec plus de 30 livres à son actif.

Lors des célébrations samedi matin, l’éditrice présentera un catalogue de fonds qui offre un survol des 25 ans de l’entreprise fondée par Marguerite Maillet et qui comprend au moins 300 titres.

«Bouton d’or, contrairement à beaucoup de maisons d’édition, investit beaucoup dans le patrimoine pour conserver les livres pour les réimprimer. C’est toujours un gros risque pour un éditeur, mais surtout quand ce sont des titres acadiens, on les réimprime. Il y en a 300 au moins qui sont encore en circulation.»

Au-delà de la Journée j’achète un livre du N.-B., l’éditrice souhaite que les ouvrages des éditeurs de la province soient présents toute l’année. Elle déplore encore une fois la présence de la multinationale Scholastic dans les écoles, alors que les éditeurs acadiens n’ont pratiquement plus de contact avec le milieu scolaire depuis le début de la pandémie.

Marie Cadieux au stand des Éditions Bouton d’or Acadie. – Acadie Nouvelle: Sylvie Mousseau

Un salon en personne

Si certains éditeurs remettaient en question la pertinence des salons du livre il y a quelques années, aujourd’hui le point de vue est différent. Marie Cadieux estime que le Salon de Dieppe a su se renouveler et les lieux sont accueillants.

«Il faut dire que la pandémie nous a fait voir et réfléchir à des choses qu’on tenait peut-être pour acquises. Ça fait deux ans et on les a manqués (les salons). Je pense qu’il fallait aussi regarder ça avec une autre lentille. C’est vrai que c’est un grand branle-bas de combat, mais le fait d’être là, de faire des rencontres professionnelles et d’échanger et pour les auteurs de se déplacer et de voir ce que les autres font, tout ça vaut de l’or et ça permet à une maison d’édition d’évoluer.»

Si les jeudis et vendredis sont des journées plutôt tranquilles puisque les écoles ne peuvent pas visiter le salon en raison des consignes sanitaires, il reste que des auteurs tiennent à être présents afin de privilégier le contact humain avec les lecteurs.

«C’est très rare qu’on ait l’occasion de pouvoir présenter nos livres surtout avec la dernière année qu’on a eue…», a exprimé Patrick Hardy.

La directrice générale du Salon, Liette Paulin LeBlanc, précise que les organisateurs tenaient à offrir un salon en présentiel malgré les nombreux défis que cause la pandémie. On y retrouve des ouvrages d’environ 80 éditeurs francophones.

«À Dieppe, on est un milieu minoritaire francophone, donc c’est important de représenter la francophonie et d’avoir des événements francophones. C’est important aussi pour le milieu de l’édition, la librairie et les auteurs d’avoir une présence et de rencontrer les jeunes.»

Plusieurs maisons d’édition sont représentées au Salon du livre de Dieppe. – Acadie Nouvelle: Sylvie Mousseau

Les activités ont lieu principalement dans les locaux du CACD jusqu’à dimanche. Certaines activités du salon se déroulent dans des cafés et autres établissements de la région comme le Monument-Lefebvre à Memramcook.

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