Une des voix poétiques les plus puissantes de l’Acadie s’est éteinte. Près de 50 ans après avoir publié le célèbre Cri de terre, Raymond Guy LeBlanc est décédé, jeudi, de manière subite à l’âge de 76 ans.

«Ç’a vraiment été une figure marquante et un animateur hors pair de la littérature acadienne. C’est vraiment une grande perte», a déclaré l’artiste multidisciplinaire Herménégilde Chiasson, très attristé par le décès inattendu du poète.

Dans les années 1970, les deux écrivains, aux premières heures de la renaissance acadienne, étaient très proches. Cri de terre est considéré comme l’un des trois textes fondateurs de la poésie acadienne contemporaine. L’année 2022 sera celle du 50e anniversaire de la publication de cette œuvre culte qui a traversé le temps et marqué les générations de poètes et d’artistes qui ont suivi. Raymond Guy LeBlanc a été le premier écrivain à publier un recueil en Acadie en 1972. Un cri de révolte, de liberté et de renaissance, note Jean-Philippe Raîche.

Le poète lauréat de la Ville de Moncton raconte qu’il a eu un choc et une révélation en découvrant pour la première fois ce recueil acadien alors qu’il était étudiant.

«C’est le premier à nous avoir dit qu’on pouvait se lever, se tenir debout et parler. Évidemment, il y avait Antonine Maillet et Ronald Després avant, mais le fait que ç’a été publié chez nous, ç’a été fondamental parce que ça voulait dire qu’on pouvait publier chez nous et que cette parole de révolte, de renaissance et de liberté pouvait s’ancrer dans le territoire et je pense que ç’a été fondamental parce que c’était le début de l’émancipation.»

Au-delà de la perspective acadienne, le texte peut trouver écho chez tous les peuples et les personnes opprimés, mentionne Jean-Philippe Raîche.

«Cri de terre parle encore, Cri de terre parle d’eux, d’elles et d’iel.»

Raymond Guy LeBlanc qui continuait d’être présent aux événements littéraires a participé au dernier Festival acadien de poésie à Caraquet. Il préparait même un nouveau recueil. Son épouse Lise Robichaud mentionne qu’il avait toujours un carnet avec lui pour écrire.

Le poète était aussi père de famille. Son fils Olivier Robichaud LeBlanc qui a lui rendu hommage parle de son père comme un homme joyeux, un père rempli d’amour pour sa famille et sa communauté, «un poète qui a touché les coeurs de ses lecteurs et qui a inspiré les générations de poètes acadiens.»

Natif de Saint-Anselme, le poète et musicien de Moncton a publié cinq recueils et des poèmes dans plusieurs revues. Il a écrit des textes pour la radio de Radio-Canada, en plus d’enseigner la philosophie et les langues à l’Université de Moncton. Il a travaillé aussi dans le domaine social et culturel.

Son œuvre qui figure aussi dans quelques anthologies lui a valu des prix, dont le prix Pascal-Poirier pour l’excellence dans les arts littéraires en français (1998) et le Prix Éloize (2007). En 2012, les Éditions Perce-Neige ont réédité le recueil Cri de terre. Lors du lancement au Centre culturel Aberdeen, le poète avait expliqué qu’il avait écrit ce poème pour dire à la population anglophone, écoutez-nous nous avons quelque chose à dire. «Ce poème nous traduit comme peuple de ne pas être gênés d’être là et de prendre notre place», avait-il alors affirmé.

Quand il a préparé la réédition pour le 40e anniversaire, l’éditeur Serge Patrice Thibodeau s’est rendu compte que sa poésie était toujours aussi actuelle.

«Ça résonne encore chez les plus jeunes artistes et ça démontre clairement la force de cette poésie. Raymond Guy LeBlanc a lu Cri de terre à Caraquet au mois d’août et il en fait une lecture absolument magistrale. Il était un poète vraiment incarné. Il écrivait avec son corps, il y mettait du coeur, il mettait tout ce qu’il était et ça paraissait dans ses lectures publiques.»

Habité par la poésie

Méticuleux, discret et engagé dans plusieurs causes, l’écrivain avait une façon d’idéaliser la poésie. Il ne manquait jamais aucun lancement afin d’encourager les jeunes poètes. “Pour lui, la poésie il n’y avait rien d’autre de plus important dans la vie, c’était comme l’équivalent de la vie», a poursuivi Serge Patrice Thibodeau.

Son œuvre qui comporte une dimension politique a aussi été la première à nommer la réalité acadienne.

«Moi ce qui m’avait frappé quand je l’ai lu pour la première fois c’est que les choses étaient nommées et qu’on savait vraiment que c’était à propos de l’Acadie, que c’était à propos d’ici. Avec un poème comme Petitcodiac, on sait que c’est une rivière qui coule à Moncton, il parle de Irving, de Pré-d’en-Haut, donc ç’a été une connexion très forte pour tous les gens même encore maintenant», a souligné Herménégilde Chiasson.

Jean-Philippe Raîche qualifie les poèmes de l’écrivain acadien de chefs d’oeuvres.

«L’homme nous a quittés, mais le poète reste. Sa voix puissante nous rappelle qu’il ne faut jamais craindre d’être libre. Tant que les poèmes de Raymond Guy LeBlanc vivront, l’Acadie vivra. Les chefs d’oeuvres ont ce pouvoir», a-t-il exprimé.

«J’habite un cri de terre aux racines de feu/ Enfouies sous les rochers des solitudes. J’ai creusé lentement les varechs terribles/ D’une amère saison de pluie/ Comme au coeur du crabe la soif d’étreindre», ainsi s’ouvre le poème Cri de terre.

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