Pour le cinéaste Philippe Grégoire, tout commence par les lieux. L’histoire de son premier long métrage Le bruit des moteurs a pris naissance dans son village natal de Napierville pour ensuite s’envoler vers l’Islande.

«Je viens de Napierville, dans la Montérégie, j’ai grandi là et tous mes courts métrages je les ai tournés aux alentours de mon village. Quand j’ai envie d’écrire une histoire, j’ai envie qu’elle se passe là-bas. J’écris dans des lieux où j’ai envie de tourner. Je trouve des lieux et ensuite, je vais être inspiré à écrire une histoire», a raconté en entrevue Philippe Grégoire.

Le cinéaste québécois qui a déjà soumis, sans succès, des courts métrages au Festival international du cinéma francophone en Acadie est d’autant plus heureux de venir au festival avec son premier long métrage de fiction. Le récit se déroule à Napierville, une municipalité agricole un peu perdue que certains ont qualifiée de village qui sent la boule à mites en raison de l’usine de naphtaline qui s’y trouve. Sorte d’autofiction, Le bruit des moteurs raconte l’histoire d’Alexandre (Robert Naylor), un formateur pour l’armement des douaniers qui est suspendu de son travail après avoir reçu un diagnostic de sexualité compulsive par son employeur. Il revient alors dans son village natal situé tout près de la frontière américaine. Il retourne chez sa mère (Marie-Thérèse Fortin), propriétaire de la piste de course d’accélération. Or son arrivée ne fait pas l’affaire de tous. Une enquête sur des dessins à caractère sexuel trouble la paix dans le village. Les villageois se méfient alors du personnage qui devient petit à petit un indésirable. Il fait la rencontre d’une pilote de course islandaise qui adore la langue française et les films d’André Forcier.

Une ambiance d’étrangeté règne dans cette oeuvre à l’humour un peu décalé. Même s’il s’inspire de certains éléments de sa vie – le cinéaste a travaillé comme agent des douanes pendant ses études en cinéma – le récit ne colle pas à la réalité. Philippe Grégoire raconte qu’il aime brouiller les pistes pour amener les spectateurs à voyager, tout en ancrant son récit dans un univers qu’il connaît bien.

«Ce n’était pas quelque chose dont j’aimais parler, mais je m’ouvre un peu à partir de ces parties de ma vie particulières qui sont peut-être assez originales aussi. Étant étudiant en cinéma, il n’y avait personne d’autre à l’école qui était agent des douanes pour payer ses études. C’était quelque chose que je trouvais qui était original qui n’était pas tant connu, mais que moi je connaissais excessivement bien.»

Philippe Grégoire adore filmer en extérieur, avec la lumière naturelle en optant pour des plans larges qui s’ouvrent sur les paysages. À un certain moment, on se retrouve même sur les rives de la rivière l’Acadie.

En intégrant le personnage de la pilote islandaise, cela permet de se questionner sur nous-mêmes, estime le réalisateur. Invité dans un festival de cinéma en Islande, il a été séduit par les paysages. Mais ce sont les échanges sur la culture locale avec les Islandais qui l’ont décidé à intégrer ce pays dans son film.

«Ça m’a fait réfléchir à la façon dont se perçoivent les Québécois, c’est de se dire qu’on est peu nombreux en Amérique du Nord à parler le français, il faut se battre pour cette culture, il faut qu’elle vive en Amérique et au Canada. Finalement, il y a seulement 330 000 Islandais qui eux ont leur langue, leur propre culture et ils n’ont pas ce complexe. Il y a peut-être quelque chose à entendre de ça. Je trouvais que l’échange culturel était très intéressant.»

Disposant d’un budget d’à peine 200 000$ pour un long métrage (programme Talent en vue de Téléfilm Canada), le réalisateur a quand même réussi à voyager jusqu’en Islande avec une équipe réduite pour tourner des images.

Philippe Grégoire aime prendre des risques au cinéma avec des propositions originales qui laissent de la place au spectateur. Tout n’est pas expliqué, ce qui amène, espère-t-il, le spectateur à réfléchir et à discuter du film à l’issue de la projection. Son film qui a remporté deux prix connaît une belle vie dans les festivals à travers le monde.

Le bruit des moteurs est présenté ce mercredi à 19h au théâtre l’Escaouette dans le cadre du FICFA.

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