Suscitant autant l’émerveillement que la curiosité, les films d’animation permettent parfois d’aborder des sujets difficiles de façon subtile. Ces œuvres immensément artistiques qui nécessitent de longs mois de travail plaisent à un public de plus en plus large.

«Il y a de l’humour, mais il y a aussi des choses, des messages qu’on peut faire passer par des dessins, mais qui seraient moins bien acceptés en réel. C’est une façon de faire passer subtilement des messages pour faire comprendre des choses graves de notre existence», a déclaré l’artiste multidisciplinaire Anne-Marie Sirois qui a réalisé de nombreux films d’animation par le passé.

Celle qui est chargée de faire la sélection des courts métrages d’animation au Festival international du cinéma francophone en Acadie (FICFA) constate une belle évolution depuis les débuts du festival. Dans les premières années de l’événement, il n’y avait pratiquement pas de courts métrages qui étaient soumis au festival. Aujourd’hui, la sélection est riche et diversifiée. «C’est mon programme favori», a exprimé le projectionniste du FICFA à l’issue de la projection du programme de courts métrages d’animation.

Seize courts métrages provenant du Canada, de la France et de la Belgique ont été présentés lors de cette séance. Des histoires d’exils, de réfugiés, en passant par la course à l’armement, la crise climatique, la concurrence, le deuil, les guerres, le confinement, à des portraits plus loufoques comme Le syndrome de la tortue de Samuel Cantin et des tragi-comédies renversantes, la sélection de films traverse divers univers.

Selon Anne-Marie Sirois, les scénarios se sont raffinés au fil des années. Quelques cinéastes d’animation canadiens se distinguent aujourd’hui, tels que Claude Cloutier, un maître du dessin à la ligne, qui a présenté Mauvaises herbes au FICFA. Les techniques se sont perfectionnées, multipliées, allant du traditionnel dessin sur papier à l’animation par ordinateur. L’équipement est de plus en plus à la portée de tous, note Anne-Marie Sirois.

«Quand moi je faisais de l’animation, il n’y avait que l’ONF ou des institutions comme ça où il y avait des caméras 35 mm pour filmer de quoi de qualité pour passer dans les festivals. Sinon l’équipement qu’il fallait n’était pas à la portée de tous.»

Maintenant, ce n’est plus l’équipement qui semble être un problème, mais de réussir à vendre son film puisque les médias préfèrent acheter des formats d’une demi-heure. En animation, 24 minutes c’est très long.

«Il n’y a pratiquement pas de marché pour le cinéma d’auteur d’animation à part les festivals», soulève Anne-Marie Sirois.

Des débuts prometteurs

«La première qualité pour faire de l’animation ce n’est pas de savoir dessiner, c’est d’être patient. Tu auras beau avoir tout le talent que tu veux, si tu n’es pas patient tu ne pourras pas réussir là-dedans», affirme Anne-Marie Sirois.

Angie et Tracey Richard ont offert leur premier court métrage d’animation Terre au FICFA. Les deux cinéastes acadiennes en rêvaient depuis longtemps. Elles ont travaillé pendant plus de six mois à la création de leur film de 3 minutes sans dialogue.

«Pour se rendre à quatre secondes dans une journée, il faut beaucoup de travail et de patience», a mentionné Angie Richard.

Elles ont utilisé divers matériaux et la technique du «stop motion» (image par image) pour réaliser leur film. De grandes peintures sur toile réalisées par Angie Richard composent le paysage, tandis que les granges et les autres objets ont été créés par les deux cinéastes.

«Nous avons travaillé dans un espace de six pieds de large par 12 pieds de profondeur. Avec les toiles en arrière-plan, on avait un genre de surface pour créer de la profondeur. On avait trois genres de matière», a raconté Tracey Richard.

Le cinéma d’animation leur permet de combiner plusieurs passions: les arts visuels, le cinéma, la musique et l’écriture. En animation, elles affirment avoir le contrôle sur toutes les composantes du film.

«Ça peut être une contrainte, mais ça donne aussi beaucoup de liberté à créer l’image comme on l’imagine, mais c’est plus difficile qu’on pense.»

Quand elles réussissent à obtenir ce qu’elles avaient imaginé, ces moments deviennent magiques, estiment-elles.

Ce premier film n’est que le début de leur aventure. «On a trouvé une technique qu’on aime travailler et on veut foncer là-dedans, approfondir et continuer.»

Pour concrétiser leur projet, elles ont été appuyées du FICFA par le biais du programme d’aide au court métrage et par le Conseil des arts du Canada.

Le plaisir premier du cinéma: l’émerveillement

D’après le réalisateur du film Archipel, Félix Dufour-Laperrière, le cinéma d’animation est un outil exigeant et laborieux, mais extrêmement puissant puisqu’il combine à la fois le langage du cinéma et des arts visuels.

«Toutes les stratégies de l’un et de l’autre se répondent, c’est très puissant. On paie le prix de cette puissance-là parce qu’on y travaille de longs mois et de longues années. Ça permet une vraie liberté, puis je crois que ça permet dans un monde où il y a énormément d’images, de rejoindre le plaisir premier du cinéma, l’émerveillement devant des choses qui bougent, devant les choses qui s’animent. Il y a quelque chose du renouvellement du regard que l’animation permet qui moi me séduit encore», a exprimé le cinéaste québécois de passage au FICFA.

Pour son deuxième long métrage animé, il a combiné une multitude de techniques d’animation en faisant appel à dix animateurs. C’est un film qui repose sur toute une équipe, a-t-il précisé.

«D’une cinéphilie générale, mon caractère plutôt discret m’a fait pencher rapidement pour l’animation et pour l’idée de fabriquer de façon artisanale des images dans la paix d’un studio. Ça me convient davantage que le bruit et la fureur d’un grand plateau avec des acteurs et des techniciens.»

À cheval entre le documentaire de voyage et la fiction, Archipel qui met en scène le fleuve Saint-Laurent, ses îles et ses environs, repose sur un dialogue entre une femme-fleuve et un homme. Alliant images d’archives et animation, Archipel est un film sur un pays à la fois réel et inventé. L’imaginaire occupe une grande place dans cette oeuvre qui relate l’histoire de la vallée du Saint-Laurent de façon poétique.

Plus de deux années de travail ont été nécessaires pour la réalisation de ce film appuyé par la générosité de toute l’équipe, a fait savoir le cinéaste qui est aussi scénariste, producteur, monteur et animateur. Un budget d’un peu plus de 600 000$ pour un long métrage d’animation c’est très peu, précise-t-il. Habituellement, les budgets des longs métrages d’animation varient entre 3 et 10 millions $.

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