Dans une forme théâtrale non conventionnelle, l’adaptation pour la scène du recueil Savèches à fragmentation, qui dresse un portrait lucide d’une génération, a séduit le public par la puissance du texte de Jonathan Roy, la sobriété de la mise en scène et les éclairages à faire rêver.

Présentée devant une bonne foule au théâtre l’Escaouette, mercredi, cette nouvelle production du Théâtre populaire d’Acadie a été saluée par une ovation bien sentie. À l’issue de la représentation, les spectateurs ont confié avoir tout aimé de cette œuvre théâtrale. La mise en scène, le texte, la superbe scénographie, le jeu des comédiens, les éclairages et l’environnement sonore ont conquis le public.

«C’est très difficile de dire en mot ce qu’on ressent parce qu’il y a tellement de mots dans cette œuvre-là, mais c’est la combinaison de la poésie, de la mise en scène et de la sonorisation. On baigne vraiment dans un univers fantastique très riche. Ce n’est pas comme une pièce de théâtre d’une certaine façon, c’est de la poésie mise en pièce. C’est très beau», a exprimé Richard Boulanger.

Tout en étant ancrée en Acadie, la pièce touche à l’universel en jetant un regard sur le monde moderne et ses travers. Est-ce du théâtre ou de la poésie mise en scène? Un peu des deux. Visuellement très belle, la pièce qui s’apparente à un poème-prophétie sort de l’ordinaire.

Divisé en trois mouvements, Savèches (un acadianisme qui signifie un papillon de nuit attiré par la lumière) se veut une métaphore de l’homme moderne attiré par l’agitation perpétuelle du monde virtuel. Des textes explosifs comme La croisée des fourches qui aligne une suite de cliques témoigne de la génération des milléniaux (Y). C’est une oeuvre percutante.

«J’ai adoré la pièce. J’ai trouvé que c’était un texte extrêmement puissant, contemporain qui met plusieurs éléments ensemble, la modernité, le passé aussi. Toute la superficialité d’une certaine façon, mais qui est reliée à une profondeur en même temps. J’ai trouvé les comédiens extraordinaires. Je n’ai pas perdu une ligne», a affirmé Annette Boudreau.

L’ancien professeur au département d’études françaises de l’Université de Moncton, Raoul Boudreau, qui a publié plusieurs ouvrages sur la littérature acadienne, note que c’est probablement la première fois qu’un tel traitement est donné à un recueil de poésie acadien.

«J’ai trouvé que c’était très original comme spectacle. C’est exceptionnel ce qu’on a mis autour de ce recueil-là. Il fallait un texte qui puisse le supporter. C’est un très bon texte et ça fait un spectacle mémorable», a-t-il mentionné.

Fidèle au recueil

Tout au long du spectacle, on traverse différents univers qui mettent en relief les mots de Jonathan Roy. La pièce est fidèle au recueil, composée d’une suite de monologues incarnés par les comédiens Matthieu Girard et Jonathan Roy. Leur gestuelle s’apparente à la danse. Le mouvement donne de l’ampleur à l’oeuvre. Matthieu Girard, un acteur expérimenté, livre le texte avec beaucoup de naturel et de nuances.

Jonathan Roy, qui en est à sa première expérience de comédien au théâtre, tire bien son épingle du jeu.

La mise en scène signée Allain Roy a été saluée à plusieurs reprises par les spectateurs.

«Je trouve que la mise en scène appuie vraiment bien. C’est assez sobre, mais il y a toujours des ruptures qui font que ça dynamise tout le texte. Autant le texte est un peu fin du monde, il y a comme une approche vraiment dramatique, tragique à l’actualité du monde, mais toujours avec une pointe d’humour et grâce à la mise en scène, il y a de la lumière et le côté de la nature qui est très représentée. J’ai trouvé que c’est la mise en scène et la lumière qui apportent vraiment une note d’espoir», a commenté Alice Pigne.

Si parfois, notre esprit erre un peu devant ce déluge de mots, il reste qu’on peut reprendre facilement le fil du récit notamment avec la fragmentation de la mise en scène, le jeu des comédiens et les différentes intonations.

Claudie Landry a réalisé la scénographie, les costumes et les accessoires, tandis que les éclairages sont l’oeuvre de Stéphane Ménigot. Pascal Lejeune et Jonathan Sonier ont créé l’environnement sonore.

Après avoir été présentée au théâtre l’Escaouette, la pièce Savèches une fragmentation contemporaine en trois mouvements sera à l’affiche du Centre national des arts à Ottawa du 1er au 4 décembre.

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