Le Festival Frye accueille Christiane Vadnais, auteure du roman Faunes, une œuvre traversée par la crise climatique aux ambiances étranges et sombres dominée par la nature qui se révolte. Les cours d’eau montent, les villages sont inondés et les lacs infestés de bactéries sont peuplés de monstres sous-marins.

Les lieux et les atmosphères sont à la base de l’écriture de Christiane Vadnais reconnue comme l’une des figures de la littérature les plus prometteuses de son époque. Très remarqué, son premier roman Faunes a récolté quelques prix littéraires.

«Chaque fois que j’écris, je vois d’abord un lieu. Dans le fond, dans mon processus d’écriture, c’est vraiment important et c’est aussi les livres que j’aime qui sont faits comme ça», a raconté en entrevue l’auteure de Québec.

Elle donnera d’ailleurs un atelier sur l’écriture atmosphérique à Moncton. Un type d’écriture qui nous saisit tellement qu’il est difficile de s’en détacher.

«C’est très captivant. C’est quelque chose au cinéma qui a beaucoup d’importance également. L’objectif de l’atelier est de permettre aux gens qui ont envie de travailler cet aspect de leur texte, d’en discuter, d’avoir des outils pour le faire, d’expérimenter certaines techniques d’écriture en lien avec la création d’une ambiance qui est dans le fond un lieu, mais un lieu qui est très habité qui est abordé par le biais de ses effets sur le lecteur.»

Faunes a comme point de départ le village fictif de Shivering Heights dévasté par un déluge à la suite de pluies torrentielles. L’action se déroule dans un futur pas si lointain. Le personnage de Laura, une biologiste têtue et amoureuse de la nature, mène un combat pour la survivance. Le récit très éclaté navigue entre le réel et le fantastique.

«J’avais envie de parler de ce lieu-là où pour moi l’élément constitutif c’était un peu cette violence-là de la nature, une nature qui dépasse les personnages, qui crée à la fois un effet d’émerveillement et de terreur. Ça permet d’aller un peu dans l’éclatement du texte. Ce qui compte c’est qu’il y a vraiment un univers qui est en expansion dans le livre.»

«Une fatigue virtuelle»

Dans son récit, la technologie est pratiquement inexistante, laissant toute la place à la nature qui nous domine. En écrivant ce livre, elle a eu envie de se déconnecter.

«J’ai l’impression qu’on vit dans un monde très virtuel, éloigné de notre matérialité, de notre corps. On est beaucoup devant des ordinateurs, dans des voitures, dans des maisons. Je ressentais cette envie-là de me connecter avec quelque chose de plus brut, qui fait un peu plus partie de nos racines en tant qu’espèce humaine. Cette envie, je pense, vient peut-être d’une certaine fatigue virtuelle qui a encore augmenté aujourd’hui puis vient aussi, je pense, de cette nécessité-là liée à la crise écologique.»

Si aujourd’hui, l’humanité traite la planète de cette façon, c’est sans doute parce qu’elle est très peu en contact avec les animaux et les végétaux, note l’auteure.

«Par exemple, on ne connaît pas les noms des arbres et des oiseaux dans notre cour. Je pense que la littérature peut nous aider à questionner, voire à réparer ce lien-là avec les autres êtres vivants et le milieu dans lequel on vit qui nous constitue et qu’on constitue en même temps.»

Ce sont d’abord les gouvernements, les entreprises et les citoyens qui peuvent vraiment changer les choses, rappelle l’écrivaine, mais la littérature peut influencer l’imaginaire et la façon dont on se représente notre environnement. Si dans les livres, on décrit les animaux comme des êtres intelligents au lieu d’essayer de les contrôler et de les cataloguer, peut-être que les gens seront plus sensibles aux droits des animaux, souligne l’auteure de 35 ans.

«En tant qu’écrivain, il faut être conscient des messages qu’on envoie sur la nature. Est-ce qu’on en fait partie ou on est toujours capable de la contrôler?»

Celle qui a travaillé pendant environ cinq ans à l’écriture de Faunes planche sur un second roman dans lequel la nature jouera encore un grand rôle.

Christiane Vadnais offre son atelier d’écriture ce dimanche dans le cadre d’une activité organisée par le Festival Frye.

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