L’année 2022 laisse présager encore une fois des temps difficiles pour les artistes en musique et les arts de la scène. C’est du moins ce qu’observent certains artisans du secteur musical.

Depuis près de deux ans, le secteur culturel fonctionne un peu en montagne russe. Si 2022 ressemble à 2021, il reste que l’impact de la crise sanitaire risque d’être encore plus lourd pour le secteur musical, estime certains artisans, dont Carol Doucet du Grenier Musique qui représente une quinzaine d’artistes.

«Tout de suite on vient d’avoir une douzaine d’événements annulés en janvier à cause de la pandémie. Des spectacles, des tournées, des captations télé. La raison pour laquelle je dis que 2022 risque d’être plus difficile, en fait c’est parce que finalement, les aides gouvernementales pour les artistes, les agences et les petites entreprises ne sont plus là. Pour l’instant, je n’ai pas vu que c’était de retour», a-t-elle expliqué.

En ce début d’année, tout le secteur est un peu sur le qui-vive. Selon Carol Doucet, avec les reports et les annulations annoncés depuis deux ans, il n’y a plus beaucoup de place pour la nouveauté en 2022.

«Encore aujourd’hui et hier, il y a plein d’endroits qui nous appellent pour me dire qu’on repousse le spectacle en avril, en mai. L’affaire c’est qu’il n’y a plus grand place dans les salles et les festivals parce qu’ils ont tellement repoussé. Ça fait deux ans qu’ils repoussent, donc il n’y a plus beaucoup de possibilités.»

Au moins deux musiciens représentés par son agence envisagent de travailler parallèlement dans un autre secteur pour pouvoir boucler leur budget. Elle craint que cette crise sanitaire nuise également à l’émergence de nouveaux talents.

«On va perdre des jeunes ou des gens qui voient qu’ils ne peuvent pas vivre dans le domaine de la musique contrairement à l’engouement qu’on voyait il y a quelques années, mais là, les jeunes ne regardent pas trop à ce métier-là comme possibilité de travail à temps plein.»

Selon le directeur général de Musique NB, Jean Surette, la nouvelle année arrive encore avec son lot de défis, du moins cet hiver. Il estime que les artisans du secteur auront plusieurs réflexions à faire sur la suite des événements, même si personne n’a de boule de cristal lui permettant de prédire l’avenir.

«Tous les spectacles qui ont été repoussés, c’est encore en attente donc c’est difficile de présenter de nouvelles choses. C’est comme un embouteillage quelque part de possibilités.»

Tout comme Carol Doucet, il craint que des gens quittent le secteur musical.

«Les artistes et les gens qui travaillent dans l’industrie ont été tellement patients et résilients pour trouver d’autres façons de faire les choses, mais à un moment donné, on a besoin de vivre. J’espère que le gouvernement sera là pour non seulement offrir un appui, mais être clair sur ce qu’il est possible de faire. Des fois, il (le gouvernement) sortait avec des mesures et il y avait beaucoup de questions qui venaient par après. Il fallait des précisions sur ce que les salles de spectacle pouvaient faire.»

Celui-ci a bon espoir que la situation s’améliorera au printemps et l’été comme en 2021.

Production d’albums

Jean Surette précise que le nombre de demandes de financement au DIM (le programme provincial de développement de l’industrie de la musique) pour la production d’album et la promotion n’a jamais été aussi élevé. Si les possibilités de spectacles sont moins nombreuses depuis deux ans, les artistes se tournent vers la création d’albums, de EP, de simples et de productions vidéos.

«Jusqu’au mois de mars, on s’attend d’avoir probablement le plus de demandes qu’on n’a jamais reçues. On a mis beaucoup d’attention sur le marketing parce que c’est là où on peut aller chercher de l’argent pour créer des vidéos, des campagnes de marketing et développer des plans», a-t-il indiqué. Musique NB s’occupe de la gestion de ce programme provincial qui dispose d’un budget annuel de 320 000$ depuis plusieurs années.

Carol Doucet encourage d’ailleurs ses artistes à produire des albums et l’année 2022 s’annonce féconde. «Je les incite vraiment beaucoup à faire des disques pour justement percevoir leurs droits d’auteur à la radio. C’est pas mal la seule source de revenus qui reste, mais il faut que les radios fassent des efforts pour jouer encore plus de musique acadienne.»

Or des auteurs-compositeurs-interprètes font face quand même à certains défis dans le processus de la création d’albums, souligne la gérante d’artiste et directrice générale de la Société du Monument-Lefebvre, Carole Chouinard. Elle constate que les aléas de la pandémie ont nui à la motivation, à l’inspiration et à la logistique qui entoure la production d’un album.

«J’ai des artistes qui ont eu des aides financières pour produire des albums, mais ils ne réussissent pas à le faire. […] Ça devient que ça pèse trop lourd. Les artistes doivent se rencontrer en studio et ça devient compliqué.»

Jason Guerrette d’Edmundston (membre du groupe Spoutnique) a entamé la réalisation d’un premier album solo au printemps 2020. Selon lui, la situation sanitaire, avec les confinements, les ouvertures et les fermetures, a ralenti de beaucoup la production. La région du Madawaska a été aux prises avec un confinement à un certain moment, faisant en sorte que les musiciens ne pouvaient plus se rencontrer. Il a repoussé la sortie de son disque à plusieurs reprises.

«Au niveau de l’inspiration, c’est sûr et certain, qu’il y a des moments où on dirait que t’as plus le goût pantoute. On se demande si ça vaut vraiment la peine de faire ça. À un moment donné, on a de l’espoir et on repart la machine.»

Il a maintenant le printemps dans sa mire pour la sortie du disque. Les spectacles sont prévus surtout à l’été, préférant réserver la saison hivernale à la production de son disque et du nouvel opus du groupe Spoutnique. Pour les concerts, il préfère attendre un assouplissement des règles sanitaires. À son avis, des spectacles dans des salles remplies à 50% ce n’est pas vraiment rentable.

logo-an

private

Vous utilisez un navigateur configuré en mode privé ou en mode incognito.

Pour continuer à lire des articles dans ce mode, connectez-vous à votre compte Acadie Nouvelle.

Vous n’êtes pas membre de l’Acadie Nouvelle?
Devenez membre maintenant

Retour à la page d’accueil de l’Acadie Nouvelle