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Publier à compte d’auteur n’est pas une mince affaire. Trois auteures travaillant à leur propre compte nous expliquent les hauts et les bas de la profession. Il y a cependant de l’espoir en bout de ligne pour quelques-unes d’entre elles qui se sont rencontrées lors du dernier Salon du livre de Dieppe.

Cathy Verreault de Fredericton a publié six livres jusqu’à maintenant depuis 2012. «J’ai commencé à écrire quand j’avais 19 ans. À l’université, j’avais écrit un conte de Noël. J’avais montré mon texte à Marielle Gervais. Elle enseignait le français à l’Université de Moncton.

Elle m’a dit: Ah! J’aimerais tellement le publier!» À l’époque, l’auteure n’était pas prête à publier.

Les années ont passé et la Gaspésienne d’origine a complètement laissé de côté l’écriture jusqu’à 2012, alors qu’elle a publié son premier livre avec les éditions Karo. Elle avoue que ce n’était pas évident à l’époque.

«Tu soumets ton manuscrit à plusieurs maisons d’édition et tu te croises les doigts.»

Elle a continué d’écrire, même si elle n’a pas été impressionnée par sa première expérience dans le monde de l’édition. «Ça ne m’a pas découragé à écrire, mais ça m’a découragé à publier. C’est de là que j’ai décidé de fonder ma propre maison d’édition», explique Cathy Verreault.

Dans le cas de Sonia Mascolo de McLeods dans le Restigouche, le plus important pour elle, c’était de publier son histoire intitulée Ce que j’avais de plus précieux. Son livre est sorti en pleine pandémie, en août 2020. Dans son cas, elle avoue que l’écriture a été une bouée de sauvetage.

«C’est un fait vécu. Déjà là, essayer de trouver une maison d’édition qui est prête à te publier quand tu n’es pas une vedette, ce n’est pas simple, exprime-t-elle. J’ai essayé à plusieurs endroits. J’ai frappé à plusieurs portes pendant très longtemps. Tu envoies ton manuscrit et ils te le retournent.»

Mme Mascolo a envoyé son manuscrit au Québec, aux éditions de l’Apothéose, qui l’a accepté.

Selon les trois auteures à qui nous avons parlé, publier à compte d’auteur signifie qu’il faut s’occuper de tout. «Tu as la partie création. Il faut que tu t’assures de faire réviser ton texte. Je n’en connais pas au Nouveau-Brunswick alors il a fallu que je me tourne vers le Québec. C’est un coût astronomique et c’est énorme comme travail», raconte Cathy Verreault.

Pour Isabelle Cormier de Dieppe, ce choix implique également l’édition du livre. «Tu dois aussi faire ta propre promotion, ta propre publicité. Vu qu’on est à compte d’auteure, on devrait habituellement avoir sa propre entreprise. Mon nom d’entreprise, c’est Isa Auteure.»
Dans son cas, elle offre aussi les volets animation et conférences. Elle a publié un album jeunesse portant sur la santé mentale et intitulé Mika sur la planète Lumière et Mika sur la planète Défis.

«Quelqu’un qui est à compte d’auteure doit aussi gérer la distribution de ses livres», ajoute Sonia Mascolo. Quand on est à compte d’auteure, ça coûte très cher de faire parvenir nos livres.»

«Si tu passes par une grande maison d’édition, eux s’occupent de tout ça», avise Cathy Verreault. La question se pose alors: pourquoi ne pas passer directement par une maison d’édition? «C’est parce que tu es refusée dans une maison d’édition. Ils reçoivent des milliers de manuscrits par jour et ils ne te disent pas nécessairement pourquoi ils te refusent», avance l’auteure.

«À un moment donné, il faut que tu décides: est-ce que tu vas faire publier un livre qui va se vendre à des millions d’exemplaires ou tu acceptes d’être auteure amateure et tu veux juste en vendre peut-être 100», admet Cathy Verreault.

Dans le cas d’Isabelle Cormier, la différence entre publier à compte d’auteure ou pour une maison d’édition se trouve dans la marge de profit.

«C’est vrai qu’eux, ils vont vendre pour toi et ils vont publier pour toi. Ils vont prendre beaucoup de cette tâche-là en main, mais il faut que tu leur donnes une bonne marge de profit pour chaque livre vendu. Je me suis informé. Moi il me revient à peu près 10% de profit. Tandis qu’à compte d’auteure, je fais 100% de profit», explique–t-elle.

Selon Isabelle Cormier, faire affaire avec une maison d’édition rime avec moins de contrôle sur le produit fini et moins d’engagement personnel pour l’auteure. Sonia Mascolo ne voulait pas que son message soit modifié par une maison d’édition.

«Mon message d’amour pour mes enfants, je voulais qu’il reste là. C’était non négociable», affirme l’auteure.

Par ailleurs, Cathy Verreault essaie également d’obtenir des subventions des gouvernements, mais en vain.

«Parce que je suis à compte d’auteure, je ne me qualifie pas» ajoute la propriétaire des éditions de l’Ancre.

Une rencontre «magique» au Salon du livre de Dieppe

Isabelle Cormier, Sonia Mascolo et Cathy Verreault ont eu l’occasion de se retrouver dans une même pièce avec d’autres personnes travaillant à compte d’auteures lors du dernier Salon du livre de Dieppe à l’automne 2021. Les trois auteures interviewées ont unanimement fait remarquer s’être retrouvées dans une petite salle éloignée du centre d’intérêt lors de l’événement. «On s’est retrouvées sept d’entre nous, majoritairement des femmes», raconte Sonia Mascolo.

«Il n’y a personne qui venait parce qu’on étaient renfermées», explique Cathy Verreault.

«On s’est mis à jaser ensemble dans un mode solution», informe Sona Mascolo.

Elles ont eu l’occasion de se découvrir entre auteures et ont développé une chimie. L’une d’entre elles a eu l’idée de coller des traces de pas de chat sur le plancher, pour attirer l’attention. «Finalement, ç’a marché», ajoute Cathy Verreault.

Sonia Mascolo qualifie cette rencontre de «magique». Elle dit avoir découvert des sœurs de cœur.

Elles ont gardé contact depuis cette rencontre. Elles ont créé un groupe Messenger.

«On se raconte tout. Le réseau d’entraide est formidable», dit Cathy Verreault. Les possibilités de projets ne manquent pas. Déjà elles parlent de participer au Salon du livre d’Edmundston au en avril prochain.

«Si tu n’es pas auteure invitée dans un salon, les dépenses sortent toutes de ta poche», souligne Cathy Verreault.

«Au Salon du livre d’Edmundston, il n’y a pas de place pour les auteurs solos, indique Sonia Mascolo. Moi si je vais là, il faut que je paye un stand à 500$. On s’est demandé comment on pouvait s’organiser pour être ensemble.»

Elle ajoute toutefois qu’elle ne pourra pas y participer cette année pour des raisons hors-contrôles.

«J’ai beaucoup d’espoir que ce petit groupe-là va nous mener quelque part», dit Cathy Verreault.

«Je sens que c’est le début d’une collaboration pour s’entraider», affirme Isabelle Cormier.

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