Les maisons d’édition devront faire face à un nouveau défi avec l’augmentation du prix du papier. Alors que, normalement, les hausses annuelles associées à l’industrie sont de l’ordre de 5%, on prévoit pour la prochaine année, une augmentation variant plutôt de 6 à 10% selon le fournisseur et le type de papier.

Francis Sonier, directeur général des Éditions de la Francophonie (propriété de l’Acadie Nouvelle), indique avoir reçu au cours de la dernière année des messages d’imprimeurs concernant des augmentations substantielles du prix du papier destiné à la publication de livres.

Par exemple, dans une lettre datée du 18 janvier, l’imprimeur Marquis parle de hausses de 6% à 9% qui s’appliqueront sur les livraisons faites à l’imprimeur après le 12 février 2022.

«Par conséquent, Marquis se doit d’appliquer des hausses de prix sur tous les travaux imprimés sur ces papiers et expédiés à partir du 1er mars 2022», peut-on lire dans ce même message accompagné d’une liste de lettres provenant de divers fournisseurs de papier.

Chez la papetière Twin River, l’un de ces fournisseurs, cette augmentation – de 6% à 10% dans son cas – s’explique par plusieurs facteurs.

«Les fabricants de papier de l’ensemble du secteur, y compris Twin Rivers Paper, ont augmenté leurs prix en réponse à la dynamique de l’offre et de la demande, afin de compenser l’inflation continue que nous avons connue dans les secteurs des produits chimiques, du transport et de l’énergie», a répondu, par courriel, le secteur des communications et marketing de Twin Rivers.

Pour une maison d’édition comme celle des Éditions de la Francophonie, cette situation aura certes un impact sur les coûts de production du livre, surtout que, selon son modèle hybride, l’auteur investit aussi dans son projet de bouquin.

«Ç’a un effet sur les coûts d’impression qui est l’un des éléments de la production d’un livre, mais, en fin de compte, elles sont récurrentes, il y en a plusieurs, donc ça s’ajoute. On peut augmenter le prix de vente du livre de 3% à 5% pour que l’auteur puisse couvrir ses frais le plus rapidement», explique Francis Sonier.

Bien que les projets de l’entreprise ne soient pas retardés par ce changement, il sera plus difficile, selon M. Sonier, de promettre certains prix sur une longue période.

«Avant, on pouvait dire que l’on évalue ce projet-ci pour un montant X et, trois mois plus tard, c’était pratiquement le même montant. Mais là, on ne peut plus garantir ces prix-là. Il faudra se rajuster et demander plus souvent aux imprimeurs pour avoir le juste prix du produit.»

Pour Francis Sonier, la meilleure façon de se préparer à cette hausse est de continuer de magasiner les meilleurs prix auprès de ses divers fournisseurs ou de changer le type de papier utilisé.

«On a exploré de nouveaux papiers pour les livres dans la dernière année, pour essayer d’épargner.»

Aux Éditions Perce-Neige, la variation des prix, quoique plus importante qu’à l’habitude, ne risque pas d’avoir trop d’impact, estime le directeur général, Serge Patrice Thibodeau.

«On est quand même une microstructure d’édition, alors on fait quelques nouveautés par année et avec l’impression sur demande, on gère mieux nos “stocks”. Alors on procède à de petits tirages et on fait imprimer à la commande», explique-t-il.
L’impact sur le prix d’impression demeure présent, poursuit M. Thibodeau, mais il est beaucoup plus important pour les plus grands éditeurs.

«Ça ne représente pas une grande augmentation pour le nombre de tirages que l’on fait. Dans mes prévisions budgétaires, je vais calculer un montant de 20% supérieur pour m’assurer de ne pas avoir de mauvaises surprises à la fin de l’année si la situation se poursuit comme ça.»

À un autre maillon de la chaîne se trouvent les libraires. Le propriétaire de la librairie Matulu d’Edmundston, Alain Leblanc, doit augmenter de 5% à 10% le prix de certains livres.

«Il y a pas mal de choses qui ont fermé, des maisons d’édition en manque de personnel. Ç’a été la même chose du côté des distributeurs. Tout a monté, en passant du transport aux prix des ressources. C’est nous qui payons et le client aussi en bout de ligne.»

M. Leblanc dit toutefois bien se débrouiller malgré tout, mais pour rivaliser avec les magasins de grande surface, il faut faire preuve d’originalité.

«Il y a des choses qui nous différencient comme le temps que l’on prend pour prendre les commandes, fouiller pour trouver ce que les gens cherchent et des choses du genre.»

«À Edmundston j’ai une bonne clientèle qu’on a réussi à fidéliser. Les gens sont plus conscients de l’achat local.»

De son côté, Serge-Patrice Thibodeau reconnaît que l’élément le plus frustrant est la limitation dans le choix du papier entraîné par le manque de ressources.

«On ne peut pas utiliser le même produit que l’on utilisait il y a trois ans.»

D’après ce dernier, les papetières, au début de la pandémie, ont ralenti leur production de papier pour les livres. Il ajoute que certaines ont davantage mis l’accent sur le carton destiné à la fabrication de boîtes de livraison.

Cependant, la vente de livres a connu une augmentation significative selon lui.

Le hic, c’est que lorsqu’est venu le temps pour les papetières de s’approvisionner en papier recyclé, qui provient notamment des bureaux du gouvernement et des universités, la quantité était bien mince puisque beaucoup d’entre eux ont été fermés à plusieurs reprises depuis le début de la pandémie.

«Ç’a représenté une tempête parfaite.»

Chez Twin Rivers, on assure toutefois que, contrairement à ce que d’autres entreprises auraient pu faire, l’augmentation des prix et le manque d’approvisionnement n’a rien à voir avec une quelconque transition vers la fabrication de boîtes en carton. La compagnie se concentre toujours sur la fabrication de papier de spécialité et de papier kraft.

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