Dramaturge de plus en plus en vue, Caroline Bélisle présente cette semaine sa plus récente pièce Les remugles ou la danse nuptiale est une langue morte, une œuvre personnelle révélant cinq facettes de sa personnalité.

L’auteure dramatique de Moncton ne cherche pas nécessairement à livrer de message avec son théâtre. Les projets commencent souvent par une question qu’elle se pose sur le monde.

«Mon but ce n’est pas d’y répondre c’est de la poser au public avec moi et d’avoir le sentiment d’avancer avec la pièce.»

Dans le cas des Remugles, c’est une question dramaturgique qui lui a été posée par ses professeurs lorsqu’elle était étudiante à l’École nationale de théâtre en 2019. Ils étaient curieux de voir ce qu’elle pouvait écrire si elle parlait d’elle en laissant transparaître sa vulnérabilité et sa sensibilité. Dans un souci de devenir une auteure plus complète, elle a sauté sur l’occasion et s’est lancé le défi.

«Les remugles, c’était ma tentative de partir de moi comme matériel initial. Ces cinq personnages, c’est comme cinq parties de moi. Je suis contente que ça ait une résonance sociale, mais pour moi c’est un ‘‘feeling’’ personnel.»

Elle s’est donc divisée en cinq personnages qui pourtant sont très différents l’un de l’autre. Il y a Arnaud (Ludger Beaulieu), Élodie (Florence Brunet), Julie (Cassidy Lynn Gaudet), Le Gars du FedEx (Nicolas Dupuis) et Marie-Frédérique, incarnée par l’auteure. Caroline Bélisle souligne qu’elle aurait probablement pu jouer les cinq personnages parce qu’ils expriment ses points de vue sur divers sujets même si parfois ils peuvent être contradictoires.

«Il n’y a personne dans cette pièce-là qui a tort ou raison. Il n’y a aucun personnage auquel je suis plus attachée parce qu’ils cohabitent tous en moi.»

Des relations difficiles

Traitant de l’isolement et de la solitude, cette comédie intimiste raconte le parcours de cinq personnages qui tentent d’entrer en communication avec les autres. Chacun a des difficultés avec ses relations et se questionne sur sa vie intime.

«Mon obsession est beaucoup dans les relations entre les personnages. Il y a des gens qui vont me reconnaître pour ma signature dans ma façon d’écrire les dialogues.»

«Je pense que c’est ça qui est important pour moi, c’est comment les gens se parlent et qu’est-ce qui ressort de leur façon de communiquer.»

Il n’y a pas de grands conflits ou de transformations majeures. Les personnages se croisent dans leur quotidien, cherchent à attirer le regard des autres, tout en tentant de trouver une certaine forme de guérison. Tout cela est mis aussi en parallèle avec le règne animal, d’où la danse nuptiale.

Cette œuvre est très différente des textes Dîner pour deux et Pépins un parcours de petites détresses. Dans cette œuvre déambulatoire, elle abordait l’isolation forcée par la pandémie, tandis qu’avec Les remugles, c’est l’isolement intérieur. La pièce a été écrite avant la pandémie, même si beaucoup de gens ont associé cette œuvre au confinement et à son impact.

«Je pense que l’isolement que mes personnages ressentent, c’est quelque chose qui n’a pas rapport à la pandémie parce que c’est intime. Ce sont des gens qui sont dans une détresse et qui ressentent le besoin de s’isoler pour lécher leurs plaies, pour se sentir mieux, qui ont de la misère à communiquer avec les autres.»

L’idée des boîtes de carton et du livreur de FedEx évoquent d’une certaine manière la pandémie, avec l’augmentation des commandes en ligne. Le livreur est un peu leur seul contact. Or la génération des milléniaux était déjà dans cet univers bien avant la crise sanitaire, rappelle l’auteure.

«La pièce parle aussi de notre incommunicabilité entre nous parce qu’on a tendance à ne pas s’écouter.»

Rayonnement

L’amour est également au coeur de cette œuvre qui a remporté le prix Gratien-Gélinas du Centre des auteurs dramatiques en 2020.

La pièce a été traduite en allemand et a fait l’objet d’une mise en lecture dans un festival en Allemagne. Les remugles ou la danse nuptiale est une langue morte est la deuxième œuvre théâtrale de Caroline Bélisle qui est publiée, la première étant la comédie Dîner pour deux.

La sortie du livre survient quelques jours avant la première de la pièce au théâtre l’Escaouette à Moncton.

Selon l’auteure, le fait de publier permet aux textes de théâtre de circuler davantage et d’avoir plusieurs vies en fonction du regard du metteur en scène.

Caroline Bélisle a écrit aussi une nouvelle comédie, Camping sauvage et domestique, pour le Théâtre des Béloufilles, une compagnie de création féministe nouvellement établie à Tadoussac. À l’invitation des responsables du théâtre, l’auteure acadienne a écrit une comédie pure dont la distribution est essentiellement féminine s’adressant à un large public. Elle sera jouée cet été en plein air à Tadoussac.

Le livre Les remugles ou la danse nuptiale est une langue morte sera lancé lors de l’événement printanier des Éditions Perce-Neige au Centre culturel Aberdeen dans le cadre du Festival Frye. On lancera également les œuvres poétiques de Sarah Marylou Brideau et de Georgette LeBlanc.

La première de la pièce qui devait se tenir ce mercredi a été reportée à vendredi en raison de la COVID-19. La pièce est présentée au théâtre l’Escaouette, vendredi, samedi et dimanche.

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