Liberté, ouverture et sincérité, voilà un peu ce qui définit Martha Wainwright. Autant sur scène que dans son autobiographie, Rien de grave n’est encore arrivé, qui vient de paraître en français, elle se livre sans artifice. En la regardant évoluer en concert, on ressent tout son amour pour la musique.

L’auteure-compositrice-interprète de Montréal est de passage à Moncton cette semaine dans le cadre du Festival Frye. Elle a offert un concert intimiste au Théâtre Capitol à Moncton, mercredi, devant une petite foule enthousiaste de 200 spectateurs qui l’a acclamée.

Accompagnée d’un contrebassiste, la chanteuse-guitariste à la voix particulière et inimitable a offert un survol de son répertoire, dont deux chansons en français, tout en racontant des anecdotes de sa vie et en lisant quelques passages de sa biographie.

Intense et vulnérable à la fois, l’auteure-compositrice-interprète qui navigue entre les deux langues s’est présentée sur la scène avec beaucoup de naturel et de vérité. Comme l’a souligné une spectatrice, on se laisse flotter sur les images évoquées par sa poésie musicale.

Ayant grandi au sein d’une famille de musiciens célèbres, Kate et Anna McGarrigle, son frère Rufus Wainwright et son père Loudon Wainwright III, l’artiste a défini sa propre voie artistique.

«Tu ne sens pas qu’elle est calquée sur quelqu’un. Elle n’est pas là pour prolonger la mémoire de ses parents. C’est elle qui en musique se chante et en se laissant autant de liberté, elle découvre des choses avec nous en même temps. Elle n’est pas juste en représentation, on est là ensemble», a exprimé Monique Léger.

Le compositeur Jean-François Mallet qui la voyait en spectacle pour la première fois a été conquis par sa voix et sa poésie.

«J’ai vraiment beaucoup aimé sa voix. Avec cette formation-là, c’était très intime, ça lui laissait beaucoup de liberté pour interpréter ses pièces.»

D’ailleurs, la chanteuse ne suit pas rigoureusement sa liste de chansons, préférant y aller avec l’émotion du moment.

«Quand je suis avec un band où on est plusieurs personnes et qu’on fait une tournée soir après soir, c’ est un peu plus réglementé. On a besoin de cette régularité pour pouvoir continuer, mais dans cette situation où c’est juste moi et un autre musicien, je me laisse être un petit peu plus dans le moment et de voir où on peut aller avec les spectateurs et c’est quoi que ça me tente de faire», a-t-elle souligné en entrevue au lendemain de son concert.

Changements dans sa vie

Portant une chemise à carreaux au look décontracté, l’artiste se présente simplement à la rencontre. Elle est tout le contraire d’une vedette, même si elle a un parcours assez impressionnant et qu’elle a côtoyé certains des plus grands noms de la chanson.

La chanteuse atypique est en tournée à la suite de la sortie de son plus récent disque Love will be reborn. Un album d’espoir composé à la suite d’une période sombre de sa vie.

L’artiste de 45 ans, née dans l’État de New-York et ayant vécu dans plusieurs grandes villes du monde, a traversé des changements importants dans sa vie depuis cinq ans. Un divorce difficile, son déménagement à Montréal dans la maison que lui a léguée sa mère Kate, les enfants qui grandissent, l’ouverture de son centre artistique et un nouvel amour.

«J’ai rencontré Nico qui est beaucoup plus positif pour moi. C’est la première fois que je ressens autant de certitude dans une relation avec un homme. C’est important pour les femmes d’avoir un amour sain.»

Martha Wainwright a toujours écrit à propos de ses expériences de vie, en y ajoutant de la poésie afin de rendre ses chansons universelles. Elles touchent les gens.

Ses mémoires

C’est à la demande d’un éditeur qu’elle a écrit sa biographie (traduite en français par Fanny Britt), mais aussi parce qu’elle avait envie de tourner la page sur une partie de sa vie. Elle a mis sept années à écrire ce livre dans lequel elle livre ses états d’âme et raconte sa vie avec sa famille, sa jeunesse, la naissance de ses enfants, le décès de sa mère, ses amours, ses ruptures, ses excès et son évolution dans l’industrie musicale pas toujours facile.

Elle aborde certains sujets qui peuvent paraître tabous. Sa famille est «un clan brisé dont les membres s’accrochent les uns aux autres», confie-t-elle.

Elle se remet en question plusieurs fois, se demandant même si elle avait le talent nécessaire pour être auteure-compositrice-interprète.

«C’est peut-être parce que mes parents étaient tellement respectés, mon frère tellement aimé. Après ça, on se demande si on est aussi bonne que Joni Mitchell, que Leonard Cohen, que Neil Young et ça peut continuer ainsi, parce que j’avais une insécurité par rapport à tout ce que je faisais, c’était un peu mon «trade mark».

Elle a toujours eu l’impression qu’elle devait aussi se prouver davantage. C’est à force de chanter et de monter sur scène soir après soir qu’elle a acquis de la confiance. Celle qui a fréquenté de jeunes musiciens dans la vingtaine, note que les portes s’ouvraient plus facilement pour les fils d’artistes célèbres que pour les filles.

«Les compagnies de disque étaient vraiment prêtes à trouver la nouvelle star et à donner de l’argent, des opportunités dans les grands studios, des contrats. Il n’y avait pas ce regard vers moi peut-être aussi parce que j’étais pas typiquement parfaite et ma musique était difficile à placer, aussi j’étais wild, un peu incontrôlable dans un sens et le focus était sur Rufus et c’était peut-être trop d’avoir Rufus et Martha dans le système.»

Elle a donc fait son chemin à sa façon et à son propre rythme, un échelon à la fois. Dans ses mémoires, elle confie qu’elle s’étonne d’être encore en vie en raison de ses excès passés. La musique l’a sauvée plusieurs fois. Elle adore la sensation d’être sur scène et de jouer de la musique. Mercredi soir, elle ne sentait pas nécessairement à son 100% en raison d’un petit mal de gorge, mais l’artiste qui a plus de 20 ans d’expérience a réussi à trouver une façon que tout se déroule bien et de vivre une belle aventure avec le public.

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