Telle une bouffée d’air frais, à la fois sensible et loufoque, la pièce Les remugles ou la danse nuptiale est une langue morte de Caroline Bélisle, présentée en première au Théâtre l’Escaouette à Moncton, a été acclamée par la foule de quelque 200 personnes.

«Avoir une pleine salle, c’est la première fois depuis le début de la pandémie. Ça fait vraiment du bien d’avoir une pleine salle et de ressentir cette énergie-là», a affirmé la directrice artistique du théâtre, Marcia Babineau, qui signe la mise en scène de la pièce.

À l’issue de la représentation vendredi, les spectateurs étaient ravis. Ils ont salué la finesse de l’écriture de Caroline Bélisle, le jeu des comédiens, la mise en scène qui offre une grande place au mouvement, sorte de clin d’oeil à la danse nuptiale.

«C’était excellent, une bouffée d’air frais que ce soit le jeu avec la danse, les chorégraphies, la musique, le côté un peu décalé, mais en même temps qui l’est pas tant que ça au niveau de la vie de tous les jours. Et puis le fait que les choses soient dites et vécues de cette façon-là, avec beaucoup d’émotion, ça fait vraiment du bien», a exprimé une spectatrice, Jessica Schlungs.

Stéphanie Tardif a été émue par la sensibilité, la douceur et l’humour parfois cinglant de la jeune dramaturge qu’elle connaît bien.

«Ça nous a vraiment émus, ça nous fait du bien, ça nous a fait sortir de notre moment des fois pas trop facile.»

Celle-ci estime que cette pièce incite aussi à la réflexion sur les rapports humains et les façons qu’on aborde les gens. «Parfois un tout petit geste peut faire toute la différence dans la vie de quelqu’un», note la spectatrice.

La solitude

«L’espérance de vie d’une baleine c’est entre quatre-vingts et cent-dix ans. C’est long la vie pour être tout seul», déclare le personnage d’Arnaud (Ludger Beaulieu) en parlant d’une baleine unique appelée 52 Blue dont la fréquence du chant est de 52 Hertz. Elle est la seule au monde à avoir cette fréquence, l’empêchant ainsi de communiquer avec les autres de son espèce.

Arnaud qui se passionne pour la vie sous-marine se sent un peu comme cette baleine. Dans Les Remugles, on suit cinq personnages, probablement tous dans la vingtaine, qui sont seuls. Vivant dans leur propre bulle, ils ont du mal à communiquer avec les autres. Marie-Frédérique (Caroline Bélisle) a laissé ses études de maîtrise pour travailler comme caissière dans une boutique cadeau, Élodie (Florence Brunet) qui vit une rupture amoureuse débarque chez son amie Julie (Cassidy Lynn Gaudet) qui l’accueille plutôt froidement. Au centre de leur vie se trouve le livreur de FedEx (Nicolas Dupuis) qui cherche un peu de reconnaissance.

«On ne s’ennuie pas, c’est un petit peu comme dans la vraie vie, les gens se croisent, mais on ne se connaît pas vraiment et chaque personne a besoin de reconnaissance. Je pense que c’est un besoin fondamental d’être reconnu», a commenté Shirley McGraw, après la représentation.

Le décor est composé d’une structure de métal, de plusieurs boîtes et de quelques accessoires, permettant ainsi d’évoquer les lieux où se déroule l’action. Les comédiens campent leur personnage avec conviction.

«J’ai vraiment apprécié, j’ai trouvé que le jeu des comédiens était vraiment bon et drôle. J’ai aimé tous les comédiens, mais surtout Florence Brunet que j’ai trouvé époustouflante», a souligné un spectateur.

Enjeu actuel

Marcia Babineau a été touchée par ce texte qui malgré l’humour et la légèreté aborde des enjeux actuels sur la difficulté des personnages à sortir de leur solitude pour aller à la rencontre de l’autre.

«Ce n’est pas un texte conventionnel et je trouvais ça intéressant qu’on suive cinq différents personnages. […] Il y avait un défi là-dedans de raconter une histoire polyphonique à cinq voix. Je pense que ça relève de leur génération qui veut faire un autre type de théâtre.»

La metteure en scène mentionne aussi la délicatesse de la pièce qui se développe tout en douceur, sans grand coup d’éclat. «J’aime l’univers de Caroline, cette juxtaposition de l’humour, du dramatique et du sensible.»

Caroline Bélisle est une auteure qui se diversifie, se renouvelle et qui, chaque fois, arrive à surprendre, a mentionné l’auteur Gabriel Robichaud qui dirige la collection théâtre aux Éditions Perce-Neige. Une petite réception à l’occasion du lancement du livre a suivi la première.

La pièce rassemble une équipe de concepteurs: Jean-François Mallet à la musique et à l’environnement sonore, Marc Paulin aux éclairages, Noémie Avidar à la scénographie et aux costumes, Monique Léger au mouvement, Jacques André Levesque à l’assistance à la mise en scène et Hugo St-Laurent à la régie et direction technique. Après avoir été présentée en fin de semaine, cette création partira éventuellement en tournée au Nouveau-Brunswick.

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