À partir de conversations fragmentées dans un échange de lettres et d’objets par voie postale, Annie France Noël et Mo Bolduc ont créé le projet visuel et littéraire Épistola: ailleurs n’existe pas. Les deux artistes queer explorent des questions de nature existentielle.

Ce partenariat de poésie et d’estampe entre l’Atelier Imago et le Festival Frye existe depuis plusieurs années. L’exposition est présentée au rez-de-chaussée du Centre culturel Aberdeen sur le mur des membres de l’Atelier Imago. Chacun des deux organismes sélectionne un·e artiste et un·e poète pour prendre part au projet.

Annie France Noël, photographe, raconte que c’est la poésie de Mo Bolduc qui a d’abord donné le souffle à l’exposition. Il s’agit d’une correspondance non seulement fragmentée dans le temps, mais dans la distance. Iels vivent à un millier de kilomètres de distance. Mo Bolduc, artiste multidisciplinaire originaire du Nouveau-Brunswick, est établi·e à Montréal, tandis que Annie France Noël vit et travaille à Moncton.

«J’ai laissé Mo m’écrire en premier et je voulais qu’iel débute le bal. Quand j’ai reçu sa première lettre, tout de suite, j’ai accroché sur des mots et je lui ai réécrit avec des questions et d’autres mots.»

Annie France Noël s’est laissé guider par les mots de l’écrivain·e, soulignant que dès les premiers échanges, iel a ressenti une certaine vulnérabilité de la part de Mo Bolduc qui était en plein déménagement. Iel avait un peu le sentiment d’être dans les limbes, dans un entre-deux.

«Les déménagements sont souvent des grands moments dans la vie de quelqu’un pour plusieurs raisons et facettes. La chose qui est vraiment venue me chercher, c’est qu’à un moment, Mo me parle que sa vie est dans ses sacs de plastique transparents par terre sur le plancher gris.»

Cet objet d’apparence banal est devenu le point de départ de ses monotypes (estampes). Iel a donc encré des sacs pour ensuite les passer à la presse avec le papier, donnant ainsi des œuvres texturées. On a même l’impression que ce sont des pièces de vêtement froissées.

«Je me suis vraiment amusé·e avec les techniques. C’était de la découverte et puis je me suis laissé emporter au jeu et aussi ça sortait de ma pratique habituelle qui touche à la parentalité», a expliqué l’artiste, reconnu·e pour son travail en photographie.

Par la suite, l’artiste a intervenu sur les œuvres avec de la peinture à l’huile en bâtons en faisant ressortir des mots de leurs échanges. Toute leur correspondance est d’ailleurs affichée à côté des œuvres visuelles.

«Je trouve que c’est vraiment riche pour la lecture de l’oeuvre. Toute la correspondance est au mur de façon chronologique. Je me suis laissé emporter à écrire un peu aussi avec ma propre petite prose amateure.»

Le titre de l’exposition est tiré de la poésie de Mo Bolduc. À deux, les artistes ont exploré l’espace physique, mental et émotionnel. Cette trajectoire entre deux états correspond un peu à la définition de l’identité queer, estime l’artiste.

«Pour moi, le fait qu’on soit deux artistes queer, je pense que ça reste très bien dans la thématique où c’est cette idée-la de ne pas être capable de mettre le doigt sur une définition propre, que ce soit en terme d’identité, d’émotion et d’espace. Cette idée des limbes, je pense que ça peut être très queer. […] C’est un espace qui est riche et fluide.»

Inaugurée dans le cadre du Festival Frye, samedi, l’exposition est en montre jusqu’au 27 mai.

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