Joseph Edgar est habité par l’oeuvre de Jack Kerouac depuis 25 ans. L’auteur-compositeur-interprète qui incarne cette grande figure de la littérature américaine dans l’opéra de chambre La nuit est ma femme, se dit à la fois honoré et touché.

L’album La nuit est ma femme – Dans la tête de Jack Kerouac est paru à la fin avril. À la fois chanté et parlé, l’opéra bilingue composé par Mathilde Côté et écrit par Ivan Bielinski (Ivy), rassemble huit musiciens et quatre interprètes, dont Joseph Edgar qui joue le rôle de Jack.

Le chanteur et poète de Moncton raconte que de l’âge de 17 ans à la jeune vingtaine, il a presque tout lu de l’écrivain américain. Le docu-fiction Le grand Jack d’Herménégilde Chiasson l’avait complètement renversé. Il a alors plongé dans son oeuvre.

«Quand elle (Mathilde Côté) m’a proposé ce rôle-là, j’avais déjà fait ma recherche et cette recherche-là m’habitait depuis 25 ans quasiment. C’était un honneur de le jouer et pour moi, il fallait que je lui rende justice, donc c’était un peu stressant, mais finalement dès que j’ai commencé à lire mes parties, c’était quasiment plus naturel que de chanter mes propres chansons.»

Le spectacle n’a pas encore été produit sur scène. Seules deux mises en lecture ont été offertes à Montréal. Au départ, le spectacle devait se faire avant la sortie de l’album, mais en raison de la pandémie et de conflits d’horaire, c’est le contraire qui s’est produit. La production sur scène devrait voir le jour en 2023.

Un projet de longue haleine

Mathilde Côté et son équipe travaillent à la création de cette œuvre singulière depuis plus de trois ans. Les interprètes ont pris part à différentes étapes de la création afin de mettre en place le projet. Dès les premières répétitions, Joseph Edgar s’est senti naturellement à l’aise dans cette poésie.

«Honnêtement, la première répétition qu’on a faite, je ne comprenais pas comment ça sortait aussi naturellement et même les gens autour de moi m’ont demandé combien de fois j’avais répété. Il faut dire que Kerouac a tellement de rythme dans sa poésie, alors si tu te laisses aller là-dedans, c’est juste un ‘‘flow’’.»

Conçu comme un collage de différents morceaux, l’opéra à mi-chemin entre le classique et le populaire creuse dans l’oeuvre de Jack Kerouac afin d’y retrouver un peu le jeune Jean-Louis (nom de baptême de Jack), né en 1922 à Lowell au Massachusetts, de parents immigrants canadiens-français. Celui qui parlait le français à la maison a appris l’anglais à l’école vers l’âge de sept ou huit ans, raconte Joseph Edgar.

L’opéra est une sorte de dialogue entre Jack, Jean-Louis, la Nuit et sa mère Gabrielle.

«C’est un peu comme ce combat de dualité linguistique que Mathilde Côté a voulu traiter dans son oeuvre.»

Beat Generation

Écrivain de la Beat generation, Jack Kerouac était reconnu pour sa prose spontanée et son portrait désenchanté de l’Amérique du tournant du XXe siècle.

De son vivant, il n’a pas publié ses textes en français. C’est Jean-Christophe Cloutier, un Québécois, professeur d’anglais à l’Université de Pennsylvanie, qui en a produit la première publication, aux éditions du Boréal, en 2016. C’est en lisant ces textes que Mathilde Côté a eu envie de créer un opéra sur sa vie.

Le livret de La nuit est ma femme est constitué d’extraits du roman du même nom, d’autres textes français choisis et de poèmes en anglais.
Joseph Edgar s’identifie un peu à la poésie de Jack Kerouac.

«Ça me touche dans toutes sortes de différents sens. Je suis très fasciné par ses tournures de phrase, sa langue bien à lui. Des fois, ça semble comme si c’est du non-sens, mais parfois il faut que tu passes à travers les broussailles avant d’arriver au chemin. […] Moi aussi souvent, il faut que je passe à travers toutes ces phrases-là pour arriver à la bonne.»

À son avis, Kerouac figure parmi les écrivains ayant le plus d’humanité. Sa poésie est belle et triste à la fois comme en témoigne cette phrase: «J’ai pas aimé ma vie, mais j’ai toujours aimé le coeur du monde.»

L’artiste acadien s’estime privilégié de pouvoir travailler avec cette équipe de créateurs qu’il trouve formidable.

«Ça fait trois ans qu’on se rencontre et à chaque fois, je sors de là plus riche artistiquement parce que je trouve que ça fait tellement du bien de participer à quelque chose qui n’est pas moi et de voir l’immense talent qui m’entoure que ce soit les chanteuses, les musiciens, Mathilde Côté ou Ivy.»

Il a hâte de présenter ce spectacle au public. Selon l’artiste acadien, cette pièce a le potentiel de voyager non seulement au Canada, mais aux États-Unis.

Rose Naggar Tremblay (Gabrielle), Myriam Leblanc (La Nuit), Stéphan Côté (Jean-Louis) sont les autres interprètes de cet opéra.

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