De plus en plus de musiciens francophones convoitent aussi les marchés anglophones. Une certaine ouverture se dessine à l’horizon, estiment des artistes et artisans de l’industrie musicale acadienne qui participent aux festivités de l’Association de la musique de la côte Est (AMCE).

De retour en personne après deux ans, la conférence de l’AMCE fourmille d’activités à Fredericton. Des centaines de musiciens, d’agents, de gérants, de diffuseurs et de producteurs, une grande majorité issue de la scène anglophone, arpentent les salles de conférence et de spectacles dans le but d’échanger, de créer des ponts pour conclure d’éventuelles ententes. Quelques minutes avant de monter sur la scène du Charlotte Street Arts Centre, vendredi, l’auteure-compositrice-interprète Christine Melanson était fébrile.

«C’est certainement vraiment excitant de commencer à refaire des vitrines en présentiel parce que comme ça on a vraiment la chance d’échanger avec des agents de spectacle et d’autres artistes», a exprimé la chanteuse-musicienne qui s’est produite devant une salle presque pleine, accompagnée du guitariste Denis Surette et du bassiste Chris Cormier.

Au cours de la fin de semaine, elle est en spectacle à trois reprises avec son projet solo et son groupe Les Fireflies. Si pendant longtemps, francophones et anglophones se tenaient un peu à distance, aujourd’hui, la tendance commence à changer. Entre les chansons, Christine Melanson a choisi de s’exprimer en anglais afin de s’assurer que le public la comprenne bien. Selon celle-ci, il y a de l’intérêt de la part des diffuseurs anglophones à l’égard de la musique acadienne. Elle a d’ailleurs été chaudement applaudie par l’auditoire.

Émilie Landry qui se produit sur différentes scènes pendant les festivités estime important que les francophones soient présents à cet événement, même s’ils sont minoritaires, puisqu’ils font partie de l’industrie musicale de la côte Est.

«Je pense qu’au travers de la musique, on peut peut-être bâtir un peu plus de ponts entre ces deux communautés-là et je sens qu’il y a de plus en plus une ouverture d’esprit auprès des diffuseurs. Je veux leur montrer que je suis bilingue, je suis capable de m’exprimer en anglais sur scène, mais ils vont quand même entendre mes chansons en français», a mentionné la chanteuse qui a commencé à collaborer avec des auteurs-compositeurs anglophones pour l’écriture de chansons.

Sur son prochain album, il y aura d’ailleurs quelques pièces en anglais.

«Oui je suis francophone, acadienne, je suis fière de ça, mais je trouve que quand on se présente comme une artiste bilingue, ça peut faciliter un peu cet échange-là. L’important c’est qu’on se rejoigne, pas juste les artistes, mais aussi les publics dans les salles.»

Elle veut pouvoir donner le plus de spectacles possible. Bien que le Québec soit un marché voisin très intéressant, il reste qu’il est un peu saturé, note la chanteuse de Campbellton.

Une ouverture

La propriétaire de l’agence Le Grenier Musique, Carol Doucet, qui a remporté le prix du Pilier de l’industrie de l’année, estime que cette reconnaissance témoigne justement d’une certaine ouverture de la part du marché anglophone. Plusieurs artistes qu’elle représente tentent une percée du côté anglophone et intègrent des compositions en anglais dans leur répertoire. Selon elle, il est temps d’ouvrir ses œillères et de cesser d’identifier la musique juste par la langue. C’est d’ailleurs ce que des agents internationaux lui ont déjà fait remarquer. Ceux-ci veulent d’abord connaître le style et l’artiste.

«Notre marché francophone est si petit alors pouvoir se faire connaître dans les marchés anglophones, ça permet de jouer chez nous. Les artistes avec qui on travaille, ils sont tous établis dans leur région, ils ont leur maison, leur famille donc pouvoir jouer plus par chez nous, c’est une valeur ajoutée à leur carrière. Leur force c’est qu’ils peuvent s’exprimer en anglais entre leurs chansons.»

Selon le directeur général de Musique NB et lauréat du Prix Stompin’Tom, Jean Surette, des festivals, des diffuseurs, des programmateurs présents à la conférence recherchent de la musique, et ce, peu importe la langue.

«Je pense qu’il y a une perception qui a toujours existé que si ce sont des diffuseurs anglophones pour quelque raison, ils ne sont pas intéressés par des artistes qui chantent en français, mais ce n’est pas le cas. Je pense que maintenant les artistes osent approcher des festivals, des salles de spectacles, des programmateurs qui programment toutes sortes de musique. Si c’est bon, c’est bon.»

Le directeur général de Musique NB, Jean Surette. – Acadie Nouvelle: Sylvie Mousseau

L’artiste acadien de la Nouvelle-Écosse Trevor Murphy qui rock en français depuis un an avec son projet Sluice, après avoir joué de la musique en anglais pendant plusieurs années, se réjouit de pouvoir présenter son nouveau matériel à l’AMCE. À son avis, les barrières de langue sont en train de tomber.

«Après ces deux années (de pandémie), on s’est rendu compte qu’on est une seule et même communauté et on essaie tous de faire la même chose. J’ai de plus en plus d’amis anglophones qui s’intéressent à la musique francophone.»

L’atelier portant sur comment percer les marchés anglophones a été un succès avec plus d’une quinzaine de participants, a indiqué la responsable de la programmation francophone à l’AMCE, Yolande Bourgeois.

«On est rendu là maintenant parce qu’on parle beaucoup de diversité et de cultures différentes. Une chose qui a été dite c’est que c’est important aussi d’être capable de communiquer en anglais entre les chansons et avec les professionnels, mais la musique y a pas de problème.»

Bourse du Fonds Marc-Chouinard

La première bourse du Fonds Marc-Chouinard a été remise à Jonah Guimond alias P’tit Belliveau de la Baie Sainte-Marie. Cette bourse l’aidera à se produire sur la scène internationale. Il s’envolera pour la France le 5 juin afin de donner plusieurs concerts et prendre part à des activités de promotion. Cette bourse d’une valeur de 2000$ a été dévoilée vendredi lors d’un dîner visant à favoriser les échanges entre les professionnels de l’industrie francophone et anglophone. Le lauréat n’était pas présent puisqu’il est actuellement en tournée.

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