Trente ans plus tard, la sympathique Nora Hébert, alias Séraphine, qui s’est longtemps chicané avec sa voisine Zélica, se prépare encore une fois à entrer en scène au Pays de la Sagouine

En fait, Nora Hébert est au Pays de la Sagouine depuis le début de l’aventure créée de toute pièce par la romancière et dramaturge acadienne, Antonine Maillet. Et dire que toute cette grande histoire a commencé tout bonnement.

Celle qui ne passe plus inaperçue sur l’Île-aux-Puces dans son rôle de Séraphine a commencé au centre d’accueil du Pays de la Sagouine il y a 30 ans.

L’année suivante, elle a été choisie pour accueillir les gens deux jours par semaine dans la maison de la Sagouine sur l’Île-aux-Puces. À ce moment-là, son nom de personnage était Joséphine, la servante. Ironiquement, sa voisine de l’époque au Pays de la Sagouine, Zélica (Dianna LeBlanc), est sa vraie voisine à Bouctouche.

«Elle, ça faisait déjà deux ans je crois qu’elle était dans la maison de la Sainte», explique Nora Hébert. Guillermo de Andrea, qui était le directeur artistique, voulait que les personnages interagissent comme s’ils vivaient vraiment dans le petit village.

Donc, Zélica racontait des histoires et rouspétait contre sa nouvelle voisine. Une bonne fois, Joséphine s’est aperçue que les gens entraient dans la maison de la Sagouine et se mettaient à fouiller partout. «Je ne comprenais pas que des touristes pouvaient arriver dans une maison, une place touristique, et ouvrir les portes d’armoires.»

La comédienne trouvait la situation plutôt bizarre. «Je leur ai demandé: pouvez-vous bien me dire ce que vous cherchez? Ils m’ont répondu: la femme en face, ta voisine, elle dit que tu bois et que tu caches ta boisson. On veut savoir où tu caches ta boisson», raconte Nora Hébert en riant.

C’est là que la comédienne est sortie de la maison pour crier à la voisine fautive de se mêler de ses affaires. «Il y avait beaucoup de gens locaux les premières années et ils nous connaissaient», informe Nora Hébert. Ces derniers couraient d’une maison à l’autre en racontant des histoires aux deux personnages.

«Guillermo est arrivé à la fin de l’été et a dit: l’année prochaine tu vas être là cinq jours», explique la chicaneuse.

«L’année d’après, madame Maillet est arrivée, et a dit que mon nom serait Séraphine, ajoute-t-elle. Je la regardais et je pensais: Oh my God! C’est madame Maillet qui est à côté de moi, qui me parle et qui veut que je reste là. C’était comme tout un honneur, et en même temps gênant, parce que je savais qu’il y avait de quoi qui allait s’en venir», raconte en riant la comédienne.

La chicaneuse de l’époque a donc eu droit à une description de son personnage: une femme aimant beaucoup les hommes et la boisson et qui se dispute tout le temps avec sa voisine Zélica.

Les deux chicaneuses en action sur l’Île-aux-Puces au Pays de la Sagouine. – Gracieuseté

Le retour

Au cours des deux années de pandémie, Séraphine ne jouait plus. On pouvait néanmoins la retrouver au restaurant-théâtre Viola-Léger pour accueillir les gens, et bien sûr rigoler avec eux.

Cet été, la servante retourne à l’Île-aux-Puces. «Je vais être de nouveau dans la maison de la Sagouine quelques heures par jour», informe-t-elle. Mais pas de chicane avec Zélica, qui ne sera pas là puisqu’elle est partie voir son fils Tom Pouce à Montréal…

Séraphine assurera l’animation dans les diverses maisons, comme d’autres personnages. Elle fera aussi partie du volet Place au théâtre sur la grande scène de l’Île-aux-Puces.

«Je vais faire un clin d’œil au texte de la Sagouine ‘Le recensement’. C’est tout nouveau pour moi. Je n’ai jamais fait ça, j’ai toujours joué avec quelqu’un. Ça fait qu’être toute seule va être un défi», confie-t-elle.

Tout un cheminement

Il y a 30 ans, lors d’une marche bien banale, Dianna LeBlanc, qui jouait à l’époque le rôle de Zélica, a annoncé à son amie Nora Hébert qu’elle avait donné son nom au Pays de la Sagouine qui cherchait du monde.

«Tu devrais essayer», lui avait dit Dianna. Elle a été embauchée rapidement. Auparavant, les deux femmes travaillaient dans des usines de transformation de produits marins.

«C’est la plus belle affaire qui a pu nous arriver», affirme Nora Hébert, quelque 30 années plus tard. Et dire qu’elle était gênée à ses débuts…

«À la fin de ma première journée, je braillais», confie-t-elle. Aujourd’hui, elle en rit de bon cœur.

«Malgré que je manque encore de confiance dans certaines affaires, ç’a ouvert un chemin que je ne pensais jamais prendre», avoue-t-elle.

À la veille de l’ouverture du Pays de la Sagouine le 26 juin prochain, elle est comme quelqu’un qui se prépare à entrer en scène, elle se sent nerveuse.

«Là je suis en train d’apprendre ce texte-là du Recensement de la Sagouine et je suis énervée. C’est excitant mais moi ça m’énerve au boutte jusqu’à temps que je l’aie fait une couple de fois sur l’île. Là après je vais flyer. Le trac, je l’ai souvent», dit-elle en riant.

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