Deux créations théâtrales de l’Acadie porteuses de changement ont été récompensées par la Fondation pour l’avancement du théâtre francophone au Canada. L’histoire de l’émancipation des femmes et la représentation de la diversité culturelle sur scène se trouvent au coeur de ces œuvres en développement.

La production de cirque théâtral Coeur de femme, menée par Stéphanie Bélanger et une équipe de quatre comédiennes créatrices a reçu le prix Viola Léger accompagné d’une bourse de 5000$. L’artiste de la région de Caraquet qui conjugue théâtre et arts du cirque affirme que ce prix qui l’honore lui donne un coup de pouce et la confiance nécessaire pour poursuivre la création.

«Il y a comme une forme de reconnaissance qui donne envie d’aller plus loin là-dedans.»

Ce projet est né en 2020 lors de la Journée internationale des droits de la femme. Elle avait alors organisé une soirée à micro ouvert pour les femmes qui souhaitaient présenter des numéros. À partir de cet événement, elle a eu envie de pousser plus loin l’aventure en créant une pièce sur l’histoire des droits des femmes interprétée essentiellement par des interprètes féminines. Elles proposent un véritable voyage dans le temps. Le spectacle traversera des moments marquants de l’histoire de l’émancipation des femmes, de 1918 (année de l’obtention du droit de vote pour les femmes au Canada) jusqu’aux années 2000 avec le mouvement #moiaussi, en passant par l’effort de guerre, la libération sexuelle, le droit à l’avortement et d’autres sujets.

«Il y a beaucoup de choses qui ont été faites pour les droits des femmes, mais l’histoire nous a montré que ça peut revenir facilement en arrière.»

 

Stéphanie Bélanger du projet Coeur de femme – Gracieuseté

Stéphanie Bélanger estime qu’on ne parle pas assez des femmes au théâtre. C’est un sujet qui la touche personnellement d’abord parce qu’elle est une femme, mais aussi pour rendre hommage à celles comme sa mère qui multiplient les tâches dans leur vie personnelle et professionnelle.

«Je trouve qu’il y a une charge mentale qui est constamment là, le fait que ce sont les femmes qui s’occupent des enfants tout en ayant aussi des carrières.»

Le mouvement de dénonciation des violences sexuelles la touche aussi personnellement puisqu’elle a elle-même subi des agressions verbales et elle a plusieurs amies qui ont été victimes d’agressions sexuelles.

Après un premier laboratoire de création à Moncton, la dramaturge entend poursuivre sa recherche. La bourse qui accompagne le prix Viola Léger va lui permettre d’embaucher une historienne afin de l’aider dans ses recherches. Elle vise à produire la pièce à l’automne 2023. Jalianne Li, Michelle Maillet, Sarah Miller et Stéphanie David sont les autres artistes qui forment l’équipe de création.

Pour une plus grande diversité au théâtre

En recevant le prix spécial Suzanne-Cyr, la comédienne créatrice Aryelle Morrison du collectif Culturas a déclaré que cette récompense contribue au «brunissement» du théâtre acadien.», c’est-à-dire à ce que la diversité culturelle soit mieux représentée.

«On a vu que le théâtre francophone en Atlantique, c’est surtout des histoires de blancs acadiens qui sont racontées et il n’y a pas beaucoup de place pour d’autres voix», a exprimé l’artiste de Moncton qui a des origines acadienne et bangladaise.

L’artiste de Moncton admet qu’il y a eu quelques avancées dans ce sens, mais ce n’est pas encore assez. Satellite Théâtre a mis sur pied le projet Culturas qui est un collectif de sept comédiens créateurs émergents de diverses origines, basé à Moncton. L’objectif est de favoriser la diversité culturelle sur la scène théâtrale.

Aryelle Morrison rappelle que l’équité et l’inclusion ne sont pas des concepts nouveaux. Elle estime que même si l’Acadie se considère comme une terre d’accueil pour les nouveaux arrivants et qu’il y a une évolution sur le plan de la diversité dans la société, le théâtre acadien est en retard sur ce point.

Les membres du collectif ont suivi deux années de formation pour ensuite créer le spectacle Wess Wess et autres stress qui sera présenté les 4 et 5 novembre prochains.

La bourse de 5000 $ leur permettra de passer encore plus de temps ensemble pour alimenter les discussions et travailler aux différents aspects de la production du spectacle.

Une bonne partie des membres du collectif sont des immigrants qui vivent au Nouveau-Brunswick depuis plusieurs années, a-t-elle précisé.

Même si elle est née et à grandi au Nouveau-Brunswick, Aryelle Morrison a toujours eu l’impression d’être un peu exclue de la communauté artistique. Selon elle, le prix spécial Suzanne-Cyr contribuera certainement à renforcer le sentiment d’appartenance des membres du collectif à l’égard de la famille artistique francophone et acadienne.

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