Dans son nouveau documentaire Croque-mort, c’est beau la vie!, le cinéaste Georges Hannan va à la rencontre des artisans du deuil qui sont tout sauf sinistres. Dotés d’un sens de l’humour, ces fins observateurs abordent la vie de façon généreuse et sensible.

Pourquoi faire un film sur les embaumeurs (thanatologues) et les directeurs funéraires? Une question qui est revenue souvent depuis que le réalisateur de Moncton a entrepris son projet de documentaire. Georges Hannan qui avait aussi réalisé Mordu d’éplan et Sex Shop: une affaire de famille aime donner la parole à des groupes de personnes un peu méconnues, dans la marge.

Il lève le voile sur une profession que plusieurs rebutent. Que connaît-on vraiment de ces travailleurs de l’ombre qui veillent sur les morts et accompagnent les familles et leurs proches dans leur processus de deuil? Très peu en réalité. On les voit souvent avec leur visage grave aux enterrements et aux célébrations funéraires, mais ils peuvent aussi se révéler des êtres attachants et plein d’humour, comme en témoigne le film.

«Quand j’étais plus jeune, j’allais aux enterrements. Je regardais ces gens-là et il me fascinait. Il y avait un genre de débauche émotionnelle dans le salon […] et eux, ils étaient juste là comme un mur. Je me suis dit je ne voudrais pas jouer au poker avec eux autres.»

Serge Dupuis et Cédric Gautreau dans une scène du documentaire Croque-mort, c’est beau la vie! de Georges Hannan. – Gracieuseté: ONF

Son grand-père à Lamèque était aussi un artisan du deuil ou un «stuffeux» comme il les appelait à l’époque. Avant c’était l’église qui gérait les préparatifs entourant les décès, aujourd’hui, cette tâche revient davantage aux salons funéraires.

Face à la caméra, les gens qui travaillent dans l’industrie funéraire racontent leur métier, leur vision de la vie et la mort avec un regard lucide, beaucoup de sagesse et un humour noir. Ils ont un amour de la vie. Bien qu’on parle de deuil, c’est davantage un documentaire sur la vie et l’importance de vivre le moment présent, soulève le réalisateur.

«Quelque part, c’est un “feel good movie”… Tu peux t’inquiéter d’hier et être stressé de demain, mais la seule chose que tu vis c’est aujourd’hui, c’est maintenant, c’est juste de se promener, de regarder et d’apprécier la vie, tous les jours, toutes les minutes. C’est comme un compteur et à un moment donné c’est fini.»

Le cinéaste a choisi des participants de plusieurs régions de la province, de cultures et de religions diverses, pour exposer les rituels et les services de chacun. Par exemple, les Juifs n’embaument pas leurs morts: ils les lavent et les enterrent à l’intérieur de 24 heures. Les directeurs sont aussi de différentes générations. On fait la rencontre notamment de Cédric Gautreau, 22 ans, de Memramcook, qui a toujours voulu être thanatologue.

Les participants expliquent aussi comment leur profession risque de disparaître parce que les anciens rituels perdent de leur importance. Comment alors marquer son deuil? Ce film amène des réflexions essentielles sur le deuil, nous rappelant que la mort est bien la seule chose qui est garantie dans la vie.

Georges Hannan a commencé ce projet il y a cinq ans. Il a dû établir une relation de confiance pour avoir accès aux coulisses de cette industrie. De par leur métier, les participants ne sont pas trop enclins à dévoiler leurs émotions. Le cinéaste les perçoit comme des artisans et des aidants. C’est une vocation.

Trame sonore étonnante

Le réalisateur qui est aussi un preneur de son d’expérience a porté une attention particulière à la trame sonore qui occupe une grande place. Créée par Dennis Morton, elle est surprenante.

«On s’est dit allons-y amusons nous, on a laissé la folie prendre le dessus. Ça devient un peu comme des fantômes, des Gremlins, tout le long du film. Il y a toujours des petites voix un petit peu partout.»

Le montage visuel a été réalisé par Julien Cadieux. Si le film porte sur les thanatologues, il reste que le cinéaste a choisi de ne pas montrer le processus, préférant l’évoquer par d’autres images.

«Je ne suis pas un grand fan de films d’horreur, gore, je suis trop sensible pour ça. Il y a un message à véhiculer dans le film, mais si j’ai la moitié du monde qui ne veut pas traverser la porte parce qu’ils ont peur, ça ne marche pas.»

La ligne entre le respect, l’humour et la sensibilité, voilà un peu l’équilibre que cherche à atteindre le réalisateur. On reconnaît bien sa signature. Il n’y a pas de méchant dans son documentaire. Il confie que son plus grand stress est la réaction des participants. Ils n’ont pas encore vu le film. Ils seront présents à la projection. Produit par l’ONF, Croque-mort, c’est beau la vie! est présenté en grande première ce dimanche à 15h au Cinéplex à Dieppe dans le cadre du Festival international du cinéma francophone en Acadie.

Cédric Gautreau dans une scène du documentaire Croque-mort, c’est beau la vie! de Georges Hannan. – Gracieuseté: ONF

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