Dans son documentaire La rockeuse du désert, Sara Nacer retrace le parcours d’une icône de la musique diwane (ou gnawi) en Algérie qui a ouvert les portes aux autres musiciennes et contribué à l’évolution des mentalités.

Née en 1950 à Bechar en Algérie, Hasna El Becharia, surnommée La rockeuse du désert, a provoqué une véritable révolution musicale. Elle joue de plusieurs instruments, dont le guembri, une sorte de guitare nord-africaine à trois cordes, que son père lui interdisait de jouer quand elle était jeune. En fait, elle est la première musicienne à avoir joué de cet instrument qui pourtant était interdit aux femmes.

«Pour moi, elle a fait une révolution musicale en devenant la première femme à jouer de cet instrument, mais elle a aussi fait une révolution des moeurs. Grâce à elle, les femmes aujourd’hui jouent de cet instrument, grâce à elle, les hommes qui avant étaient réfractaires à voir une femme jouer de la musique, aujourd’hui, ils veulent que leurs filles en jouent», a affirmé en entrevue la réalisatrice Sara Nacer.

Celle-ci est de passage au Festival international de cinéma francophone en Acadie, mardi, afin de présenter son premier long métrage documentaire. Son film dresse un portrait intime et inspirant de la musicienne algérienne. Cette dernière se raconte devant la caméra. Quand Hasna El Becharia était jeune, elle devait se cacher pour jouer cette musique ancestrale nord-africaine n’étant réservée qu’aux hommes à l’époque. Elle a fabriqué elle-même son premier guembri.

«Je dis que c’est la plus grande féministe que j’ai rencontrée et pourtant elle ne connaît même pas le terme féministe.»

C’est d’abord par la musique qu’elle a rencontré Hasna El Becharia, puisqu’elle a produit un de ses spectacles en Algérie, puis au Festival international Nuits d’Afrique à Montréal en 2013. Sara Nacer qui a grandi à Alger a découvert la musicienne au moment de la sortie de son album en 2001 qui a connu un énorme succès.

«Je faisais partie de cette génération de jeunes en Algérie qui étaient fans d’Hasna, de cette fraîcheur, de cette originalité, etc. et puis, j’ai eu la chance de la voir en concert en 2011, en Algérie. J’habitais déjà au Québec, mais on m’avait invitée à produire le spectacle de différents artistes, dont Hasna. En 2012, j’ai été la voir chez elle à Bechar dans sa maison, et c’est là qu’on a eu cette discussion et qu’elle m’a dit qu’elle voulait faire une tournée au Canada et je lui ai parlé de ce film et c’est là que notre aventure a commencé.»

L’appel de la musique

Sara Nacer a été fascinée par la passion et la détermination de cette femme qui est la première à avoir osé transgresser cette règle. La cinéaste estime qu’on reconnaît bien l’artiste qui a suivi l’appel de la musique.

«Pour elle, c’était une évidence qu’elle devait jouer de cet instrument même si c’était interdit et mal vu. Et puis il y a aussi sa foi, c’est une femme qui est très pieuse, mais sa croyance est très spirituelle. Elle part du principe que si elle a un don, il y a une raison derrière. On ne lui aurait pas donné un don pour rien.»

Le chemin s’est ouvert et elle l’a suivi. Le documentaire fait ressortir ce mélange d’innocence, de foi, de spiritualité et de passion chez la musicienne libre.

«Elle est très consciente de ce qu’elle a fait, mais pour elle, c’était sa destinée.»

Avant son passage à Paris, elle était pratiquement méconnue, seuls les gens de sa ville et de sa communauté la connaissaient. C’est la consécration française qui a éveillé le monde sur son parcours et de son talent. Puis, elle est retournée vivre à Bechar, faute de pouvoir trouver une stabilité financière à Paris. Elle continue de donner des concerts tout en jouant de la guitare électrique de temps en temps dans les cérémonies de mariage. La seule rétribution qu’elle reçoit est celle que les convives veulent bien lui donner.

«Elle a un rapport très particulier à l’argent. Je l’ai vue vider son compte de banque et elle l’a donné à quelqu’un qui avait des problèmes à ce moment-là. Elle vit vraiment au jour le jour.»

Le film a été tourné à Bechar en Algérie, au Maroc, à Paris et à Montréal. Sara Nacer souhaite que son film puisse propulser sa carrière et que les gens prennent conscience de son apport extraordinaire.

«Quand on fait un film, il n’y a pas vraiment d’attente particulière, mais idéalement je me dis que si le film peut participer à l’aider à remonter sur scène, pour moi, ma mission sera accomplie», a ajouté la cinéaste.

La réalisatrice travaille au développement d’un nouveau projet documentaire qui portera sur l’artiste judéo-algérien, Salim Halali, considéré comme un des plus grands chanteurs de l’Orient.

La rockeuse du désert est présenté ce mardi à 19h au théâtre l’Escaouette.

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