Un peu plus d’un an après le décès du poète-musicien Raymond Guy LeBlanc, son épouse l’artiste Lise Robichaud lui offre un vibrant témoignage d’amour dans une installation d’oeuvres joyeuses et colorées intitulée La fleur du temps.

Exposée à la Galerie 12 à Moncton, l’installation en lien avec le concept du deuil fonctionne un peu comme une lettre d’amour, mentionne l’artiste. Ses oeuvres retracent l’histoire d’amour entre Lise Robichaud et Raymond Guy LeBlanc, auteur du célèbre recueil Cri de terre, publié en 1972, à l’origine de l’émergence de la modernité en Acadie.

L’exposition comprend aussi des écrits inédits de Raymond Guy Leblanc, ainsi que des extraits de ses carnets d’écriture qui servent de matériau pour une installation de silhouette d’oiseaux. Le titre de l’exposition est tiré d’un extrait du Poème pour Lise publié dans le recueil Chant d’amour et d’espoir.

«Quand je pense à la fleur du temps, on peut l’interpréter comme on veut, mais quand je regarde ça maintenant, ce sont comme mes plus belles années», a confié l’artiste la gorge nouée par l’émotion.

Professeure en éducation des arts à l’Université de Moncton et artiste visuelle, Lise Robichaud a vécu 40 ans avec le poète. Le couple a eu un fils, Olivier.

«Ça (l’exposition) communique le bonheur et la joie qu’on a toujours eus nous trois.»

Son installation se déploie en quatre grands thèmes sur chacun des murs de la galerie: le poète-musicien, l’histoire d’amour, la correspondance discrète entre deux amoureux et le paysage. Elle utilise diverses techniques telles que la photographie numérique, le collage en aplat, l’acrylique sur toile et sur bois. L’oiseau, le magnolia, le lotus rouge constituent des symboles forts de l’exposition. Pour cette artiste qui travaille beaucoup avec les métaphores, les symboles et le choix des couleurs sont importants. Rien n’est laissé au hasard. L’oiseau parle du poète-musicien, le lotus rouge évoque le bouddha de l’amour et sa spiritualité, tandis que le magnolia est une métaphore pour la correspondance discrète entre deux amoureux.

Un projet de résilience

Au départ, quand elle a commencé à penser à ce projet de création, bien avant le décès de son mari, elle songeait à créer une installation sur la résilience à cause de la pandémie. Or la vie en a décidé autrement.

«J’étais loin de me douter que j’aurais besoin de tant de résilience.»

La visite d’un jardin victorien à Halifax lui ayant procuré un grand bien-être a été déterminante dans sa création.

Avec cette exposition, elle a voulu recréer un peu ce sentiment afin de réussir à surmonter sa peine. Dans le jardin, il y avait des magnolias en fleur. «À l’époque victorienne, ces types de fleurs étaient utilisés comme moyen de correspondance discrète entre amoureux.»

Ce fut l’un des premiers signes lui ayant ouvert le chemin vers ce nouveau projet artistique. Ses œuvres qui laissent place à l’interprétation respirent le bonheur, la sagesse et la profondeur. Elles sont installées à différentes hauteurs, donnant ainsi du dynamisme à l’exposition. Un grand triptyque fleuri conclut la collection.

Celle qui cherche à créer de l’art vrai a souvent travaillé de façon autobiographique autour des thèmes de l’environnement et du deuil. Sa création a quelque chose de thérapeutique.

Elle présente aussi des citations l’ayant inspirée, un peu comme des indices pour mieux comprendre le sens de l’installation. Elle cite, entre autres, l’artiste-peintre Joan Mitchell qui a dit que peindre c’est l’opposé de la mort, ça permet de survivre et de vivre. «Je me sens comme ça», a-t-elle exprimé.

Une des installations suit la ligne du temps de leur relation amoureuse: leur rencontre à Caraquet en 1981, la naissance de leur fils en 1994 et le décès du poète en octobre 2021. Une phrase d’un poème inédit de Raymond Guy LeBlanc a inspiré cette exposition.

«Comment laisser vibrer dans le flux des mots, des mots qui sautent tels des oiseaux, ce paysage où je ne suis plus qu’une fleur dissimulée dans la verdure du champ.»

L’exposition est en montre à la Galerie 12 jusqu’au 14 décembre.

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