Quels sont les recours pour les victimes de cyberviolence? Des questions soulevées dans le documentaire choc, Je vous salue salope: la misogynie au temps du numérique, témoignant de l’ampleur de ce fléau et de ses effets à travers le récit de quatre femmes et d’un père de famille.

Ce documentaire de Léa Clermont-Dion et Guylaine Maroist est présenté à Moncton ce mardi dans le cadre des 16 jours d’activisme contre la violence fondée sur le genre et de la Journée nationale de commémoration et d’action contre la violence faite aux femmes. Le Regroupement féministe du Nouveau-Brunswick (RFNB) qui organise la projection veut sensibiliser le public à ce phénomène extrêmement préoccupant. Selon la présidente du Regroupement, Geneviève L. Latour, le documentaire donne un aperçu très réaliste de la violence sexuelle ou autre que les femmes et les personnes de minorité de genre vivent en ligne.

«L’idée c’est de pouvoir le projeter pour que d’autres personnes puissent peut-être s’y reconnaître et voir qu’elles ne sont pas seules, mais aussi voir un peu l’ampleur de ce fléau. C’est important aussi d’avoir une discussion parce que c’est un film qui peut être vraiment lourd et ça donne envie d’en parler et d’échanger.»

Il s’agit d’un documentaire troublant qui donne la parole à quatre femmes victimes de cyberviolence de différentes générations, du Québec, du Vermont, de l’Italie et de la France. Les réalisatrices ont aussi recueilli le témoignage d’un père qui a perdu sa fille qui s’est enlevée la vie à la suite d’un viol dont les images ont été propagées sur les réseaux sociaux.

Ces femmes sont des politiciennes, enseignantes, étudiantes et comédiennes. Aussitôt qu’elles prennent la parole dans l’espace public, elles sont la cible de propos haineux, dégradants et offensants. Elles ont reçu des milliers de messages haineux, menaçants, craignant ainsi pour leur sécurité. Laura Boldrini est la politicienne la plus harcelée d’Italie. La comédienne française, Marion Seclin, 28 ans, qualifiée de «suceuse et féminazie» raconte qu’elle a reçu au moins 40 000 messages sexistes, insultes, incluant des menaces de mort et de viol.

Des spécialistes de la cyberviolence faite aux femmes, dont Donna Zuckerberg, la sœur du fondateur de Facebook, s’inquiètent de la montée et de la normalisation de la misogynie. Geneviève L. Latour précise que les femmes sont 27 fois plus susceptibles d’être harcelées en ligne.

«Je n’ai pas les statistiques pour les personnes trans et non binaire, mais c’est certain que les personnes de minorité de genre sont aussi vraiment la cible.»

Un sentiment de sécurité qui s’effrite

Au Nouveau-Brunswick, il n’y a pas encore d’étude sur la violence en ligne, mais le regroupement reçoit souvent des témoignages de ses membres. La présidente a elle-même été victime de propos haineux et inappropriés sur les médias sociaux et via sa boîte de courriels.

«En étant la présidente du regroupement quand je prends la parole en public ou sur les médias pour défendre le droit à l’avortement ou en organisant une heure du conte avec des drags queens, ça a été des moments qui ont entraîné des commentaires haineux.»

Chaque fois, le sentiment de sécurité est affecté, souligne-t-elle. De plus, ce type de harcèlement et d’intimidation en ligne n’est pas toujours pris au sérieux.

«On nous dit ah c’est en ligne, ça reste en ligne, il ne faut pas s’inquiéter, mais on sait que ce qui se passe en ligne peut se traduire dans la réalité puis même si ça reste en ligne, ça a un effet important», a soutenu Geneviève L. Latour.

«De mon côté, j’en ai parlé avec mon entourage, on a misé sur la sécurité communautaire et d’avoir un réseau de soutien, c’est comme ça que moi j’ai pu me sentir en sécurité.»

Les victimes n’ont pas beaucoup de recours et quand elles portent plainte, on leur répond que ce ne sont pas de vraies menaces, alors que l’impact est bien réel. La politicienne afro-américaine de l’État du Vermont, Kiah Morris, a même dû démissionner de son poste, craignant pour la sécurité de sa famille. Dans le film, elle soutient que les femmes se retrouvent seules à mener leur bataille contre la violence en ligne. Le plus grand danger pour les femmes c’est qu’on ne les croit pas, c’est presque rendu normal de ne pas les écouter, partage-t-elle.

«Je dirais que c’est le sentiment que beaucoup de personnes partagent, de ne pas savoir où se tourner, de ne pas savoir si c’est vraiment pris au sérieux et toute l’idée de se faire dire que ce n’est pas si grave que ça, de ne pas s’en faire, qu’on exagère. Ça revient toujours à l’individu de faire ses démarches, de porter plainte, de documenter les menaces, de faire les suivis. Même ça, ça devient lourd», a poursuivi la présidente du RFNB

Elle estime que la discussion qui suivra la projection risque d’être très intéressante afin d’imaginer le genre de mesures et de politiques qui peuvent être mises en place pour éliminer ce type de violence. Le regroupement veut savoir aussi ce qu’il peut faire pour appuyer les victimes de violence en ligne, afin que le problème ne soit plus un fardeau individuel, mais des solutions collectives.

«Je pense que d’avoir des politiques est une partie de la solution et il y a aussi toute la question de s’attaquer à la source même de la misogynie. C’est un changement au niveau de la culture, plus large que les politiques, c’est vraiment d’aller à la source pour faire en sorte de vivre dans une société qui est réellement égale.»

Le documentaire est présenté mardi à midi au local 434 du pavillon Léopold-Taillon de l’Université de Moncton. C’est ouvert au public. De plus, le film sera diffusé sur les ondes de Radio-Canada mardi à 21h.

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