Plus de 30 ans après la mort accidentelle de son frère Jean-Benoît, le réalisateur André Roy entreprend une recherche personnelle afin de retrouver les receveurs des organes de son frère, dont la jeune femme qui a reçu son cœur. Son nouveau documentaire Cadeaux de la vie témoigne de cette quête émouvante au dénouement inattendu et dresse un portrait de l’évolution des programmes de dons d’organes en Atlantique.

«C’est le film le plus personnel que j’ai jamais fait», a confié le cinéaste qui signe sa 6e réalisation.

Plus les années ont passé, plus il a eu envie de connaître la finale de l’histoire de son frère et de mettre un visage sur les receveurs de ses organes.

«Quand je raconte à mes enfants, l’histoire de leur oncle, Jean-Benoit, je trouvais ça toujours dommage que je n’avais pas une finale. On donne un cadeau, mais on veut savoir à qui on le donne.»

Avec sa famille de McLeods dans le nord du Nouveau-Brunswick, le cinéaste revisite les épreuves du passé. Le 26 janvier 1990, son frère aîné est décédé dans un accident de voiture. Le réalisateur, qui était alors âgé de 10 ans, et ses parents, Paul-Émile et Monique Roy étaient aussi à bord du véhicule. Ceux-ci ont survécu à l’accident. Son plus jeune frère Vincent n’était pas dans la voiture. À cette époque, le processus de don d’organes n’était qu’à ses débuts au Nouveau-Brunswick. Précurseurs, ses parents ont décidé de donner les organes de leurs fils. «Mon père et ma mère croyaient vraiment que de cette façon-là, la mort de Jean-Benoît n’était pas en vain.»

Le réalisateur confie dans le film que cela le rend fier de pouvoir dire que son frère a sauvé quatre vies. Très jeune, il a compris comment la vie pouvait être fragile. Aujourd’hui, le cinéaste, producteur et comédien qui a toujours une foule de projets en chantier, vit pleinement et chaque instant.

Peu de temps après la tragédie, Nellie Allen qui coordonnait, à l’époque, le programme des donateurs de la Nouvelle-Écosse leur a transmis une lettre les remerciant de leur geste. La famille a été très touchée par cette lettre.

«On était tellement touché par le fait que cette dame-là nous avait écrit une lettre, qu’on dirait que c’était satisfaisant. Ça remplissait notre rêve et on pouvait l’imaginer comme on voulait à ce moment-là et moi à 10 ans, je pouvais faire la paix avec ça et faire mon deuil.»

L’idée était que la vie continue. Ce n’est que plus tard qu’ils ont ressenti le besoin d’en connaître davantage et de pousser plus loin leur enquête. Le documentaire est d’ailleurs conçu un peu comme une enquête où la route prend toute son importance. Les membres de la famille se confient devant la caméra, cette quête éveillant en eux des souvenirs parfois douloureux. L’émotion est palpable.

«Sur le plan personnel, ça nous a tissé encore plus serré dans la famille. […] On a parlé de choses dont on n’avait jamais parlé. Je pensais qu’on avait tout dit, mais on n’avait pas encore tout dit.»

André Roy et sa famille dans une scène du film Cadeaux de la vie. – Gracieuseté: Radio-Canada

Sur le plan professionnel, ce tournage lui a permis de réaliser l’importance de développer des liens de confiance avec les intervenants.

«Quand tu développes ce lien de confiance, tu peux oublier la caméra, mais le but premier n’était pas juste de nous exposer et de montrer le fait qu’on pleurait, mais c’était de comprendre mieux comment on a vécu le deuil. C’est un film sur le don d’organes, mais c’est un film aussi sur le deuil.»

La sensibilisation

À peu près au même moment où il a entrepris cette nouvelle réalisation, des modifications ont été apportées à loi sur les dons d’organes et de tissus en Nouvelle-Écosse, faisant en sorte que tous les adultes sont maintenant considérés comme des donneurs potentiels, sauf s’ils signalent leur refus. André Roy espère que son documentaire sensibilise la population à l’importance du don d’organes et encourage les élus à Fredericton à modifier les règles du Nouveau-Brunswick afin d’épouser celles de la Nouvelle-Écosse. Le nombre de donneurs par année est encore nettement insuffisant pour combler le besoin.

«Je trouve encore aujourd’hui qu’il y a trop de gens qui ne connaissent pas le don d’organe et qui ont des mauvaises conceptions. J’ai l’impression que ça demeure un sujet tabou dès qu’on parle de la mort et de ce qui se passe après. On devrait en parler de notre vivant et quand on est en santé», soutient le réalisateur.

En plus de s’entretenir avec quelques experts, le cinéaste rencontre sur sa route des greffés de différentes régions de la province. D’ailleurs, son plus grand défi a été de les trouver. Il a été aidé par plusieurs personnes à la recherche.

Avant d’entreprendre le tournage, le cinéaste ne connaissait pas la fin. Et nous la découvrons avec lui en regardant le film. La première du documentaire Cadeaux de la vie (Productions l’Entrepôt) aura lieu au théâtre l’Escaouette à Moncton le jeudi 26 janvier à 19h. Les fonds recueillis lors de cette séance seront versés au programme de dons d’organes du Nouveau-Brunswick. Le film sera diffusé sur les ondes de Radio-Canada le samedi 28 janvier à 23h30 et le dimanche 29 janvier à 19h30.

André Roy et sa famille dans une scène du film Cadeaux de la vie. -Gracieuseté: Radio-Canada

logo-an

private

Vous utilisez un navigateur configuré en mode privé ou en mode incognito.

Pour continuer à lire des articles dans ce mode, connectez-vous à votre compte Acadie Nouvelle.

Vous n’êtes pas membre de l’Acadie Nouvelle?
Devenez membre maintenant

Retour à la page d’accueil de l’Acadie Nouvelle