Dormir dans sa voiture

« Les problèmes sérieux ne manquent pas » s’écrie le Comité des 12 pour la justice sociale dans l’édition du 22 août 2018 de l’Acadie Nouvelle.

C’est plus qu’un problème social qu’une personne soit réduite à coucher dans sa voiture, c’est une tragédie humaine que je ne m’imaginais pas et qui existe bel et bien chez nous.

Cette troublante réalité m’amène à réfléchir sur la mystique d’une Église amoureuse de la pauvreté évangélique. Dès mon enfance, ayant connu la pauvreté, je rêvais d’une Église les yeux ouverts sur les pauvres. Après bien des années d’une vie itinérante, je constate que mon Église n’a pas encore su se dépouiller de ses vêtements de puissance, hérités d’un passé glorieux. L’Église dont je parle, ce n’est pas d’abord la bâtisse, elle est communion selon saint Matthieu (5, 1-12).

Dans ma naïveté, je voyais mon Église dans une relation fraternelle, dans l’accueil inconditionnel de notre nature blessée. Devenue pauvre, je la voyais comme un service dans des paroles et des gestes de libération.

Mon Église appauvrie, elle deviendrait une source de renouvellement et comprendrait mieux ce que signifie «écouter le souffle d’un cœur blessé». Elle serait aussi un appel à la conversion et capable de saisir que la douleur des pauvres, c’est que personne n’a besoin de leur amitié. La pauvreté de mon Église, c’est une grâce qu’il faut accueillir avec joie, face à une société de surconsommation matérielle qui étouffe ses forces spirituelles.

Quand je parle de mon Église, je ne m’exclus pas.  Je suis moi-même une Église souffrante.

Léon Robichaud
Shippagan