Si le Nouveau-Brunswick était doté d’un plan de réduction de la pauvreté

Récemment, une décision du gouvernement du Nouveau-Brunswick a forcé un homme de Miramichi à quitter l’immeuble résidentiel où il vivait, car sa copine habitait dans un autre logement dans le même immeuble. Ce genre d’histoires est bien connu des travailleurs gouvernementaux de première ligne, mais celles-ci sont rarement rendues publiques.
 

Si notre province était dotée d’un plan de réduction de la pauvreté, les cas comme celui-là n’existeraient pas!
Le gouvernement a retiré les prestations d’aide sociale et de la carte médicale du père et du fils à la suite d’une visite d’un inspecteur du ministère du Développement social. L’inspecteur a décidé que l’homme et sa copine formaient une «unité économique», même si les deux membres du couple payaient chacun un loyer pour leur propre appartement et recevaient chacun une facture d’électricité distincte. La décision de l’inspecteur allait à l’encontre de celle des travailleurs sociaux qui avaient autorisé l’arrangement. Peu après, l’homme s’est installé dans un autre immeuble avec son fils pour que ses prestations soient rétablies.
Nous pouvons blâmer la politique de l’unité économique de la province pour cet incident. En effet, cette politique empêche les bénéficiaires de l’aide sociale de partager un logement avec un ou une colocataire, un frère ou une sœur ou un ou une amie. Nous croyions tous que le gouvernement avait aboli cette politique lorsqu’il a adopté le plan de réduction de la pauvreté (Ensemble pour vaincre la pauvreté: le plan d’inclusion économique et sociale du Nouveau-Brunswick). Toutefois, ce n’est pas le cas. Dans l’état actuel des choses, la politique de l’unité économique ne s’applique plus aux Néo-Brunswickois qui étaient déjà bénéficiaires de l’aide sociale en janvier 2010. Néanmoins, tous les nouveaux demandeurs après cette date doivent respecter cette règle étrange.
C’est quoi encore l’annonce télévisée où l’on montre qu’il faut traiter les vieux et les nouveaux amis de la même façon?
Je trouve l’histoire de l’homme de Miramichi particulièrement troublante, compte tenu du fait que le Nouveau-Brunswick est censé avoir un «plan» de réduction de la pauvreté. La liste d’initiatives présentée comme un «plan» par le groupe de Néo-Brunswickois trié sur le volet qui l’a élaboré n’est pas à la hauteur selon moi.
Le mode d’action du gouvernement provincial en matière de réduction de la pauvreté semble correspondre davantage aux besoins et aux désirs des chefs d’entreprises qui continuent de réclamer des réductions toujours plus grandes des dépenses gouvernementales.
Si nous n’avons pas besoin d’un gouvernement, alors débarrassons-nous-en! Cela nous permettrait tous d’économiser un peu d’argent. Telle semble être la philosophie de certains groupes de gens d’affaires. Pour répondre à nos besoins en matière de services sociaux, de santé et d’éducation, alors les chefs d’entreprises n’auront qu’à lancer des sous à la population depuis les fenêtres de leurs bureaux, aide aussi appelée théorie des «miettes».
Peut-être que je suis mélodramatique, cependant, cela semble être une conclusion raisonnable lorsque je songe au fiasco entourant le «plan» de réduction de la pauvreté.
Certaines des initiatives proposées par le gouvernement sont bonnes, d’autres sont discutables. Dans tous les cas, la liste des interventions ne peut guère être considérée comme un plan. Voici quelques-unes des initiatives figurant dans la liste:
_ La création d’une société de la Couronne dotée d’un conseil d’administration de 22 membres et de 12 comités d’inclusion communautaire dans l’ensemble de la province.
_ La création de comités pour élaborer un mécanisme pour fournir un régime de médicaments sur ordonnance à tous les citoyens du Nouveau-Brunswick n’ayant pas d’assurance; mettre au point un régime de soins dentaires et de la vue pour les enfants néo-brunswickois de familles à faible revenu et élaborer une politique visant à encourager l’entreprise sociale.
_ Les bénéficiaires d’aide sociale qui se trouvent un emploi reçoivent une prolongation des prestations de la carte médicale jusqu’à concurrence de trois ans. Ainsi, 802 bénéficiaires ont bénéficié de cette prolongation.
_ Les quelque 1200 Néo-Brunswickois qui touchaient le taux du Programme d’aide temporaire reçoivent maintenant 540 $ par mois au lieu de 300 $.
Il se peut que ces initiatives aident à diminuer la misère de certaines personnes, cependant, ne vous attendez pas à voir une réduction du nombre de pauvres.
Voici certains éléments qui, selon moi, devraient faire partie d’un vrai plan de réduction de la pauvreté:
– Le ministère des Finances y prendrait une part active.
– L’abandon de la pratique qui consiste à réduire les impôts des plus riches tout en continuant d’obliger les travailleurs rémunérés au salaire minimum à payer des impôts.
– Une analyse de l’incidence du système d’imposition sur divers segments de la population.
– L’établissement d’une priorité sur l’aide apportée aux petits salariés, car le travail devrait être une solution à la pauvreté.
– L’établissement d’un salaire minimum qui permet aux gens de subvenir à leurs besoins sans avoir à fréquenter des banques d’alimentation chaque mois et l’intégration d’une clause de subsistance faisant en sorte que le salaire minimum augmente de manière périodique en fonction d’une formule.
– Des taux d’aide sociale plus élevés permettant à tous de vivre dans la dignité.
– L’intégration de données sur la façon dont les rôles assignés à chacun des sexes, le sexisme et le racisme engendrent la pauvreté.
Comment la province peut prétendre avoir un plan de réduction de la pauvreté lorsque des employeurs peuvent obtenir une rencontre avec le premier ministre parce que l’augmentation prévue du salaire minimum ne fait pas leur affaire et réussissent par-dessus le marché à faire modifier la provision en un tournemain? Selon moi, on aurait dû leur dire que leur modèle d’entreprise ne devrait pas reposer sur des salaires de crève-faim et des subventions de leurs bénéfices par les contribuables grâce aux suppléments de salaires et aux programmes gouvernementaux.
Si la province était réellement dotée d’un plan de réduction de la pauvreté, je suis persuadée que le gouvernement n’aurait pas été libre de décider d’un grand virage dans la politique de salaire minimum (en plus de retarder de sept mois l’augmentation de 50 sous, il envisage aussi un salaire minimum à deux niveaux) lors d’une rencontre à huis clos avec des employeurs. Les petits salariés ont-ils aussi eu la chance eux aussi de rencontrer le premier ministre? Et, soit dit en passant, le pouvoir d’achat des travailleurs rémunérés au salaire minimum actuel est moindre que celui des travailleurs touchant le salaire minimum il y a 35 ans.
Le coordonnateur du très respecté Community Action Group on Homelessness (groupe d’action communautaire sur les sans-abri), Timothy Ross, a écrit un texte d’opinion qui a été publié dans The Telegraph Journal: «Une politique publique complexe nécessite l’apport de la base et non pas s’appuyer sur la réaction d’un seul segment de la société. Cela devrait être considéré comme de la diligence raisonnable afin de garantir l’adoption de politiques efficaces. (…) Le refus d’entamer un dialogue raisonnable avec les Néo-Brunswickois et d’envisager d’autres options a mené à une regrettable polarisation de la question.» (traduction libre)
Le gouvernement nous consulte sur certaines décisions stratégiques. Pourquoi nous préoccuperions-nous du slogan qui sera imprimé sur les plaques d’immatriculation si nous n’avons pas les moyens de nous acheter une voiture? Pendant ce temps, on prend des décisions sur les enjeux qui touchent notre vie quotidienne sans demander notre avis.