Au-delà des compressions

Bon lundi! Le gouvernement Alward va bientôt fêter son premier anniversaire. Un bon gâteau avec une chandelle. Déjà l’heure des bilans.
 

La première année de tout nouveau gouvernement en est une d’apprentissage et de rodage. Celle du gouvernement Alward aura été marquée par le fiasco financier dont il a hérité. C’est le dossier numéro un du gouvernement. Pour de nouveau atteindre l’équilibre budgétaire, il faut gérer une administration austère. Ce qui veut dire réduire les dépenses. Ou, si vous préférez, couper, couper encore, couper encore plus! Du moins, c’est le seul message qu’on a reçu du gouvernement Alward depuis qu’il a pris les rênes du pouvoir à Fredericton.
Qui dit compressions, dit mécontentement. Parce qu’il ya des perdants dans l’exercice. Le secteur le plus bruyant a certes été celui de l’éducation. D’abord à la suite des compressions instantanées dictées dans l’exercice financier déjà en cours, ce qui a forcé les administrations scolaires à faire des acrobaties. Puis en imposant une réduction de 2 % pour l’exercice financier 2010-2011, on a poussé les coupes à la limite du possible.
Au départ, on a soutenu que les coupes n’affecteraient pas la salle de classe. C’est un peu comme parler des deux côtés de la bouche en même temps. Dire qu’on va couper et que ça ne va pas affecter les services éducatifs, c’est vouloir une chose et faire son contraire. C’est la fuite en avant. Directement dans le mur de l’impossible.
Puis on a par la suite reconnu que les ponctions financières allaient avoir des conséquences dans la salle de classe, quoique minimes. Là, on entre dans le domaine du réel, mais on ouvre aussi la porte à la réduction des services. Tout devient alors une question de degré.
Prenons un autre exemple, celui de la santé. Le gouvernement a lancé une perche récemment. On voudrait soustraire des soins payés par l’assurance-maladie les vaccins aux gens âgés de 18 à 65 ans qui sont par ailleurs en bonne santé. De même, on voudrait cesser de financer l’ablation des lésions cutanées, grains de beauté ou pas, qui sont plus esthétiques que malignes. En fait, on cherche à réduire les actes médicaux couverts par l’assurance-maladie. Question de sauver des millions ici et là dans le système.
La réaction a été vive et spontanée. Ne touchez pas aux soins de santé. D’autant plus qu’il semble évident que ces propositions de compressions vont, au contraire, engendrer plus de grippes ou de cancers de la peau. Ce qui veut également dire plus de soins et d’hospitalisation, sans compter les pertes de productivité par absence au travail. En somme, des coupes à courte vue qui pourraient résulter en de plus grandes dépenses en soins médicaux dans le futur.

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Chaque fois que le gouvernement s’aligne sur une compression, les gens affectés réagissent avec insatisfaction. Ce qui peut expliquer la baisse d’appuis dans les sondages du gouvernement Alward. C’est un peu normal, il faut dire.
Les coupes annoncées ont ceci de bien, malgré tout. Elles nous forcent à nous interroger sur ce que sont réellement les services essentiels que l’on désire de notre gouvernement. Et, parallèlement, sur les meilleurs moyens de se les financer.
Parce que, au-delà des compressions, il y a un débat de société qui doit se tenir. Le mécontentement causé par les diminutions de services nous force à en débattre. D’ailleurs, ce gouvernement a fait sa priorité du thème de la consultation et de l’engagement des gens. Il serait avisé de poser les questions clairement et ouvertement. Veut-on plus de coupes? Si oui, où? Où veut-on payer plus d’impôts? Et si oui, lesquels?
Parce que l’équation est simple. Soit on coupe davantage, soit on augmente les revenus. Ah oui, peut-être y a-t-il une autre voie. Celle de la croissance économique qui, par effet d’entraînement, génère plus de revenus dans les coffres publics. Mais ça, c’était le mirage promis par l’ancien gouvernement. À l’approche du premier anniversaire du gouvernement Alward, on n’a pas encore senti qu’il avait une stratégie gagnante à cet égard. Seulement des compressions sont à l’agenda. Pas étonnant que le taux de satisfaction recule. Vite une stratégie de développement économique. Et bonne semaine!