Tendance alarmante: crimes violents en hausse au N.-B.

Il se passe beaucoup de bonnes choses dans nos collectivités. Malheureusement, beaucoup d’actes de violence sont aussi commis. Je suis souvent renversée par les reportages dans les médias au sujet de certaines affaires judiciaires. Je connais assez bien les questions touchant les femmes pour savoir que les causes qui se rendent devant les tribunaux ne représentent qu’une fraction de ce qui se passe dans nos collectivités.
 

Nous ne pouvons pas dire que le Nouveau-Brunswick, notre petite province tranquille, est un havre de paix comparativement aux autres provinces. Dans certains cas, nos statistiques sont pires.
Le taux de crimes violents au Nouveau-Brunswick est supérieur au taux national. En 2009, 1500 actes de violence pour 100 000 habitants ont été déclarés dans notre province. Le taux national était inférieur à 1300.
L’an dernier, la police du Nouveau-Brunswick a signalé une hausse de 2 % des cas d’a­gression sexuelle, une augmen­tation de 72 % des cas d’infrac­tions commises avec une arme à feu et une hausse de 40 % des cas de tentatives de meurtre.
La prochaine statistique m’a donné des frissons dans le dos.
Chaque année, les policiers du Nouveau-Brunswick reçoivent environ 600 dénonciations de harcèlement criminel. Il s’agit d’un pourcentage élevé par rapport aux autres provinces compte tenu de notre population. Mises ensemble, les provinces du Manitoba et de Terre-Neuve avaient reçu moins de dénonciations que le Nouveau-Brunswick.
On entend par «harcèlement criminel» la répétition d’actes, pendant un certain temps, qui amènent la victime à craindre raisonnablement pour sa sécurité.1 La grande majorité des victimes de ce crime sont des femmes, et la plupart d’entre elles sont harcelées par un ex-partenaire intime ou leur partenaire intime actuel.
Selon moi, 600 signalements est un chiffre énorme, surtout dans les situations où un cas implique parfois de multiples violations. Une nouvelle recherche menée par Statistique Canada rappelle que: «ces données peuvent être une sous-estimation de l’étendue réelle du harcèlement criminel au Canada puisque ces affaires ne sont pas toutes portées à l’attention des autorités juridiques. Ainsi, les données autodéclarées de 2009 révèlent qu’environ 3 Canadiens sur 10 (29 %) ayant été victimes d’un crime violent au cours de l’année précédente avaient communiqué avec la police pour lui signaler l’incident».1
En 2009, il y a eu 113 déclarations d’affaires de harcèlement criminel à Moncton et rien de moins que 153 déclarations à Saint-Jean. Ainsi, Saint-Jean compte le deuxième taux en importance parmi les grandes villes du pays.
Le taux de 80 déclarations de harcèlement criminel pour 100 000 habitants au Nouveau-Brunswick dépasse nettement la moyenne nationale de 59 cas pour 100 000 habitants. Seule l’Î.-P.-É. affiche un taux de déclarations de harcèlement criminel supérieur à celui de notre province, soit 82 cas par tranche de 100 000 habitants. C’est au Manitoba qu’on retrouve le plus faible taux de harcèlement criminel, soit 22 cas pour 100 000 habitants.
Pouvez-vous me dire ce qui se passe?
Il n’y a pas de raison de croire que les déclarations de harcèlement criminel soient plus souvent sans fondement que pour les autres déclarations de violence. Plus de la moitié des cas signalés ont donné lieu à un verdict de culpabilité, ce qui est comparable aux causes de violence en général. Pour ce qui est du reste des affaires judiciaires portant sur le harcèlement, elles ont donné lieu à un verdict de non-culpabilité ou de non-responsabilité criminelle ou encore les accusations ont été suspendues ou retirées.
Je n’ai pas entendu parler de raisons particulières qui me portent à croire que les services de police du Nouveau-Brunswick compilent de meilleures statistiques ou des statistiques différentes que ceux des autres provinces. Devant la piètre qualité de nos statistiques provinciales sur les actes de violence entre partenaires intimes et leur dénouement – il n’y en a aucune -, je doute fort que l’explication soit que nous compilions de meilleures statistiques sur le harcèlement criminel.
Par ailleurs, aucune grande campagne de sensibilisation n’a été menée pour informer les gens de ce crime et pour encourager les victimes à le signaler. Le harcèlement criminel a été ajouté au Code criminel il y a 18 ans, en 1993.
Comment se fait-il que de nouveaux renseignements alarmants soient publiés au sujet des taux de criminalité et que personne ne s’en inquiète? Les médias se sont à peine intéressés à la question. Ne sommes-nous pas inquiets? Le gouvernement est-il trop occupé à accorder des baisses d’impôts et à sabrer dans les programmes pour se pencher sur la question?
On a ajouté le harcèlement criminel à la liste des infractions criminelles parce que les policiers et les défenseurs de victimes ont remarqué que de nombreux cas d’agression et d’homicides commençaient comme un cas de violence criminelle. Ils ont ainsi conclu qu’une intervention précoce, lorsqu’il s’agissait «seulement» de harcèlement criminel, permettrait d’empêcher que les actes ne dégénèrent en agression physique, en violence psychologique ou même en meurtre.
Près des trois quarts des victimes de harcèlement criminel sont harcelées chez elles, chez un ami ou chez une amie. C’est vraiment inquiétant lorsque le foyer familial n’est plus un endroit sûr.
Le taux de criminalité est en baisse depuis une vingtaine d’années. Néanmoins, ce déclin serait surtout attribuable à une baisse des infractions contre les biens, tant dans notre province qu’au pays. Il est possible que certains taux augmentent en partie parce que les attitudes ont changé et qu’on encourage davantage les victimes à déclarer ce genre de crimes. L’agression sexuelle est un bon exemple. N’empêche que les actes d’agression sexuelle grave et d’agression sexuelle armée, qui ont toujours été davantage signalés que les crimes sexuels mineurs, ont augmenté de 56 % et de 9 % respectivement au Canada en 2009. Ça aussi, c’est inquiétant.
Les taux sont également en hausse, à l’échelle nationale et provinciale, pour les affaires de harcèlement criminel, de pornographie juvénile et l’usage ou la décharge d’une arme à feu.
Les chercheurs de Statistique Canada rappellent que bien des éléments ont une incidence sur les statistiques sur la criminalité, y compris les changements démographiques. Lorsque le nombre de jeunes diminue – surtout le nombre de jeunes hommes âgés de moins de 25 ans –, les taux de criminalité ont tendance à plonger. Pourquoi le taux de crimes violents augmente-t-il au Nouveau-Brunswick? Il me semblait que les rapports montraient que les jeunes quittaient la province?
Peu importe la cause, une hausse du taux de crimes violents est une tendance alarmante. Nous devons prendre cette situation au sérieux si nous voulons un jour renverser ce phénomène.

Sources:
1 –
http://www.statcan.gc.ca/pub/85-005-x/2011001/article/11407-fra.htm