En vérité, je vous le dis

Bon lundi! J’en suis à ma 389e chronique en ces pages et je n’ai jamais traité d’un sujet religieux. Parce que j’ai très vite compris qu’en la matière, il n’y a aucun discours – ou écrit – qui pourrait être interprété sans que le prisme des croyances profondément ancrées dans son for intérieur vienne en altérer la compréhension. Et, par nécessité, sans provoquer des réprimandes des fidèles. Ce n’est pas que je n’ai pas d’idée sur le sujet. C’est que je m’attarde surtout aux choses civiles et laisse les affaires spirituelles là où elles sont, dans les âmes et consciences. Ce qui, soit dit en passant, ne m’empêche pas de traiter des choses civiles avec spiritualité.
Le contexte actuel m’interpelle cependant. Il faut se poser des questions sur l’à-propos de mettre à l’index, pour ainsi dire, le père Donat Gionet pour des propos devenus incendiaires bien malgré lui. Il n’a fait que tenir le discours qu’on a déjà entendu ailleurs, pas des ecclésiastiques de rang bien plus élevé que lui. Divers papes en l’occurrence. Drôle de situation puisque généralement l’Église met à l’index des ouvrages lorsque, au contraire, ils représentent un écart au niveau de la morale ou de la doctrine officielle. 
Le père Gionet a répété ce que les pratiquants de l’Église catholique se sont fait répéter à satiété. Ce qui est immoral ne doit pas être encouragé. Que ce soit l’avortement, l’homosexualité ou autres interdits par la doctrine catholique. Je n’ai pas été surpris de ses propos. Le pape Jean-Paul II et plus récemment Benoît XVI nous ont habitués à ces propos. Tout comme l’interdiction du port du condom pour prévenir la propagation du sida, particulièrement en Afrique où il y a épidémie. On peut être d’accord ou pas; ça, c’est une autre chose. Mais on ne peut reprocher au père Gionet d’être infidèle à son Église.
Ce qu’on lui reproche, semble-t-il, au niveau de l’autorité diocésaine, c’est de toucher à des thèmes qui sont controversés et qui s’écartent de la pastorale qui se veut fondée sur le pardon et l’inclusion. C’est un fait que les thèmes de l’avortement et de l’homosexualité sont particulièrement sensibles. Certainement, aucune femme qui a subi un avortement ne voudra en faire un débat public. On vit ce traumatisme personnel en catimini, dans une souffrance toute clandestine. L’homosexualité se présente également sous le même couvert du secret. Un état de vie qu’on refoule, qu’on vit en cachotterie. Du moins, tel était le cas il n’y a pas si longtemps. De nos jours, c’est plus ouvertement accepté quoi que ce soit toujours difficile pour plusieurs de nos contemporains à tolérer. D’où d’ailleurs l’idée de faire des défilés de la fierté gaie afin de permettre à ceux et à celles qui souffrent de la réprobation sociale de s’affranchir, de se libérer. Afin également de forcer une ouverture des esprits souvent enfermés dans des ornières fortement conditionnées par les dogmes religieux.
On peut s’en remettre à la lettre des dictats des Saintes Écritures et des clercs qui se chargent de les interpréter. Et on peut aussi trouver dans ces mêmes écritures des thèmes menant davantage vers le pardon, la rédemption. Au nom de la vérité, on ne peut nier ni l’un ni l’autre. Ce que je comprends cependant de l’affaire du père Gionet, c’est que vaut mieux ne pas toucher, en chaire, à ces thèmes qui ne s’accordent pas avec la rectitude politique des Temps modernes. L’Église, ce faisant, n’est pas bien différente de ces gens qui ont comme responsabilité de gérer la gouverne des choses publiques.

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Pendant que le père Gionet faisait la morale et que son autorité diocésaine lui faisait la morale, une autre religieuse, sœur Marie-Paul Ross, lançait son dernier livre: Je voudrais vous parler d’amour… et de sexe. Sœur Ross y consacre un chapitre entier sur les actes répréhensibles à caractère sexuel auxquels se livrent des membres du clergé.
Elle y énonce que, selon, elle, il y a environ 80 % des religieux qui ont des écarts par rapport à leur vœu de chasteté. On est tous au courant des abus sexuels de prêtres sans scrupules un peu partout sur la planète. On vient tout juste de passer une étape de tentative de réparation civile ici même dans le diocèse de Bathurst. En réaction au livre de la sœur Ross, l’Association des victimes de prêtres au Québec dénonçait toute l’hypocrisie de l’Église catholique en la matière. En particulier, sa présidente faisait état de religieuses enceintes et qui ont dû se faire avorter! En fait, entre la parole et les actes, il y a souvent un écart. Pas seulement dans le monde des fidèles, mais aussi parfois dans celui des gens d’Église. 
Je ne sais pas comment et pourquoi la décision de mettre à l’index le père Gionet s’est prise. Tout simplement parce que je ne suis pas dans le secret des dieux. D’autres ont ces rôles et responsabilités. Mais en vérité, je vous le dis, il semble bien que la vérité n’est pas toujours bonne à dire. Et bonne semaine!