Noter la première année

Bon lundi! On m’a demandé récemment de donner une note à David Alward pour sa première année à la tête du gouvernement de la province. C’était dans le cadre du panel politique auquel je participe quotidiennement les vendredis à l’émission Shift de la radio de CBC-anglais. J’y suis entouré des panelistes Lisa Keenan, ex-présidente du Parti progressiste-conservateur de la province, et de Michael Camp, directeur du programme de journalisme à la St. Thomas University de Fredericton. Keenan a accordé la note «B» à Alward. Moi, j’ai été même jusqu’à accorder un «B+», alors que Camp a donné un «I» pour incomplet. Tous avaient un peu raison. Je m’explique.

La première année d’un gouvernement qui entre nouvellement en fonction est toujours marquée par l’apprentissage. Il faut donc lui permettre une période d’adaptation avant de juger des résultats. Les différents exercices de consultation mis en place sont cohérents avec le besoin d’apprentissage et tout à fait conséquents avec le programme de consultation et d’engagement de la population inscrit au centre du programme électoral des conservateurs à la dernière élection. À ce niveau, ils n’ont pas dévié de ce qui était promis. Mais, tous le savent, consulter n’est qu’une première étape. Décider en est une autre et elle est combien plus difficile. Ça, ça va venir en l’An 2 du nouveau gouvernement.
J’ai été tout particulièrement impressionné par le flegme de David Alward dans son entêtement à respecter sa parole donnée aux électeurs. Malgré les pressions toutes logiques et justifiables, il se refuse d’augmenter les impôts ou taxes. Son engagement est un «contrat», a-t-il dit, durant les élections. D’autres gouvernements dans le passé ont trouvé toutes sortes d’excuses pour revenir sur leur parole. On peut penser, récemment, au gouvernement de Darrell Dexter, en Nouvelle-Écosse, qui a augmenté la TVH de 13 à 15 % à son premier budget malgré sa promesse, durant l’élection précédente, de ne pas augmenter les taxes.
Somme toute, David Alward est un peu effacé, sans trop d’inspiration, sans grand éclat. Il est comme on l’a élu: un bon «père de famille» qui va faire de son mieux avec les qualités qu’on lui connaît. Le sens du devoir, le respect des autres, l’intégrité. On a élu un «bon gars» à la gouverne de la province et je suis plutôt enclin à lui donner une bonne note pour sa première année. Bien que, tout comme Michael Camp, je sois aussi d’accord qu’un incomplet pourrait être de mise en raison des nombreux dossiers qui demeurent inachevés. Mais puisque c’est l’An 1 qui est en cause – le premier examen disons -, on peut donner une bonne note jusqu’à ce jour. Du moins, c’est mon opinion et je la partage.

***

L’incomplet, le «I», c’est plutôt ce qui s’en vient. Là, ce sera certes plus robuste et déconcertant. Jetons-y un coup d’œil. Le premier dossier qui va faire mal est celui de l’énergie. La consultation menée par le tandem Thompson-Volpé était plutôt bidon, parce qu’elle ne touchait pas aux questions du nucléaire, ni des gaz de schiste. Elle visait à respecter une promesse électorale. On se rappelle combien la vente d’Énergie NB à Hydro-Québec a coulé le gouvernement Graham. Donc, cette consultation visait surtout à désamorcer ce dossier incendiaire. Et aussi à gagner du temps.
En l’An 2, le temps est venu de passer aux actes. Le problème de la dette d’Énergie NB est toujours là, tout comme le vieillissement des infrastructures, tel le barrage hydroélectrique de Mactaquac. La réfection de la centrale de Pointe-Lepreau est un gouffre financier qu’Alward devra tenter de résoudre avec l’aide de ses alliés conservateurs à Ottawa. Puis il y a l’exploitation du gaz naturel par des techniques toutes polluantes. Un dossier où le gouvernement ne peut gagner, quelle que soit sa décision. En somme, l’énergie pourra couler le gouvernement Alward autant qu’il a coulé le gouvernement précédent.
On va aussi s’attaquer, nous dit-on, à la réforme municipale. La solution est politiquement périlleuse. Il va falloir augmenter les impôts fonciers des résidants des districts de services locaux. Quelle que soit la formule choisie, il va y avoir des mécontents. Tout comme il y a des mécontents dans les coupes en éducation et en santé.
L’An 2 va nous révéler les vraies couleurs du gouvernement Alward. Il va aussi mettre à dure épreuve la cote de popularité du gouvernement. Être à l’écoute ne suffira plus; il devra persuader la population de la justesse de ses solutions.
C’est à ce niveau que David Alward va manquer de ressources, que je me dis. Il n’est pas très charismatique et ses interventions ne sont pas bien inspirantes. Il n’est pas à l’aise dans les débats parlementaires. Son plus grand défi demeurera tout de même de convaincre la population qu’il nous dirige dans la bonne voie. Le fardeau va reposer sur ses épaules. Peut-être que sa timidité, sa simplicité et sa franchise seront, en dernière analyse, ses plus grands atouts. Parce qu’en politique, même sans grand éclat, il peut être rafraîchissant de suivre des leaders qui respectent leur parole.

Et bonne semaine!