Histoire des femmes: des exemples d’espoir et d’acharnement

Octobre amène l’Action de grâce, l’Halloween et, depuis 1992, le Mois de l’histoire des femmes (MHF). C’est peut-être la première fois que vous entendez parler de ce mois soulignant les contributions de femmes à l’histoire de notre pays. Dans notre province, le MHF passe pratiquement inaperçu, à part quelques activités locales organisées par des organisations féminines. Selon moi, ça vaut la peine de s’arrêter un instant pour réfléchir aux leçons que nous pouvons tirer du passé des femmes. Les histoires de détermination, de courage et de créativité de celles qui nous ont précédées sont plus importantes que jamais en ces temps difficiles.
On a choisi le mois d’octobre, car c’est le 18 octobre 1929 que les Canadiennes sont légalement devenues des «personnes». Grâce à cette décision, les femmes pouvaient ainsi siéger au Sénat. La décision historique dans l’affaire «personne» a été rendue après des années de lobbying politique et de poursuites par cinq femmes de l’Ouest canadien. Si vous visitez Ottawa, allez voir le monument grandeur nature intitulé «Les femmes sont des personnes!» sur la Colline du Parlement. Veuillez remarquer que le gouvernement de l’époque n’a retenu aucune de ces intervenantes accomplies lorsqu’il a nommé la première sénatrice en 1930.
Le Nouveau-Brunswick a eu sa propre affaire personne au début des années 1900. Le saviez-vous? Mabel Penery French, la première femme à obtenir un diplôme de droit dans la province en 1905 était au centre de la controverse. Le Barreau du Nouveau-Brunswick a refusé de l’admettre, parce que seules les «personnes» peuvent exercer le droit. La Cour suprême du N.-B. a appuyé l’exclusion. Un des juges a même déclaré n’avoir aucune sympathie pour l’opinion selon laquelle les femmes devraient faire concurrence aux hommes dans tous les domaines de la vie. Il a fallu que l’Assemblée législative adopte une loi en 1906 permettant aux femmes d’étudier et d’exercer le droit pour que Mabel devienne la première avocate admise au Barreau du Nouveau-Brunswick. Quelques années plus tard, elle s’installe en C.-B. Elle doit alors reprendre la même lutte pour obtenir l’autorisation d’exercer le droit, qu’elle gagne une deuxième fois. 
Des militantes pour les droits des femmes fougueuses ont changé la vie des femmes. Je pense à sœur Marie Jeanne de Valois, qui s’est longtemps battue pour remporter l’entente de 1943 permettant aux femmes francophones d’obtenir des diplômes universitaires au N.-B. Cela s’est produit près de 80 ans après la fondation du Collège Memramcook/Université Saint Joseph réservé aux hommes. Puis à Sandra Lovelace, de la Première Nation de Tobique, qui a contribué à la lutte visant à mettre un terme à la discrimination contre les femmes autochtones qui épousaient des hommes non autochtones. Elle est allée défendre ce dossier jusqu’aux Nations Unies en 1977. L’article discriminatoire a par la suite été retiré de la Loi sur les Indiens en 1985.
Les récits de telles personnalités dynamiques et leurs luttes en faveur des droits de la personne méritent d’être connus par le grand public. J’ignore comment étaient vos cours d’histoire à l’école, mais je peux vous dire qu’il n’y avait pas grand-chose sur la contribution des filles et des femmes à l’Histoire dans mes livres de cours.
Fort heureusement, au cours des dernières décennies, donner une visibilité au passé des femmes, qui a longtemps été invisible, suscite de plus en plus d’intérêt. L’épanouissement de l’histoire des femmes est plus évident dans les universités. En effet, les cours qui y sont donnés, ainsi que les projets de recherche menés, les livres et les articles que l’on y retrouve offrent une riche perspective sur les vies et les époques des femmes. Les écoles intermédiaires et secondaires commencent à rattraper le retard, et certaines intègrent du contenu lié à l’histoire des femmes dans les livres et les cours d’histoire.
Nous en savons davantage aujourd’hui sur les réalisations des femmes sur la scène publique, mais aussi sur les expériences de celles menant des vies plus «ordinaires» dans l’ombre. Pensez aux femmes tout aussi remarquables qui gèrent un ménage, élèvent des enfants, font du bénévolat dans leur collectivité, qui travaillent dans des fermes, des usines, des écoles et des bureaux. En examinant le passé avec une différente perspective et des questions nouvelles, nous voyons comment les femmes ont réussi, toutes seules ou en groupes, à remettre en question les rôles acceptés par la société, ont œuvré pour changer les lois et les pratiques, parfois en survivant en marge de la société. En apprendre davantage sur l’histoire des femmes ou transmettre vos connaissances sur le sujet avec les autres vous intéresse? Voici quelques suggestions d’activités à faire en octobre ou à n’importe quel moment de l’année.
Parlez à votre mère, à vos grands-mères et à vos tantes au sujet de leurs expériences. Enregistrez leurs histoires sur cassettes audio ou vidéo. Elles possèdent peut-être de vieilles photos, des lettres ou d’autres documents que vous pourriez numériser ou offrir gratuitement aux archives locales ou à des sociétés historiques.
Si vous êtes une ou un élève de l’intermédiaire ou du secondaire, demandez à votre enseignante ou enseignant s’il est possible de faire un projet sur une femme ou un groupe du Nouveau-Brunswick ou d’organiser une activité dans le cadre des célébrations du patrimoine qui ont lieu chaque année en mai.
Faites un tour à votre bibliothèque municipale pour consulter des livres sur l’histoire des femmes. Voici quelques-uns des livres disponibles – Nous, les soussignées: un aperçu historique du statut politique et légal des femmes du Nouveau-Brunswick, 1784-1984; la biographie rédigée par Anne Brennan The Real Klondike Kate, une femme native de Johnville, ou l’ouvrage de Mary Jane Losier portant sur la vie d’Amanda Viger, religieuse et pharmacienne qui a travaillé au lazaret (léproserie) de Tracadie au XIXe siècle.
Organisez un après-midi ou une soirée cinéma pour votre classe, club ou association philanthropique.  Voici quelques suggestions: The Unsexing of Emma Edmonds, un documentaire racontant l’histoire d’une femme native de Magaguadiavic qui, pour échapper à un mariage forcé, s’enfuit de la maison en se déguisant en homme et a été un espion pendant la guerre de Sécession aux États-Unis; le documentaire de l’ONF Une sagesse ordinaire sur la sage-femme Édith Branch Pinet, qui a mis au monde plus de 3000 bébés dans la Péninsule acadienne sur une période de 50 ans.
Organisez une visite à pied guidée de sites et de monuments qui relatent les expériences et les contributions de femmes dans votre collectivité. Préparez de courts textes au sujet de chaque arrêt de la visite, fournissez des photos et une carte. Certains lieux sont répertoriés dans la base de données créée par le défunt Conseil consultatif sur la condition de la femme au Nouveau-Brunswick (www.nbwomenshistory.ca).
Entreprenez votre propre voyage de découverte. Il y a fort à parier que vos trouvailles vous surprendront et vous inspireront!