Les coopératives: le modèle d’entreprise de l’avenir

Qu’est-ce que le gouvernement Harper a contre les coopératives? Chose certaine, les Canadiens attachent une grande importance aux coopératives, surtout celles du Canada atlantique. Il reste que, pour une raison que j’ignore – peut-être parce qu’elles ne pensent pas uniquement à faire de l’argent -, les coopératives sont inadmissibles à certaines formes de financement auxquelles les entreprises à but lucratif ont droit. 
Il y a cinq ans, le gouvernement fédéral a réduit de bien des façons le mandat et la pertinence de Condition féminine Canada (CFC). Le gouvernement a, entre autres, fait supprimer la mention du mot «égalité» du mandat de l’organisme et a interdit que le financement serve à promouvoir le changement. L’accent est désormais mis sur des mesures temporaires plutôt que sur des vraies solutions. En plus, le gouvernement a ajouté les entreprises à but lucratif et les organismes religieux à la liste des groupes pouvant faire une demande de financement pour des projets liés aux femmes.

Aussi, toutes les demandes de financement soumises par des coopératives sont inadmissibles. C’est indiqué noir sur blanc sur le site web de CFC. Quoi?

Les représentants du gouvernement et de Condition féminine Canada ne donnent aucune explication pour justifier cette discrimination.

Ce critère est injuste et illogique. C’est donc à nous que revient la tâche d’imaginer la motivation derrière cette décision du gouvernement Harper. Devrai-je ajouter que les raisons auxquelles nous pensons ne sont guère flatteuses? En passant, les syndicats sont aussi exclus des demandes de financement pour des projets appuyés par CFC.

Les coopératives pourraient proposer des projets novateurs servant à améliorer la situation des femmes, surtout celles vivant en milieu rural, où les coopératives sont souvent solidement établies.

L’absence d’accès au financement de Condition féminine du Canada place les coopératives dans une situation défavorable et limite «leur capacité d’entreprendre des projets de recherche et de développement permettant aux femmes de se sortir de la pauvreté et d’accéder à des gagne-pain viables» (traduction libre), comme l’affirme le Co-operative Enterprise Council.

Les coopératives sont de précieux partenaires dans nos localités. C’est une façon de créer de la prospérité – une prospérité durable qui reste dans nos collectivités. Elles contribuent à la croissance économique et plus encore. Les coopératives sont essentiellement des entreprises appartenant à leurs clients et contrôlées par eux. Généralement, elles cherchent à faire de l’argent, cependant, cet objectif est équilibré par les intérêts des membres et des collectivités où elles sont situées.

Des études montrent les avantages des coopératives, y compris une étude canadienne menée en 2009 démontrant qu’au moment de lancer une entreprise vos meilleures chances de survie sont d’employer le modèle coopératif. Depuis des siècles, les coopératives ont permis à des collectivités et à des familles d’échapper au désastre financier et sont toujours intervenues activement dans les dossiers sociaux. Elles ont toujours appuyé les femmes, surtout les femmes vivant en marge de la société.

Adopter des règles discriminatoires à l’endroit des coopératives est un affront envers tous les Canadiens. C’est un peu comme insulter nos aînés, notre patrimoine et les 17 millions de membres de coopératives au pays.

On parle beaucoup des coopératives dans les médias ces derniers temps en raison du mouvement d’occupation. En effet, les participants au mouvement invitent les gens qui en ont assez de voir des voyous financiers diriger le monde à transférer leur argent des grandes banques aux caisses populaires. Il s’agit d’une façon de reprendre un certain contrôle, car les coopératives donnent un certain pouvoir à leurs membres.

Est-ce pour cette raison que les coopératives est un paria pour le gouvernement Harper?

«À un moment où un si grand nombre de personnes partout dans le monde souhaiteraient faire affaire avec des organismes qui partagent leurs valeurs, il est très important de promouvoir les coopératives et les valeurs qu’elles défendent», a déclaré la présidente-directrice générale de la compagnie The Co-operators récemment, lorsque les Nations Unies ont proclamé 2012 l’Année internationale des coopératives. Les coopératives sont le modèle d’entreprise de l’avenir; le modèle ayant des chances de sauver la planète.

De nombreux représentants du gouvernement fédéral ont déjà exprimé leur appui en faveur de cette année spéciale des Nations Unies. Quoi qu’il en soit, avant qu’un ou une autre fonctionnaire fasse la même chose, il ou elle devrait annoncer la fin du critère de financement de CFC qui est discriminatoire contre les coopératives.

Tous les modèles d’entreprises sont fondés sur des valeurs. La différence réside dans les valeurs. Les valeurs que reflètent les coopératives sont la débrouillardise, la responsabilité, la démocratie et la solidarité communautaire. En fait, si le Nouveau-Brunswick avait davantage recours aux coopératives au lieu d’attendre que des grandes entreprises décident de venir s’installer dans notre province, toute la province s’en porterait mieux et serait plus autonome. Bien des gens souhaitent que les coopératives seront le modèle d’entreprise privilégié pour tirer profit des millions de dollars promis par le gouvernement provincial afin de stimuler l’économie du nord-est de la province. Il y aurait ainsi plus de chance que les investissements restent au Nouveau-Brunswick.

Lorsque personne d’autre ne faisait preuve de leadership et que toutes les autres solutions avaient échoué, les coopératives ont toujours été un point de ralliement pour la population afin de faire bouger les choses, d’obtenir de meilleurs prix pour leurs récoltes, de construire des logements, de lancer une entreprise, de faire avancer les objectifs socio-économiques et bien plus encore.

Pour paraphraser une citation du président des États-Unis, Franklin D. Roosevelt, la concurrence s’est révélée utile jusqu’à un certain point, mais a une limite; en revanche, la coopération, qui est la méthode que nous devons viser, commence là où la concurrence s’arrête. Je crois qu’il a raison, surtout dans les régions où les ressources sont rares, comme c’est le cas au Canada atlantique.

La politique de Condition féminine Canada visant à ne pas financer des projets présentés par les coopératives empêche probablement la réalisation d’excellents projets et prive la province de fonds fédéraux. J’espère que la politique de financement sera modifiée à temps pour l’Année internationale des coopératives, en 2012.