Le défi posé par le quotidien

Je me souviens être à bord du bateau de mon oncle Roméo, un beau matin d’été, sur la baie des Chaleurs, le ciel orange à l’horizon et la mer calme à «jigger» pour de la morue (du temps où on pouvait les pêcher de plus d’un mètre de long, et je ne suis pas si vieux que cela!) et la pêche était bonne, mais soudain, le signal de lever nos lignes est donné. Mon oncle avait observé qu’au large la couleur de l’eau venait de changer, cela indiquait un changement dans la vague et ce ne pouvait être dû qu’au vent qui se levait… il était pressant de rentrer au quai. Pour survivre, le marin se devait de réagir à son environnement, lire les données, savoir interpréter les signes météorologiques et agir sans hésitation. Jamais le capitaine ne perd de vue l’horizon.

Bonjour Mesdames CEO et Messieurs les dirigeants d’entreprise. Vous seuls connaissez les périples et les défis auxquels vous devez faire face dans le quotidien de vos opérations. Mais vous faites aussi face aux imprévus et vous devez composer avec l’incertitude des marchés, la disponibilité de la main-d’œuvre, l’augmentation des coûts, les carnets de commandes, etc. Lorsque tout va bien, votre travail est plus facile. La plupart de vos employés reconnaissent alors toutes vos bonnes qualités… la vie est belle!

Planifier le cours des activités d’une entreprise est une tâche très complexe, car l’entreprise n’est pas isolée de son environnement; ceci est d’autant plus vrai dans cette économie globale. Et bien que nous semblions éloignés de cette idée d’économie globale, ici, aux limites nord de la province, ce n’est pas tout à fait le cas. J’ai assisté cette semaine à une présentation de dirigeants d’entreprise qui incitaient les PME à s’accréditer et se certifier pour développer leur capacité de participer au marché d’appels d’offres de mégacontrats en se joignant à un réseau d’entreprise qui seraient sous-contractantes pour ces entrepreneurs principaux (prime contractors) qui eux peuvent obtenir ces mégacontrats.

L’entreprise, donc, fait partie d’un système très complexe, une économie mondiale, qui réagit à de nombreux facteurs… et comme l’a si bien dit Antoine de Saint-Exupéry dans Terre des hommes… «entre le connu et l’inconnaissable» il est périlleux pour le dirigeant de préciser toutes les variables qui peuvent influencer les profits de son entreprise. Plusieurs facteurs ne peuvent être identifiés; ils sont inconnaissables.

Ainsi, les entreprises peuvent être influencées par des événements distants, difficilement identifiables, sinon inconnus. Devant la complexité des interdépendances économiques, il devient très difficile pour un dirigeant de s’en tenir à une approche de cause à effet… les causes étant multiples et difficilement mesurables, les effets étant décalés dans le temps, ne se manifestant souvent que bien plus tard… lorsque l’évidence de la cause a disparu.

À l’occasion, nous pouvons faire 2+2=4 et mettre le doigt directement sur le problème ou identifier précisément la situation. La prise de décision est alors simple et rapide, car l’interprétation des changements est connue et fait partie de notre expérience. Mais la gestion et la prise de décision sont rarement si simples.

Parce que pris dans un ensemble d’interactions, le dirigeant a avantage à emprunter un mode de pensée en termes de système plutôt que de réfléchir de façon linéaire ou en termes de cause à effets. Penser en termes de système, c’est emprunter un point de vue qui «consiste à considérer les multiples phénomènes qui résultent des interactions entre les contextes individuel, organisationnel, sociétal, culturel et environnemental» (tiré de PREMIUM, Les Affaires, Octobre 2011, Andrew Day et Kevin Power, Rotman Magazine). Il y a plusieurs stratégies qui peuvent aider le CEO à développer sa pensée écologique, en voici deux tirées du même article: le dirigeant doit observer les tendances des différents secteurs d’activité pour avoir une meilleure idée de la «santé» de l’environnement des affaires. Observer les tendances, c’est regarder à l’horizon même si les affaires quotidiennes vont bien. Le dirigeant se doit aussi d’établir de meilleurs liens avec ces fournisseurs et ses clients pour recueillir des informations et favoriser les échanges. Les gens du milieu qui sont aux opérations quotidiennes développent une perspective qui leur permet d’observer les moindres changements.

Le dirigeant doit être à l’affût des changements dans l’environnement, il doit voir le vent se lever… les fournisseurs et les clients sont des agents qui peuvent fournir cette information.

Pris dans un contexte qui doit composer avec les facteurs économiques et environnementaux, le chef d’entreprise doit aussi pouvoir jouer un rôle de rassembleur auprès de sa ressource humaine. Le dirigeant qui peut rassembler son personnel autour d’une problématique pour en extraire les différentes options est en mesure de profiter des idées nouvelles de tout son personnel. Le rôle du dirigeant est de tout mettre en œuvre pour exploiter (au sens positif du terme) le plein potentiel de sa ressource humaine. Ce partage et ces échanges sont à la base même de la réussite de nombreuses entreprises asiatiques.

J’ai beaucoup appris sur le bateau de pêche de mon oncle Roméo. Dirigeants, ne perdez pas de vue l’horizon! La semaine prochaine… le côté obscur du leadership.

➣ Reno Michel Haché, M. Éd est conseiller principal de la formation en milieu de travail pour l’équipe R2 Ressources humaines. Envoyez-lui vos commentaires et questions par courriel (Reno.Michel@r-2.ca) ou joignez-le personnellement au (506) 545-7277.