Le narcissisme et le côté obscur du leadership

Généralement, on aborde le leadership d’un angle positif. Le leadership est une compétence générique qui est fortement valorisée, mais il existe aussi du leadership négatif, toxique ou abusif. Le leadership malveillant ne fait la une que lorsqu’un leader dérape ou que font surfacent des situations organisationnelles dysfonctionnelles souvent reliées à des activités illégales ou à de pauvres rendements. Néanmoins, le fait demeure que plusieurs employés sont captifs de la force obscure du leadership.

Tout comme Darth Vader, qui a succombé au côté obscur de la force, et qui utilise les mêmes sources de pouvoir pour arriver à ses fins, le leadership négatif emploie les mêmes compétences que le leadership positif. Ce qui diffère, c’est l’intention dans l’action, mais l’utilisation des compétences, attitudes et capacités innées sont les mêmes. Darth Vader est un Jedi avec une mauvaise intention. Un dirigeant avec de fortes compétences de leadership, mais avec une mauvaise intention qui crée des situations organisationnelles difficiles. La mauvaise tournure que peut prendre le leadership est essentiellement due à un «aspect de la personnalité» dont la psychologie nomme le narcissisme.

Le mythe de Narcisse prend sa source dans la mythologie grecque. Narcisse est le fils de la nymphe Liriope. Il est prédit, par un devin de l’époque, que Narcisse «vivra très vieux à condition qu’il ne se voie jamais». Bel homme, il était l’objet d’ardentes passions de très nombreuses nymphes. Un jour, il repoussa la nymphe Echo; elle en fût dévastée et elle lui jeta une malédiction. Narcisse, s’abreuva à une source, aperçu son reflet et il en tomba amoureux. Narcisse restera alors de longs jours à se contempler, à s’aimer lui-même sans jamais attraper ni toucher son image. Il finit par mourir, allongé sur l’herbe près de la source. Lorsque l’on retire son corps, on découvre des fleurs blanches que l’on nomme aujourd’hui narcisse.

Ainsi, le dirigeant qui se laisse séduire par le côté sombre du leadership devient la proie à l’admiration de lui-même, à une ambition démesurée et à une tendance à entrevoir les autres comme des prolongements de lui-même. Les leaders narcissiques seraient profiteurs, autoritaires, arrogants et égocentriques.

Être un leader est certes une position très exigeante. Le leader est apprécié lorsque tout va bien et accusé lorsque tout va mal. On s’attend du leader qu’il communique sa vision, qu’il rende espoir et qu’il inspire confiance. Le leader ne peut pas hésiter, ne peut pas douter de lui-même et ne peut pas manquer d’assurance. Peut-on s’étonner alors que les leaders sont ambitieux, fonceurs, déterminés, séducteurs… et narcissiques? Il semble que l’un ne va pas sans l’autre… Darth Vader est d’abord un Jedi, mais il a un petit côté obsessionnel.

Ainsi, le trait de caractère positif qu’est l’ambition permet au leader de faire preuve d’initiative, mais poussé à l’extrême pousse la personne à «entrer sans arrêt en concurrence avec les autres». De même, avoir une personnalité agréable aide les leaders à se faire apprécier de leur entourage, mais poussée à l’extrême font qu’ils «cherchent à éviter tout conflit». On apprécie la capacité qu’un leader doit être rassembleur, d’exercer son charisme pour motiver son équipe et augmenter la productivité de ses employés, mais poussée à l’extrême, cela se métamorphose en «abus de pouvoir». On reconnaît l’abus de pouvoir des leaders lorsque ceux-ci «mentent à leurs subordonnés», lorsqu’ils sont «obsédés par les détails, deviennent perfectionniste et empêchent leurs subordonnés de prendre des initiatives» ou lorsqu’ils font des gestes «contraires à l’étique». Toutes les caractéristiques positives du leader peuvent devenir nuisibles si elles sont poussées à l’extrême. Que faire pour éviter la dérape des leaders? L’auteur suggère de remettre en question les profils, les processus et les critères utilisés dans la sélection des leaders. En d’autres mots, «il faudrait remplacer le modèle habituel de leader, considéré comme une espèce de héros, par un modèle plus relationnel, qui permet davantage l’accent sur le développement d’une conscience de soi forte». Que la force soit avec vous!

Cette chronique est largement inspirée de l’article Le côté obscur du leadership de Malcom Higgs (PREMIUM # 11, Les Affaires). Des informations ont été recueillies sur Wikipédia.

➣ Reno Michel Haché, M. Éd est conseiller principal de la formation en milieu de travail pour l’équipe R2 Ressources humaines. Envoyez vos commentaires et questions par courriel (Reno.Michel@r-2.ca) ou joignez-le personnellement au (506) 545-7277.