L’embargo de sur l’eau

 Les résidants du Domaine Dover sont nerveux. Avec raison. Vivre sans eau courante, quand la location d’un terrain vous coûte trois mille dollars par année, c’est être plongé dans des conditions de vie pitoyable.

Il est indéniable que M. Normand Bérubé, propriétaire du parc de maisons mobiles Domaine Dover, ne s’est pas acquitté de ses obligations. C’est à lui que revient la responsabilité d’assurer un service continu d’eau et d’égoûts aux locataires des lopins de terre se sa propriété. Il affirme avoir développé un système d’approvisionnement en eau. Cependant, il a négligé d’entamer les procédures prévues par le gouvernement provincial pour lui permettre d’approvisionner ses locataires en eau courante. En mettant en œuvre son plan d’approvisionnement en eau sans l’approbation du ministère de l’Environnement, il ajoute à son dossier d’autres infractions; le dossier ne se règle donc pas, il se complique.
En bout de ligne, l’argent que voulait sauver M. Bérubé par son plan d’approvisionnement d’eau privé, il devra l’engloutir, tout probablement dans des procédures légales.
Les locataires des parcelles de terrain du Domaine Dover se trouvent ainsi coincés, à leur insu, dans un règlement de compte entre M. Bérubé et la Ville de Dieppe.
Couper l’eau au Domaine Dover représente en quelque sorte un embargo, en ce sens que c’est une mesure administrative qui empêche la livraison d’un bien ou d’un service. Les locataires du Domaine Dover se retrouvent dans la même situation que les citoyens de certains pays à qui la communauté internationale impose un embargo. La mesure est prise en représailles à l’endroit des dirigeants de ces pays, comme ce fut le cas à Cuba et en Irak par exemple, mais en fin de compte ce sont les citoyens qui se retrouvent punis et qui paient pour les actes des dirigeants.
Aux locataires du Domaine Dover, ils ne leur restent que l’alternative de retenir leur paiement de location pour forcer le propriétaire à en arriver le plus rapidement possible à une entente avec la Ville de Dieppe. Celle-ci a d’ailleurs démontré sa volonté d’en arriver à un accommodement raisonnable avec le propriétaire : l’étalement des sommes dues sur une période mutuellement convenue. Évidemment, si les locataires optaient pour cette action, la situation de M. Bérubé s’en verrait d’autant plus difficile. L’autre alternative des locataires serait d’entamer des procédures au civil contre le propriétaire pour récupérer l’équivalent de leur location qui représente la portion tenant lieu de paiement du service des eaux et des égouts. Le problème que présente cette option se pose en termes de leur approvisionnement en eau. Une telle procédure légale traine en longueur, et ils risqueraient d’être privés d’eau pendant longtemps.
Pour protéger ses citoyens résidant au Domaine Dover, la Ville de Dieppe devrait entamer des procédures au civil pour récupérer son argent, tout en continuant à fournir l’eau aux locataires qui eux, contrairement au propriétaire, se sont acquittés de leurs obligations.