Pour marquer le passage

C’est la Saint-Sylvestre aujourd’hui. En l’honneur d’un pape du 4e siècle qui est passé à l’histoire pour avoir travaillé à implanter la tolérance au sein de l’Empire romain. Ainsi, dans plusieurs régions, on parle du 31 décembre comme du jour de la Saint-Sylvestre. Chez nous, on parle davantage de la veille du jour de l’An. C’est l’occasion de célébrer avec des amis qui nous sont chers le passage du temps.

Le 31 décembre, on dirait que le temps n’a pas la même consistance. On éprouve le besoin de conclure l’année en faisant le bilan de ce que nous avons vécu au cours des 365 derniers jours. On fait remonter à notre mémoire nos exploits et nos réussites; on se félicite d’avoir pu mener à terme des projets et d’avoir traversé des moments qu’on croyait insurmontables.

Tandis que nous considérons avec reconnaissance ces moments de bonheur et de dépassement, s’entremêlent aussi des souvenirs difficiles: des départs, des ruptures, des chicanes, des regrets, etc. Tout cela fait aussi partie de notre année et s’intègre à notre vie, comme un anneau qui se forme autour de notre arbre.
Ces épreuves, difficiles à assumer, les croyants les confient à la miséricorde de Dieu avec la confiance qu’il «met loin de nous nos péchés, aussi loin qu’est l’orient de l’occident» (ps. 103). Nos ruines sont un projet toujours en chantier pour chacun: il faut refuser de fixer ses erreurs et son péché, sinon, on tombe dans la désespérance. Renonçant à regarder en arrière, il faut s’élancer vers l’avant… c’est devant que Dieu nous attend.

Traditions du Nouvel An
Pour marquer le passage d’une année à l’autre, les traditions sont diverses. Il y a la musique folklorique, les feux d’artifice, la bénédiction paternelle, les émissions de fin d’année, dont le fameux Bye Bye.

Dans ma région de Tracadie-Sheila, certaines traditions me semblent uniques si je me fie à la réaction de mes amis lorsque je leur raconte ce que nous faisons aux premières heures de l’année nouvelle. Il y a le bain des ours polaires qu’on connaît! Mais il y a aussi le hareng salé à manger lors du réveillon: une garantie de prospérité pour l’année nouvelle.

Et cette fameuse tradition de «tirer la vieille année» à minuit pile. J’ai le souvenir de mon père qui était fidèle à cette tradition. Le 31 décembre, il sortait sur le perron à l’arrière de la maison et, le fusil pointé vers le ciel, il appuyait sur la détente. On entendait les coups de feu qui fusaient de partout dans le voisinage. La tradition continue de nos jours.

Enfant, je me suis demandé ce que pouvait signifier tant de bruit en pleine nuit. J’ai appris que pour les Romains et les Germains, faire grand bruit le 31 décembre chassait les mauvais esprits. Pour nous, c’est peut-être une façon de faire disparaître les souvenirs pénibles de l’année agonisante. Ou encore pour dire à l’année nouvelle qu’on existe!

Or, si certains ont besoin de bruit pour passer d’une année à l’autre, d’autres ont besoin de silence. Dans le calme, on peut aussi laisser partir ce qui meurt et accueillir ce qui vient. Il y a des gens qui choisissent, d’une année à l’autre, de vivre la veille du jour de l’An dans le silence pour se dire (et peut-être aussi à Dieu) la grâce de vivre en paix.
Le jour de l’An, c’est aussi l’occasion de formuler des souhaits pour ceux et celles qu’on aime. Plus qu’une formule de politesse, les souhaits peuvent témoigner de l’amour qu’on éprouve pour quelqu’un… à condition qu’on s’engage soi-même à aider l’autre dans la réalisation d’un désir profond. Pour vous exprimer mon amitié, voici quelques souhaits.

Voeux de bonheur
En 2011, des enfants ont vu le jour: en 2012, qu’ils aient la joie de connaître l’Enfant qui vient donner un sens à nos vies. Des jeunes et des moins jeunes se sont engagés à vivre ensemble pour s’entraider: que la parole donnée à l’autre les soutienne autant que leur amour. Des jeunes ont reçu un diplôme et d’autres ont reçu une promotion au travail: que leurs efforts soient reconnus.

Cette année, des gens se sont opposés et ont bâti des murs entre eux: que la force du pardon les anime et qu’ils puissent se réconcilier pendant l’année nouvelle. Des gens ont travaillé pour faire advenir plus de justice et de dignité: que leur travail porte des fruits au centuple. Des amis et des parents sont partis pour un autre univers: du lieu où ils sont désormais, qu’ils nous guident vers la Patrie où nous serons tous réunis un jour.

Ému lors du film Les inséparables de Daniel Léger. Il y a longtemps que je n’avais pas vu si beau témoignage à la vie, au respect des aînés, à l’amour de la terre, à l’acceptation de la différence. J’ai ri, j’ai pleuré, j’ai douté… mais j’ai surtout désiré me rapprocher de ces gens-là! Un film à l’état pur! Vraiment, c’est le meilleur film que j’ai vu cette année.

Écouté pour une énième fois la chanson de Vincent Vallières, On va s’aimer encore, en préparant un mariage. Tellement belle et réaliste: s’aimer au travers de nos doutes et des travers de la route. C’est la plus belle chanson que j’ai entendue cette année.

Admiré chez des amis une merveilleuse toile de Nicole Haché. La toile fait partie de la collection Résonance qui était en montre à la Maison de la Culture chrétienne l’été dernier. C’est la plus belle exposition que j’ai pu admirer cette année.

Célébré l’eucharistie avec des séminaristes de mon diocèse pendant l’octave de Noël. Ces jeunes se préparent à être les ministres du sacrement de l’eucharistie: par leur ministère, Dieu nourrira son peuple qu’Il aime. Présider la messe (des mariages, des funérailles, dominicales) demeure ce que j’ai pu faire de mieux cette année.