Le retour de l’exilé forcé

Le retour au pays de Henk Tepper a défrayé les manchettes de pratiquement tous les médias du pays depuis samedi. Bien que tous les tenants et aboutissants de ce dossier ne sont pas encore réglés, la principale étape est franchie : Henk Tepper est libre et de retour chez lui.
En fin d’après-midi aujourd’hui (mardi 2 avril 2012), la sœur de M. Tepper, Harmien Dionne, et les deux avocats de M. Tepper, Me Jim Muckler et Me Joe Karam, l’avocat libanais, ont rencontré la presse pour faire le point sur toute cette affaire.
Les émotions, tant de Mme Dionne que des avocats Muckler et Karam, étaient palpables. En écoutant leur point de presse, on sentait un mélange de joie, de soulagement et de frustration.
Si la joie de le revoir chez lui et le soulagement de le voir libéré sont naturellement parfaitement compréhensibles, les motifs de la frustration sont un peu plus complexes, parce que, finalement, politiques.
Bref rappel. Henk Tepper a été arrêté à son arrivée au Liban avec une délégation commerciale officielle canadienne. L’Algérie avait obtenu d’Interpol l’émission d’un mandat d’arrêt international à la demande d’un commerçant algérien qui avait importé des pommes de terre en provenance de la ferme de M. Tepper. L’Algérie accuse M. Tepper d’avoir vendu à son commerçant des pommes de terre avariées et impropres à la consommation et, surtout d’avoir falsifié des documents officiels. Pourtant, M. Tepper exporte des pommes de terre depuis le début des années 90, et dans les pays avec lesquels il a fait affaire, qui comprend Cuba, le Portugal, la Grèece, le Mexique, l’Amérique Centrale et l’Amérique du Sud, il n’a jamais eu de problème de ce type.
Selon certaines informations, les pommes de terre exportées en Algérie étaient destinées à la semence et ce serait l’importateur algérien qui aurait décidé de les mettre en marché pour la consommation. Des 3,800 tonnes exportées, le litige portait sur 300 tonnes pour lesquelles la documentation aurait fait défaut. Toutefois, le Gendarmerie royale, qui avait fait enquête, n’a pas déposé d’accusation, faute de preuves pour soutenir les allégations de l’Algérie. Ce sont ces aspects de la transaction, et aussi probablement les conditions d’entreprosage de l’expédition et leur effet sur la qualité du produit, qui devront être éventuellement éclaircis.
Si la ministre d’État des Affaires étrangères (Amériques et Affaires consulaires), l’honorable Diane Ablonczy, prétend, dans un communiqué de presse émis samedi, « que les efforts des agents consulaires canadiens ont contribué à faire libérer M. Henk Tepper (et que le) gouvernement (Harper) a travaillé avec ardeur, dans les coulisses, afin de résoudre cette situation », ce n’est pas ce que retiennent la sœur et les avocats de M. Tepper.

Le gouvernement a partagé à un quotidien anglophone du Nouveau-Brunswick une lettre envoyée le 20 mars au gouvernement libanais en laissant l’impression qu’elle a constitué la dernière étape pour la libération de M. Tepper. Me Joe Karam, l’avocat libanais de M. Tepper, a révélé ce matin que le gouvernement libanais avait déjà décidé de libérer M. Tepper avant de recevoir cette lettre. Me Karam a exprimé sa frustration sans équivoque à propos de l’indifférence manifestée par les autorités fédérales, et surtout de la branche exécutive (le Premier ministre Harper et ses ministres), tout au long du processus de libération de M. Tepper. Les prétentions de Mme Ablonczy ne sont pas seulement fausses, elles sont indignes d’un gouvernement qui aurait dû agir avec diligence pour protéger et extirper l’un de ses ressortissants d’une situation intolérable. 

À lire demain, dans l’Acadie Nouvelle, l’éditorial sur ce qu’il convient d’appeler l’affaire Tepper.