Pour le Canada, mieux vaut Allison que Michelle

Aujourd’hui, le lundi 23 avril 2012, les Albertains se choisissent un gouvernement. Garderont-ils la première ministre Allison Redford, la chef depuis octobre du parti au pouvoir depuis 41 ans, ou préfèreront-ils Michelle Smith, chef du nouveau parti de droite, le Wildrose Party.
Le fait que le Parti conservateur de l’Alberta détient le pouvoir depuis 41 ans est pressenti comme le principal handicap de Allison Redford. Au cours de la campagne électorale, lancée le 26 mars, le Wildrose Party a systématiquement attaqué le gouvernement conservateur pour des pratiques de favoritisme partisan. C’est le cas, entre autres, du « Bureau des affaires publiques » accusé par un ancien conservateur de ne plus distinguer les affaires gouvernementales des affaires du Parti conservateur de l’Alberta : le personnel de ce bureau gouvernemental assiste aux réunions annuelles du parti et « offre des conseils politiques », comme vous l’avez sans doute lu dans l’Acadie Nouvelle ce matin.
Michelle Smith a aussi pris le pari qu’il serait à l’avantage du Wildrose Party de dépeindre son adversaire, Allison Redford, comme un personnage politique aux valeurs libérales, synonyme, pour les partisans aux valeurs conservatrices, d’impôts plus élevés, et d’un rôle omniprésent du gouvernement dans les affaires des citoyens, synonyme aussi de dépenses gouvernementales coûteuses.
C’est la première fois depuis 41 ans que la main mise du Parti conservateur albertain est menacée. Les électeurs prenaient tellement pour acquis que chaque élection reporterait le même parti au pouvoir que la majorité des Albertains ne prenait plus la peine de voter : en 2008, 60% des électeurs ne se sont pas prévalus de leur droit de vote. Au scrutin par anticipation, cette année, la participation était forte. Certains analystes croient que 80% des électeurs albertains se prévaudront de leur droit de vote aujourd’hui.
Consciente du fardeau que constitue l’héritage controversé de son parti, Allison Redford s’est appliquée à donner une nouvelle orientation et de nouveaux objectifs à son parti. Plus conciliante à propos du rôle de l’Alberta dans la fédération canadienne, son discours est plus modéré que celui de Michelle Smith, du Wildrose Party, a vertement dénoncé le Québec, bénéficiaire de paiements de péréquation, : le Québec, a-t-elle déclaré, se paie des programmes sociaux généreux avec l’argent des Albertains. Elle tente de capitaliser sur le ressentiment qu’entretiennent plusieurs albertains à l’endroit du Québec.
Au début du mois, ce genre de discours a permis au Wildrose Party de mener par une marge substantielle dans les intentions de vote des Albertains, suffisamment importante pour laisser entrevoir un gouvernement majoritaire. Mais à la suite de déclarations controversées de deux de ces candidats, qu’elle n’a pas jugé bon de désavouer, Michelle Smith et le Wildrose Party ont perdu du terrain. L’écart des intentions de vote entre le Parti conservateur et le Wildrose s’est considérablement resserré au cours des deux dernières semaines de la campagne.
À l’élection de mars 2008, le Parti conservateur de l’Alberta avait remporté 72 des 83 sièges de l’Assemblée législative. Si Allison Redford réussit à garder le pouvoir, ce sera certainement avec un nombre considérable de sièges en moins.

Si Michelle Smith réussit à installer le Wildrose Party au pouvoir, son discours inflammatoire à l’égard du Québec ramènera à l’avant plan de la scène politique la place du Québec et de l’Alberta au sein de la confédération canadienne. Elle remettra en question la légitimité et l’équité du système de péréquation (la répartition des fonds fédéraux aux provinces), ravivera la flamme séparatiste en lui fournissant des arguments percutants pour se séparer du reste du Canada, enlisant tout le pays dans une autre discussion sur la fédération canadienne et la constitution du pays. Avons-nous vraiment envie de retourner à ce débat?