La guerre est pognée!

À regret, je dois vous annoncer que la guerre est pognée au Québec.
Et le gouvernement Charest, en poste depuis la Rébellion des Patriotes, est assiégé.

Par les médias, tout d’abord. Les médias qui ne cessent de déterrer dans tous les coins de la province des magouilles, des affaires louches, de la collusion et que sais-je encore. Ces allégations entachent la réputation du gouvernement, des partis politiques, des municipalités, des entrepreneurs, des ingénieurs, des compagnies minières, des syndicats et de la mafia.

Oups, enlevez la mafia: elle avait déjà une mauvaise réputation avant cette guerre.

Évidemment, tout ça n’est pas facile à gérer. Ni à digérer. Même que ça donne un arrière-goût persistant d’œufs pourris. Beurk. Faudrait peut-être changer de régime.

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Dans cette guerre, tout le monde est en passe d’aboutir sur le gril des médias. Il n’y a à peu près que les poètes qui sont épargnés.

On peut se permettre de les ignorer parce qu’ils écrivent des livres avec plein de mots qui manquent entre les lignes, mozusse de bine! Pis des fois, il n’y a même pas de majuscules ou de ponctuation dans leurs textes! On comprend pas ce qu’ils disent!

Même si une rumeur veut qu’ils expriment ainsi l’âme d’un peuple.

Exactement comme les anciens pugilistes qui font de la luttérature!

Pas beau ça?

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Mais il n’y a pas que les médias. Le gouvernement Charest est aussi assiégé par les associations étudiantes collégiales et universitaires qui refusent obstinément de faire leur devoir.

Oups, je reformule: de faire leurs devoirs. Ils sont faciles à reconnaître, car ils arborent fièrement un petit carré rouge. À ne pas confondre avec les chemises de chasse carreautées rouges.

Les étudiants sont tellement fâchés qu’ils sont descendus dans la rue crier des bêtises au gouvernement qui, en signe d’épuisement ou en guise d’apaisement, leur a délégué en retour des policiers, dont plusieurs ont revêtu pour l’occasion leur plus beau coat de suit anti-émeute. Et, bizarrement, des casques de scaphandrier! Dieu que la mode est coquette de nos jours!

Par chance, aujourd’hui les policiers sont très sensibles à la réalité étudiante. Ils sont conscients, par exemple, de l’importance du beat et de la danse dans la vie des jeunes. C’est pourquoi ils jouent de la percussion avec leur matraque sur leurs boucliers quand ils avancent en rangs serrés vers les étudiants, dans une chorégraphie carrément imposante qui rappelle vaguement le haka, la très virile danse maorie popularisée par les rugbymen des All Blacks de la Nouvelle-Zélande.

Très généreux, nos policiers agrémentent même leur spectacle de bombes assourdissantes et fumigènes, car les jeunes sont très friands de boucane et de décibels extrêmes, comme on peut le constater lors de n’importe quel party rave.

Oh! elle est bien finie l’époque où les flics ne maîtrisaient pas les subtilités émotionnelles de l’âme étudiante. Et on ne peut que se réjouir de cette évolution des mœurs. Ça inspire confiance.

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OK, pour être honnête, je dois quand même mentionner que l’ONU a exprimé des réserves sur l’attitude des forces policières dans ces manifestations étudiantes.

Mais l’ONU n’est jamais contente de rien, anyway!

Tenez, par exemple, depuis des mois l’ONU bitche sur les émeutes qui opposent le peuple syrien et son gouvernement, car l’ONU est très très sensible aux massacres. A bitche mais A fait rien.

On l’a bien vu avec le génocide au Rwanda. Aussitôt que le génocide s’est terminé, l’ONU s’est empressée de réaffirmer solennellement qu’elle était contre ce génocide. Plus sensible que ça, tu meurs. Tu meurs par milliers.

Et que dire des fanfaronnades d’Israël! Depuis des années, l’ONU menace Israël de lui donner une pichenotte parce que cet État vole des terres aux Palestiniens pour ses colonies illégales mondialement dénoncées. Voyez: l’ONU chiale tout le temps! D’où le peu de crédibilité qu’il lui reste.

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Mais, à la guerre comme à la guerre! Si l’ONU n’entend pas à rire face à cette guerre médiatico-estudiantine, le premier ministre du Québec, en revanche, s’est littéralement métamorphosé en fou du roi, devant un parterre d’entrepreneurs et d’investisseurs à qui il tentait de vendre, tel un pimp de la mine, les charmes de son Plan Nord visant à vider le nord du Québec de ses ressources minières au profit de ces dits entrepreneurs zé investisseurs réunis là «par l’odeur alléchés», comme le disait déjà au XVIIe siècle le fabuliste Jean de la Fontaine.

Faisant allusion au contingent d’étudiants ameutés dehors devant la salle où il livrait son discours, le premier ministre a diverti son auditoire, après le fromage, en évoquant la possibilité de donner un emploi à tous ces jeunes… et dans le Nord autant que possible… Les convives ont trouvé ce ramage très drôle.

On dit que l’homme n’apprend pas de l’histoire et que l’histoire se répète. Me semble avoir déjà lu ça quelque part… vous savez, cette histoire de roitelets qui rient du monde qu’ils s’apprêtent à exploiter. Mais je me souviens plus quelle révolution c’était déjà. Zut.

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Comment ça, j’exagère? Évidemment! C’est une caricature!

On commence par rire, car tout est possible de nos jours. Toutes les caricatures, toutes les outrances verbales, tous les sophismes, tous les mensonges, tous les détournements de sens. Je viens d’en faire la démonstration.

Ensuite, tout cela est prétexte pour descendre dans la rue.

Hé, la marmaille, c’est la Journée mondiale de la Terre pis papa va vous sensibiliser à la protection de l’environnement! Allez, hop, on saute dans le 4 X 4, pour monter en ville descendre dans la rue!

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Oui, la guerre est pognée au Québec. La guerre au bon sens. La guerre à l’évidence. La guerre au discernement critique.

Et même, je le crains, éventuellement ce sera la guerre à l’âme de ceux et celles qui sont incapables de suivre le troupeau sans regimber, ou de suivre le courant sans réagir.

La guerre à ceux et celles qui refusent de s’ouvrir la trappe pour dire la même chose que tout le monde.

J’ai l’impression que ce jour-là, les poètes vont y goûter. Han, Madame?