Après le «processus de paix»

Les Accords d’Oslo, paraphés en 1993, devaient conduire, au moyen d’«un processus de paix», à la solution finale du conflit israélo-palestinien: deux États souverains vivant en paix côte à côte. C’eût été une paix de grognons et les Palestiniens n’auraient eu qu’un tout petit pays, surpeuplé, appauvri et complètement démilitarisé, mais au moins ils auraient enfin eu un pays.

En fait, le «processus de paix» disparut, hélas, il y a quelques années. Il y avait plus d’une décennie que les initiés croyaient vraiment que tout se terminerait par «la solution de deux États», comme l’avait envisagé Oslo. Maintenant que le cadavre s’est refroidi, il est temps de prendre en considération les autres voies ouvertes à une paix permanente, si jamais il y en avait une.

Yossi Belin, l’adjoint du ministre des Affaires étrangères d’alors, amorça les négociations secrètes qui menèrent aux Accords d’Oslo il y a 20 ans, mais maintenant, il a presque perdu tout espoir. Le mois dernier, il écrivit une lettre ouverte à Mahmoud Abbas, le président de l’organisme par intérim, l’Autorité palestinienne, qui devait se transformer en gouvernement de l’État palestinien quand tous les détails auraient été réglés. Il conseilla vivement à Abbas de dissoudre l’Autorité palestinienne.

«Personne ne pensait que l’Autorité palestinienne serait là pour 20 ans», écrivit-il. «Elle aurait dû prendre fin. C’est ainsi que je me trouve dans la situation bizarre où je demande d’y mettre fin. Mais il en résulte que, paradoxalement, tous ceux qui maudissaient les Accords d’Oslo, les chérissent maintenant.»

Ce que Belin veut dire, c’est que l’entente d’Oslo, qui était au début «une immense victoire pour les camps de paix des deux bords», est maintenant devenue un moyen par lequel ceux qui s’opposaient à la création d’un État palestinien peuvent faire traîner les négociations à l’infini. Présentement, ce n’est «qu’un moyen qui a permis aux deux camps de bloquer la solution qui préconisait deux États». Et qui est le principal coupable dans le camp israélien, se demande Belin? Selon lui, c’est le premier ministre Benyamin Nétanyahou.

Yuval Diskin, le chef de l’agence de sécurité interne d’Israël, le Shin Bet, s’en est récemment retiré et il condamne Nétanyahou d’une façon encore plus brutale. «Oubliez toutes les salades que les médias racontent au sujet de notre volonté de négocier, mais (le président palestinien, Mahmoud Abbas) ne veut rien savoir. Nous ne négocions pas avec les Palestiniens parce que le gouvernement d’Israël ne souhaite pas négocier avec les Palestiniens.»

La raison, selon Diskin, c’est que Nétanyahou a peur que «le moindre pas vers la question (d’un État palestinien)» provoquerait l’effondrement de la coalition qu’il dirige. Enlever au moins la plupart des établissements juifs de la rive Ouest est une condition préalable à un État palestinien, mais plusieurs des partisans de la coalition de Nétanyahou se retireraient s’il était d’accord pour faire ça.

«Yuval Diskin est une brute», écrivait le chroniqueur Nahum Barnea dans le Yedioth Ahronoth. «Une seule chose peut lui être créditée: il dit la vérité.»  En plus, c’est une vérité qui s’étend au-delà de l’actuel gouvernement de Nétanyahou. Il est pratiquement impossible de construire une coalition en Israël sans inclure quelques-uns des groupes favorables aux colons et alors, même un leader qui favoriserait un État palestinien ne pourrait faire le nécessaire pour y arriver.

Voilà la raison principale pour laquelle la solution de deux États que préconisaient les Accords d’Oslo est restée lettre morte. Malheureusement, il n’y a pas d’autres bonnes solutions.

Ahmed Queri, qui était à la tête de la délégation palestinienne qui négocia les Accords d’Oslo, écrivait récemment: «Nous devons sérieusement penser à oublier la solution préconisant deux États et changer d’orientation.» Mais le seul choix, c’est la solution favorisant un État, et cela soulève également de gros problèmes dans les deux camps.

L’État unique inclurait tous les Juifs et tous les Palestiniens qui vivent maintenant sur les terres entre le Jourdain et la mer Méditerranée. Toute cette contrée a été sous le contrôle israélien depuis la guerre de 1967 quand Israël conquit la rive Ouest et la bande de Gaza, mais presque la moitié des résidants sont Palestiniens – et ils ont un taux de natalité plus élevé que celui des Juifs israéliens.

Un État unique pour Israéliens et Palestiniens impliquerait donc, soit un gouvernement militaire israélien permanent qui dominerait une minorité palestinienne grandissante, soit un État binational où tous, Juifs ou Palestiniens, auraient des droits égaux, y inclus le droit de vote. Mais puisque, dans 10 ans, il y aura plus de Palestiniens que de Juifs sur ces terres, l’État unique avec suffrage universel ne serait plus un État juif.

Une solution présentant un État unique qui ne donne pas aux Palestiniens des droits égaux, dit Belin, «signifierait qu’une minorité juive dominerait une majorité palestinienne dans quelques années à partir de maintenant et c’est quelque chose que ni les Israéliens ni le monde entier n’accepteraient». Toutefois, il ajoute: «Est-il possible d’avoir un État où un Palestinien serait premier ministre ou président? Non, les Israéliens n’accepteraient pas ça.»

Il n’y a que trois options: la solution «deux États», un gouvernement militaire israélien contrôlant une majorité palestinienne ou un État unique qui, quoique démocratique, ne serait pas exclusivement juif. Des trois options, la solution la moins inacceptable pour toutes les personnes concernées serait la solution des «deux États», une solution qui est déjà rejetée par les politiques intérieures d’Israël.