Des artistes ouverts sur la communauté

La dernière fois, c’est dans le livre de Jocelyne Saucier, Il pleuvait des oiseaux, que j’ai trouvé une méditation sur la grandeur de Dieu. Dans son livre primé prix des lecteurs 2012 Radio-Canada, elle écrit: «Il titubait dans les décombres… comme s’il marchait dans des pas trop grands pour lui, comme s’il marchait dans les pas de Dieu.»

Les artistes ont cette capacité de révéler l’invisible. Le message divin, ils le sculptent dans la pierre, ils l’immortalisent sur pellicule, ils le peignent sur des toiles, ils le chantent et le dansent. Il est alors normal que l’Église a, depuis longtemps, fait alliance avec eux. Ce sont eux qui dessinent et embellissent les églises. Ce sont eux qui enrichissent la liturgie. Ce sont encore eux qui nous aident à prier… avec leurs œuvres et par leurs voix.

Eucharist’Art
L’événement des Éloizes a été une belle réussite. Il a mis en valeur les talents de plusieurs artistes d’ici. Lors de la soirée des Éloizes, j’étais ému de penser que l’éclosion de talents d’ici avait été rendue possible par le dévouement de plusieurs religieuses et avec le soutien de l’Église. Le prix remis au père Maurice Leblanc en fait foi. Le soutien financier toujours actuel des communautés religieuses à l’égard des institutions artistiques est un autre gage d’appréciation des artistes de la part de l’Église.

L’événement des Éloizes a montré la générosité des artistes et leur souci d’honorer le devoir de reconnaissance à l’égard de tant de communautés religieuses et de membres de communautés chrétiennes pour leur soutien. La présence de plusieurs artistes à la cathédrale Sacré-Cœur de Bathurst pour l’animation de la messe dominicale est pour moi le signe d’une ouverture qui leur rend honneur.

La présence d’un tel événement dans une ville et dans un milieu fortement marqués par l’héritage catholique (encore aujourd’hui, la grande majorité des gens se réclame de cette confession!) et le désir des artistes de s’ouvrir sur la communauté a rendu possible Eucharist’Art. Un événement culturel et sacré apprécié par toute la communauté chrétienne et la communauté élargie de tous ces gens en quête de beauté.

Avec cette messe animée par les artistes, la convergence se réalise: la religion et l’art partagent le désir de transmettre la beauté et de vivre la beauté. De plus, ils se rejoignent en cherchant à exprimer ce qui est profondément humain et à apporter chacun leur pierre pour l’édification d’un monde meilleur!

L’Église sait que les manifestations artistiques sont sources de croissance personnelle et communautaires. Tous, même les plus pauvres (à cause de leur appartenance à la communauté), ont droit à cette sorte de révélation de la densité humaine qui se produit à travers la création artistique. En animant la célébration eucharistique dimanche dernier à la cathédrale, les artistes ont fait ce cadeau à toute une communauté.

L’Église n’a pas accueilli les artistes avec un but inavoué de prosélytisme; cette époque est révolue. Mais sans imposer quoi que ce soit, elle veut cheminer avec celles et ceux qui cherchent de tout leur cœur la vérité.

L’Église accueille les artistes avec une joie profonde de pouvoir communier avec eux à la beauté dont ils sont les maîtres. L’Église n’a pas d’autres missions que celle-là: être reflet de la Beauté et rassembler ceux qui cherchent à être témoins de cette Beauté.

L’Éloize à l’AAAPNB
Cette collaboration entre les artistes et l’Église est pour moi un exemple de ce qui peut se faire. Aucun groupe ne peut se construire s’il cherche à être une société isolée et mise à part. Ensemble, nous pouvons transmettre la beauté. Ensemble, nous pouvons préserver notre patrimoine. Ensemble, nous pouvons être fidèles à l’avenir.

L’Association acadienne des artistes professionnels du Nouveau-Brunswick (AAAPNB) a remis plusieurs Éloizes samedi dernier. En entendant parler de l’événement et de l’audace de ses organisateurs et ses organisatrices, je n’hésiterais pas à donner l’Éloize de la collaboration avec la communauté à cette organisation. Une fois de plus, je ressens une fierté d’être de cette terre fertile en talents. Et j’irai à nouveau dans les théâtres, les salles de spectacle et les églises pour communier à la beauté dont notre monde a désespérément besoin et pour dire aux artistes toute mon admiration.

Écouté la soirée des Éloizes avec intérêt samedi dernier. Du numéro d’ouverture avec Marie-Philippe Bergeron jusqu’à l’hommage à la grande Viola Léger, en passant par l’interprétation magistrale de Shippagan et l’extrait du film Pour la cause, j’ai compris une fois de plus que ce sont les femmes qui ouvrent l’avenir.

Participé à la retraite des prêtres cette semaine. À travers la liturgie et la prière en commun, il y a un art qui s’exprime. Nous avons le privilège d’avoir parmi nos confrères des hommes sensibles à cette dimension artistique qui témoigne de l’incarnation divine.

Lu un condensé de l’histoire de vingt siècles d’art chrétien. Évoquant la difficulté d’accueillir l’art moderne du XXe siècle, Paul VI disait aux artistes: «Nous vous avons troublés parce que nous vous avons imposé l’imitation comme canon principal, à vous qui êtes des créateurs, toujours vifs et fertiles… à notre décharge nous n’avions pas les moyens de faire de grandes choses, belles et nouvelles, dignes d’être admirées.»

Préparé pour le Voyage à Vienne de Carl Philippe Gionet en l’église de Saint-Simon. Nous sommes privilégiés que les artistes d’ici nous permettent de voyager dans le temps et l’espace pour nous amener parfois en des lieux insoupçonnés, en nous-mêmes.