L’image de la mère et la sexualité, une dualité

L’éducation judéo-chrétienne, basée sur la reproduction, refoulant désir et plaisir sexuel, a fortement contribué à enraciner dans un inconscient collectif l’image d’une madone (mère) qui donne naissance et d’une putain (femme) qui donne et reçoit du plaisir sexuel.

Le syndrome de la «madone» et de la «putain»
«Le mot putain n’a rien de péjoratif et n’a rien à voir avec la prostituée qui fait le commerce de son corps et de son charme. Le terme désigne une femme capable d’être féminine, séduisante et érotique, non guindée et coincée. Elle sait être désirable, séduisante et ose montrer son envie. Elle recherche le plaisir autant pour le recevoir que pour le donner.» (1)
La façon de se vêtir et d’être avec les autres est fortement ancrée dans l’éducation des filles, «ne t’habille pas comme ça, tu as l’air d’une pute»; «tu te maquilles trop»; «tes jupes sont trop courtes». Tranquillement, tous ces commentaires s’incrustent dans ce que doit être une femme «correcte» et une femme «incorrecte». La femme correcte, «la madone», est simple, sans artifice, sans maquillage, sans vêtements affriolants, pas de jambes et de seins à la vue, et pas de désir non plus. Non seulement elle n’étale pas ses charmes, mais elle tend à les camoufler. Dans le regard masculin, cette attitude de «madone» est sécurisante, si cette femme n’est pas objet de désir pour les autres hommes, ce sera une épouse fidèle au couple et à la famille. Non pas parce que ce sont des femmes indésirables, ce sont des femmes «convenables». En contrepartie, cette femme aura tendance à se montrer jalouse envers les femmes «inconvenables», qui osent montrer leurs charmes, provoquer les regards et qui affirment leur sexualité. Lorsque la femme devient enceinte, cette imprégnation devient encore plus importante. Une mère doit se comporter d’une certaine manière pour que soit respecté le rôle qu’elle habite. Le bébé cristallise un malaise, une barrière antiplaisir. La maternité donne à la femme un côté sacré. Certains hommes osent à peine toucher la future mère, la regarder avec désir, car elle porte leur enfant. La madone est droite, fière, c’est un modèle. Certaines femmes, lorsqu’elles sont enceintes, peuvent éprouver de la culpabilité aussi à ressentir du plaisir sexuel.

Comment arriver à se montrer séduisante sans être inconvenante?
Ce duel interne que vivent les femmes et la perception qu’ont les hommes est une réalité qui parfois vient altérer la vie conjugale. Une pudeur s’installe au sein du couple. «Est-ce que je peux lui demander ceci ou cela?» «Que pensera-t-il de moi si je lui dis ces mots qui viennent de me traverser l’esprit en faisant l’amour»? Un homme racontait à son psychologue qu’il était incapable d’érection avec sa femme et qu’avec sa maîtresse il en avait. Son psychologue lui dit: «Pourquoi ne faites-vous pas avec votre femme ce que vous faites avec votre maîtresse?» L’homme lui répondit: «Je ne peux pas demander ça à ma femme, c’est la mère de mes enfants.» Mais la mère des enfants, c’est d’abord une femme avec des envies et des désirs sexuels. Temporairement, la maternité peut entraver la sexualité, car la mère s’investit dans sa progéniture; mais, avec le temps, la mère doit céder de l’espace au couple. Si elle met tous ses œufs dans le même panier, il ne faut pas s’étonner qu’un jour le désir se retrouve à zéro. Il y a des cas d’exception; un enfant malade qui demande plus de soins, par exemple.

Déshabillez la gêne!
Le couple est le lieu d’intimité par excellence, où chaque partenaire peut développer une sexualité libre de toute contrainte de l’un envers l’autre tout en respectant les désirs de chacun et en se respectant aussi. L’image de la madone doit laisser de l’espace à la femme, car, sinon, une pudeur conjugale s’installe et il devient de plus en plus difficile d’oser, de risquer, d’exprimer ses envies et ses désirs sexuels, et ce, tant pour l’homme que pour la femme. La femme doit se donner le droit de séduire; la séduction fait partie des préliminaires amoureux. Osez le plaisir! Surtout, osez dire ce qui vous fait plaisir. Ne projetez pas votre plaisir sur votre partenaire; ce que vous aimez n’est peut-être pas apprécié de l’autre côté.

Pour parvenir à la cohabitation de l’image de la femme mère et de la femme séductrice, il faut se permettre une sexualité dénudée d’une éducation trop restrictive. Une mère peut vivre une sexualité torride avec son partenaire, ce qui n’enlève rien à la mère, car elle est d’abord une femme sexuée, remplie d’envies et de désirs. Une mère satisfaite sexuellement est une mère heureuse; une mère heureuse a du plaisir avec sa marmaille.

Merci de vos précieux commentaires et de vos questions. Vous pouvez me joindre par courriel ou au 260-1907.

Bonne fête de Mères!

1– Richard, Anne, T’es mon amour, J’suis ta maîtresse, Éditions de la Francophonie, 2008.

Anne
Sexologue