Les lignes dures

Le conflit étudiant qui perturbe tant le paysage politique que le climat social au Québec a été à l’avantage du gouvernement Charest, jusqu’à maintenant.
Dès le départ, tant les étudiants que le gouvernement du Québec ont adopté la ligne dure. Les étudiants ont clamé haut et fort que lorsque des milliers d’étudiants descendraient dans les rues, le gouvernement reculerait et n’imposerait pas de hausse des droits de scolarité. On semblait s’attendre chez les leaders étudiants que le mouvement de masse allait faire changer la décision du gouvernement.
Déjà en novembre, au lendemain d’une manifestation qui avait réuni une dizaine de milliers d’étudiants dans les rues de Montréal le 10 novembre, le premier ministre Charest avait signifié qu’il maintiendrait sa décision sur la hausse des droits de scolarité.
Après douze semaines de grève, et des négociations entre le gouvernement et les étudiants qui ont produit peu de résultats, le peuple québécois est exaspéré.
Bien qu’un des derniers sondages réalisé par CROP pour Le Soleil de Québec et La Presse de Montréal démontre que l’insatisfaction générale des électeurs à l’égard du gouvernement Charest reste très élevée (73%), ils appuient dans une forte proportion (68%) la position du gouvernement sur les droits de scolarité. (1)
En fait, selon le même sondage, seulement dix pour cent des Québécois sont d’avis que le gouvernement du Québec devrait maintenir le gel sur les droits de scolarité, la position défendue depuis le début du conflit par les regroupements étudiants.
Comme le Parti Québécois, il semble que les regroupements étudiants, dès le début du conflit, on fait le pari que l’insatisfaction de l’électorat vis-à-vis le gouvernement Charest allait inévitablement se matérialiser en un appui à leur cause. S’il faut se fier au sondage, c’est le contraire qui s’est produit : à la fin mars, 61% des Québécois appuyaient le maintien de la hausse des frais de scolarité, ils étaient 68% au début mai.
Sur le plan politique, ce n’est pas le parti au pouvoir qui a perdu des plumes dans ce conflit, c’est le Parti Québécois. Non seulement Madame Marois a-t-elle vu son parti perdre six pour cent des intentions de vote des Québécois en seulement un mois, la majorité des électeurs (56%) ne croient pas que des élections devraient trancher la q   uestion. Il faudra sans doute que le Pati Québécois se trouve un autre dossier pour remonter dans la faveur populaire des Québécois.
Chose certaine, les lignes dures, tant celle du gouvernement que celle des étudiants, ont plongé la société québécoise dans un climat dont elle voudrait bien qu’on sorte. Et elles ne favorisent pas un climat de conciliation susceptible de résoudre le conflit. Si j’étais au Québec, j’adhèrerais au mouvement du Carré blanc, ce mouvement qui milite pour le retour à la paix, pour une armistice, un mouvement qui gagne des adhérents à tous les jours. Que les esprits se calment et qu’on reprenne le débat sur les bases d’un respect mutuel et d’une volonté réelle de résoudre le conflit, plutôt que celle de gagner la bataille.
 
Références :

(1)Voir l’article de La Presse du 4 mai 2012 : http://www.lapresse.ca/le-soleil/actualites/education/201205/03/01-4521802-sondage-crop-sur-le-conflit-etudiant-avantage-charest.php