Grosse journée, hier

Grosse journée, hier. Chargée de sens, d’événements, de questionnements aussi.

Hier, mon cœur était à Edmundston.

J’essayais d’imaginer le branle-bas de combat local au lendemain des élections municipales. Je pensais à bien des gens que je connais depuis longtemps, que j’apprécie pour leur engagement et leurs talents.

Oh! Combien d’espoirs déçus! Et combien d’efforts récompensés! Tant de joie et tant de tristesse quand une administration plie bagage et qu’une nouvelle prend la relève!

L’ex-maire Jacques P. Martin a misé sur ses réalisations. Avec raison. Et c’est à lui aussi qu’on doit d’avoir su aménager la «nouvelle» Edmundston après la fusion, en 1998, de l’ancien P’tit-Sault avec Saint-Basile, Saint-Jacques et Verret, ce qui, de toute évidence, n’était pas une mince tâche. On doit lui en être reconnaissant.

De son côté, le nouveau maire Cyrille Simard a misé sur une vision «rafraîchie» de l’avenir. Pour une rare fois, à ma connaissance, on a beaucoup fait référence et fait appel à la «créativité» dans le développement de la ville. On doit le souligner. Car c’est un mot qu’on devrait entendre plus souvent dans la bouche des dirigeants politiques, la créativité politique étant l’art de concevoir et de réaliser des projets inédits qui ne font pas que décorer le paysage social, mais qui la transforment, cette société.

Je parle d’Edmundston parce que c’est mon patelin et que j’ai particulièrement à cœur son rayonnement. Mais je présume qu’il en est de même dans tous les villages ou municipalités où de nouvelles équipes font leur entrée. On leur souhaite bonne chance.

Bien sûr, on accorde généralement plus d’importance aux élections provinciales ou fédérales. C’est normal, au sens que ces deux paliers de gouvernement exercent un pouvoir énorme sur leurs commettants.

Toutefois, les gouvernements municipaux n’en sont pas moins essentiels. Les enjeux qui les opposent et les défis qu’ils doivent relever sont peut-être moins spectaculaires (généralement) que ceux des paliers supérieurs de gouvernement, mais ils touchent les citoyens dans leur vie quotidienne: leur vie sociale, leur vie culturelle, leur vie économique, leur vie familiale, leur vie intime.

C’est surtout à ce palier qu’une communauté «peut se prendre en main», comme le veut l’expression consacrée. C’est là qu’elle peut le plus influencer les dirigeants, et c’est donc à ce niveau qu’elle joue un rôle collectif (ou communautaire) déterminant dans son propre développement.

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Hier, ma tête était en France.

C’est hier, en effet, qu’avait lieu la passation des pouvoirs entre le président sortant Nicolas Sarkozy, désavoué après un seul mandat, et son successeur, François Hollande, qui aura fort à faire pour combler les espoirs que les Français ont placés en lui.

Il a promis de privilégier des mesures de croissance aux mesures d’austérité que son prédécesseur entendait mettre de l’avant, dans le sillon des politiques inspirées par sa complice allemande, la chancelière Angela Merkel.

Depuis l’élection de Hollande, on ne réfute plus aussi catégoriquement dans les pays de la zone euro les principes de croissance qu’il propose; mais aura-t-il les moyens de sa politique? C’est là le grand mystère qu’on pourra découvrir au cours des prochaines années.

En attendant, tout cela relève de l’énigme! Avec toutes les crises qui secouent l’Europe, l’Union européenne pourra-t-elle survivre?

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Hier, tandis que j’avais le cœur à Edmundston, et la tête en France, je tentais de comprendre ce qui se passe à Montréal, dans ma ville. La télé nous relayait en boucle les nouvelles turbulences qui marquent la longue grève étudiante du Québec.

Même si elle est, officiellement, causée par le refus des étudiants d’accepter une augmentation importante des droits de scolarité, elle ne porte plus qu’accessoirement sur ce problème.

Il s’agit maintenant d’une lutte politique dans toute sa laideur.

Avant-hier, la ministre de l’Éducation a démissionné parce qu’elle estimait qu’elle ne faisait plus partie de la solution, mais du problème, tant elle avait perdu confiance dans la volonté et la bonne foi des leaders étudiants de négocier une entente susceptible de satisfaire tout le monde.

Aveu d’échec de l’ex-ministre. Mais aussi, échec des leaders étudiants qui en ont été quittes pour renier leur propre signature sur une entente négociée.

Pourtant, ils sont toujours là, malgré que leur «autorité morale» en ait pris un coup.

Entre-temps, parallèlement à cette mascarade de négociations, d’autres intervenants se sont immiscés dans les regroupements quotidiens d’étudiants. Des professeurs et des parents venus appuyer «leurs» jeunes. Comme s’ils voulaient les protéger des gros monstres cachés sous leur lit.

À ce tableau, ajoutons des casseurs, trop heureux de pouvoir se trouver un prétexte de plus pour foutre le bordel.

Ajoutons aussi quelques hurluberlus qui se sentent autorisés à lancer des bombes fumigènes dans le métro, au risque de mettre en danger la sécurité, et même la vie, des usagers.

Sans oublier les jeunes qui, au nom de la démocratie, refusent d’obéir à des injonctions de la cour leur ordonnant de laisser entrer, dans les cégeps, leurs collègues étudiants.

Le fouillis est total. Les leaders étudiants ont perdu la face. Le gouvernement a perdu l’autorité morale. La cour a perdu son pouvoir de coercition. Les médias ont perdu leur objectivité. Les policiers ont perdu le contrôle.

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Oui, Madame, rendu ici, on est bien loin d’une augmentation contestée des droits de scolarité. On est dans le refus d’une autorité juridique, et de l’autorité gouvernementale. On est dans une logique de confrontation qui n’annonce rien d’autre qu’une escalade de méfaits et d’arrestations, sans rien changer aux fameux droits de scolarité.

Et surtout, surtout, ce n’est absolument pas un «printemps érable», comme on l’entend souvent, parce que le «printemps arabe» de peuples opprimés descendant dans la rue au péril de leur vie n’a absolument rien à voir avec cette fronde étudiante. Et je trouve indécent qu’ici, dans un pays aussi libre, on ait le front de voler à ces peuples opprimés leur souffrance pour la mettre sur le même plateau de la balance que les petits bobos de notre société démocratique bien nantie.

Oui, grosse journée, hier!