La SANB: entre approche collaborative et revendicatrice

Il est rare que les médias en Acadie parlent autant d’une élection à la présidence de la SANB. Cette année, la candidature de Martin LeBlanc-Rioux, qui se présente contre Jean-Marie Nadeau, a provoqué des remous. Le processus démocratique d’une élection est sain et important pour la communauté acadienne. Cela a d’ailleurs permis que certains enjeux essentiels dont on est peu au courant, telle la révision de la Loi sur les langues officielles, soient soulevés.

Il faut se défaire de l’idée que les critiques à l’endroit de la SANB sont malsaines. Il ne peut qu’être positif d’avoir un débat d’idées. Dans les petits milieux, ceux-ci se font généralement rares. Les médias de petits milieux (l’Acadie, l’Ontario français, mais aussi les régions en général, peu importe la langue) laissent davantage de place dans leurs pages à des idées reçues. Cela s’explique par le fait que la confrontation et le débat sont perçus comme contribuant à créer des facteurs de division de la population, qui est déjà petite et fragile. L’union fait la force; ainsi, la critique est délaissée au nom de l’unisson.

De plus, en Acadie, le débat se personnalise souvent. Qui en Acadie ne connaît pas Jean-Marie Nadeau, et qui en Acadie peut se présenter contre lui sans que cela devienne personnel? La critique de Martin LeBlanc-Rioux envers le travail de la SANB dans le dossier de la révision de la Loi sur les langues officielles fut rapidement interprétée comme une critique personnelle contre Nadeau, alors que dans les faits, il n’en est rien. Il est difficile pour quiconque ayant une opinion divergente de celle des structures en place (dans ce cas-ci, la SANB), d’apporter son point de vue à la discussion, et contribuer lui aussi au développement de l’Acadie, sans que cela choque quelqu’un quelque part.

L’élection à la présidence de la SANB a été l’occasion – occasion qui se fait rare – de soulever des enjeux importants pour la communauté acadienne. Par exemple, la révision de la Loi sur les langues officielles du Nouveau-Brunswick. La SANB a sûrement fait un travail important dans ce dossier, mais qu’en savons-nous réellement? Lorsque la population est tenue à l’écart de tels enjeux d’envergure, soit elle devient sceptique à l’égard du travail de la SANB, soit elle perd tout intérêt pour le dossier dont elle ne connaît finalement pas les rouages.

L’élection à la présidence de la SANB a été une occasion de débat, mais les débats auraient pu être plus nombreux. Cela aurait aussi pu être l’occasion de discuter, par exemple, du rôle de la SANB.

La SANB a pour but de protéger nos acquis et d’informer les Acadiens des dossiers qui les concernent. Il y a différentes façons de procéder et nous avons le droit, en tant que membres de la SANB et en tant qu’Acadiens, de décider comment nous voulons que la SANB fasse ce travail. Veut-on que la SANB aille plus loin que son travail auprès du gouvernement, veut-on que la SANB mise sur l’information et la mobilisation des Acadiens autour d’enjeux importants?

Et il y a plus: savons-nous même ce que sont nos priorités, en tant qu’Acadiens? Quelle est notre vision d’avenir pour l’Acadie? Pour la SANB? Quels sont les projets qu’on veut qu’elle privilégie? Comment souhaite-t-on qu’elle agisse sur ces priorités?

Dernièrement, la SANB mise le gros de son travail sur la dénonciation du gouvernement lorsqu’il agit de façon à désavantager nos acquis, et en le félicitant lorsqu’il fait de bons coups. C’est une approche tout à fait louable. Cependant, lorsque Martin LeBlanc-Rioux critique la SANB dans le dossier de la révision de la Loi sur les langues officielles, ce qu’il tente de faire, c’est de soulever un enjeu symptomatique d’une problématique bien plus large. Il exprime l’idée que la SANB doit avoir un rôle qui déborde grandement de la question des relations entre l’Acadie et le gouvernement. La SANB doit faire plus. Elle doit faire un travail essentiel de promotion des enjeux importants pour les Acadiens. Elle se doit d’être plus vocable, plus présente auprès de la population. Il est inacceptable que la majorité des Acadiens n’étaient pas au courant du processus de révision de la Loi sur les langues officielles avant les toutes dernières semaines.

À Ottawa, les francophones sont en train d’organiser les États généraux de la francophonie d’Ottawa. Il s’agit d’un projet s’étendant sur plus d’un an de consultations auprès de la population et auprès d’experts, une sorte d’occasion de se parler, de se rassembler, d’établir des priorités pour la francophonie d’Ottawa.

En Ontario, l’un des enjeux soulevés, c’est le rôle qu’a pris l’AFO, l’Assemblée francophone de l’Ontario, l’équivalent de notre SANB. Après 100 ans d’existence, l’AFO joue très peu le rôle de revendication qu’elle avait à sa création. Elle considère aujourd’hui que son rôle en est plutôt un de concertation que de combat. On pourrait dire la même chose de la SANB, qui selon les époques, a parfois agi dans une optique de collaboration, et parfois plutôt dans une optique de revendication plus marquée.

Je reviens aux francophones du Nouveau-Brunswick. Aux Acadiens. Nous devons choisir une vision d’avenir pour l’Acadie, et une vision d’avenir pour l’organisme qui nous représente, la SANB. Ici, les visions divergent. La SANB est-elle simplement un organisme qui doit travailler en partenariat avec le gouvernement pour faire avancer nos dossiers, ou a-t-elle un rôle supplémentaire, soit de promouvoir et d’expliquer les enjeux à la population francophone qu’elle représente? La population acadienne doit-elle elle-même être en mesure de participer aux processus et avoir son mot à dire dans les dossiers?

Je crois que oui. Et vous?