Elle est riche et diversifiée la production musicale acadienne. Kevin McIntyre et Luc Tardif en sont tous les deux à leur deuxième opus et ces albums leur permettent d’explorer encore plus leur monde.

Avec Dragon mécanique, Kevin McIntyre continue la démarche amorcée avec Le monde est truqué, son premier album paru en 2008. Il a travaillé avec essentiellement le même groupe de musiciens tout en colorant autrement les arrangements. Plus pop-rock qu’alternatif, le nouvel album présente des chansons diversifiées tant au nouveau des rythmes et des mélodies que des thèmes. L’unité est dans l’approche de sa voix, légèrement en retrait, et dans la façon dont les arrangements sont marqués par les sons créés par les synthétiseurs.

Multi-instrumentiste, McIntyre joue les guitares, la basse et surtout les synthétiseurs. La batterie de Jason Arsenault tient le rythme, tandis que les autres musiciens contribuent à enrichir la base de l’accompagnement en apportant des couleurs spécifiques: la contre mélodie de la flûte traversière de Denis Michel Haché dans Montagnes russes, les notes aiguës du piano de Julie Doucette, un peu comme du Satie, dans Les marchés du cœur, la trompette et le saxophone de Sébastien Michaud dans le solo de Morceaux de lune, qui entraînent littéralement la mélodie vers cette lune qui représente l’espoir. Chaque chanson a un petit quelque chose qui la texture.

Les thèmes sont classiques, surtout axés sur l’expérience personnelle. Joie de vivre dans Libellule (un texte cosigné avec Mireille Haché), dans laquelle ce bel insecte devient le symbole de la liberté et de la sagesse:

«Chaque instant existe pour ce qu’il est», et c’est à nous d’en profiter. Cette chanson est très différente des autres avec son ouverture par une guitare acoustique qui évoque rythmiquement aussi bien Georges Brassens que Pascal Lejeune et une très belle modulation de la seconde guitare acoustique.

Mal d’être dans Cerveau de bois, dont le rythme syncopé oppose le narrateur à celui ou celle avec qui il converse alors que le dialogue devient impossible. Une mélodie intéressante, et un arrangement qui oppose la lourdeur de la guitare électrique aux notes aériennes du synthétiseur qui reprend musicalement les paroles.

Et l’amour bien évidemment dans plusieurs chansons. Triste et heureux (collaboration de Mireille Haché au texte) sur l’ambivalence du sentiment amoureux, Harakiri (texte de Samuel Chiasson) sur la fin d’une relation, Dissonance passagère sur les aléas de la vie de couple. Et d’autres.
Si l’album considéré comme un tout offre une proposition musicale intéressante, les lignes mélodiques sont parfois plus fragiles et ce sont les arrangements qui créent la chanson. Néanmoins, ce deuxième album permet à McIntyre d’explorer de multiples facettes de son talent.

Deuxième album également pour Luc Tardif: après Kilogrammes, reason, sexe, taekwondo & amour paru en 2003, voici Et sans aucune raison apparente, qui est un disque de la maturité alors que le premier était plus exploratoire. Jérôme Hébert a réalisé et enregistré l’album dans son studio de Montréal en s’entourant d’un bon groupe de musiciens. On est dans un folk-pop mâtiné de rock souvent doux, parfois plus corsé. Les arrangements sont au service des paroles: guitares acoustiques ou électriques, basse et batterie tracent la voie sur laquelle divers instruments s’ajoutent selon l’atmosphère qu’on veut créer.

J’écris exprime peut-être mieux que d’autres le sens même du projet de Tardif. Douce, langoureuse, la chanson se développe en crescendo alors que la guitare semble évoquer l’inspiration du poète, puis retombe, lente. Il écrit «sans raison apparente», poussé par une force intérieure pour exorciser ses «peurs». Une belle chanson.

Seul dans l’est, la chanson d’ouverture s’ouvre sur un solo du violoncelle et du violon et se poursuit par une belle montée et un pont musical dont le texte donne le sens de la chanson. Le texte, sans doute le plus fignolé de Tardif, est riche d’allitérations qui ne sont jamais gratuites, par exemple les vers suivants: «Car s’il fallait que tu me détestes / ça ferait soulagement un moment / mais ça ferait la fin funeste». L’effet sonore ainsi créé texture la mélodie et appuie le propos. Il s’agit d’une relation amoureuse qui se termine ou qui est terminée, qui rend le personnage un peu amer, jusqu’à ce qu’il accepte: il chantera ce qu’il ressent.

Plusieurs chansons se démarquent: en sus de celles dont j’ai déjà parlé, l’amusant reggae Nue dans mon lit, avec son évocation de Passe-Partout, l’enlevante Et la météo, sur la fugacité du succès, et la dramatique De mon envie, sur l’anorexie.

Un album intéressant dans lequel les trouvailles, en particulier dans les arrangements, abondent, mais dans lequel certaines chansons sont plus fragiles tant du point de vue mélodique qu’à celui du texte parfois difficile à comprendre (par moi en tout cas).

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